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Sa situation (carte, plan, vues par satellite)
Taintignies : vue prise du nord.
La gouache rend bien - en l'accentuant - l'aspect vallonné de ce village dont le centre est légèrement affaisé. Le site a été longtemps caractérisé par la présence de nombreux arbres (chênes, bouleaux, ormes, marronniers).
On distingue à droite le château de Taintignies, d'architecture simple : plan rectangulaire, murs de briques et toit d'ardoise en bâtière avec, semble-t-il, un pont fortifié flanqué d'un avant-poste (faisant peut-être office de colombier). Le château fait face, à courte distance marquée par une allée de marronniers, au choeur de l'église.
Les chamières qui composent l'agglomération sont regroupées autour des deux bâtiments principaux : l'église et le château.
Pour animer le paysage, Adrien de Montigny y a placé deux personnages qui descendent vers le village : tous deux munis de long bâton des voyageurs, lun porte un baluchon, l'autre une hotte.
A l'horizon, la masse importante du bois de Flines.
Taintignies s'étale à 10km de Tournai, un peu à l'écart de la Chaussée qui relie cette ville à Douai (France).

Lors des fusions des Communes en 1976, Taintignies fut annexé à Rumes et La Glanerie.


Début
Son histoire
Table des matières
Préface
Taintignies mon beau village
Hydrographie
De l’ombre du passé, mon village surgit : les temps lointains
Origine du nom
Sous le signe des chevaliers
Qu'est-ce qu'une seigneurie ?
La Seigneurie de Floraing
Comment les seigneuries de Floraing et de Taintegnies se trouvent-elles en 1370 dans la
Maison des Aveules?
Et son Fief d’Estrayelles
La Seigneurie de Tintegnies
Honneur royal lointain
Fief d’Avelin
Fief des Bernard
Fief de l’Aulnoit en Rumes
Fief d’Esquelmes
Fief Herard
Fief de Preys
Fief d’Omeries
Les Seigneuries d’Haudion et Clermes
Fief d’Hurfalus
Fief de Marcq
Vie quotidienne – Maux divers – Coutumes
Population
L'habitat
Historique de l'habitat
Les logements privés
Logements de la Société Nationale du Logement
L'alimentation
Les vêtements
Les occupations journalières
Les loisirs
Commentaire
Fête des brandons
Sociétés de musique
Cabarets
Tir à l'arc
Jeu de fléchettes
Jeu de javelot
L'écrienne
Jeu de cartes
Sociétés colombophiles
Les combats de coqs
Les forains
Les associations de parents d'élèves
Le « Cadem »
Le musée
La bibliothèque
Le football
Le ping-pong
Le billard
Les canaris
Autres jeux populaires :
course au sac
mât de cocagne
course à la grenouille
jeu de la cuvelle ou du carrousel
jeux d'enfants :
jeux de barre
cache-cache
bataille à cheval
bonhomme de neige
glissades
balle au mur
balle au chasseur
balle au nid
collin-maillard
marelle
deux c'est assez, trois c'est trop
toupie
jeux de billes
noyaux de cerises
cerfs-volants
boys scouts
groupements patriotiques
la chanson
les contes
Le Renard Parrain
Jean de l'Ours
Maux divers
Coutumes
Jour de l'an
L'épiphanie
Le lundi perdu ou lundi parjuré
La chandeleur
La mi-carême
Saint-Grégoire
Ducasses
La Sainte-Cécile et les harmonies fanfares
Croyances populaires
Quelques mots au sujet des inhumations
Le langage des lieux-dits, poésie des vieilles choses, menus faits historiques
Plaine du Pèlerin
Mont des Tombes
Bosquet à fosses
Trieu de Wailly
Jeu de Balle
Prés fleuris
Petit-Rumes
Rue Bonnet
Héritage des Bonnet
Déroderie Notre-Dame
Rufaluche
Ruelles et sentelets appelés « cache »
Rue Muchevache
Quelques bons vieux de chez nous :
Casimir Debaisieux dit Tintin
Louise Duquesne
La centenaire Rosalie Moutury
Anthroponymie et langage du terroir
Anthroponymie
noms donnés par diminutif du prénom
noms apparus d'un lieu bien défini
noms tirés d'une profession
noms nés d'une particularité physique, morale ou autre
noms issus d'une origine lointaine inexplicable
Taintignies de 1830 à la seconde guerre mondiale
La révolution de 1830 et ses conséquences
La seconde moitié du XIXe siècle
Début du XXe siècle
La première guerre mondiale
Entre deux guerres
La seconde guerre mondiale
Taintignies : « Foyer des ouvriers du bâtiment » pays des maçons
Administration communale : utilité et fonctionnement
Origine des Communes
Questions réponses
Schéma de fonctionnement
Taintignies ….. son économie, ses ressources.
L'agriculture
Importance des exploitations
Genre de cultures et spécialités
Cheptel
La technique agricole
L'industrie
Le commerce
Quelle place sera réservée à Taintignies lors de la "fusion des Communes"?
Taintignies, futur noyau ?
Développement et aménagement des régions rurales
Taintignies politique
Les Bourgmestres
Les secrétaires communaux
Taintignies : Son administration, ses problèmes, ses réalisations ses espérances
Vue d’ensemble
Démographie
Patrimoine communal en 1974
La Commune
La Commission d’assistance publique
Services d’utilité publique en 1974
Voirie et hygiène
Service d’électricité
Service des eaux
Service de protection contre les incendies
Service des Postes, Télégraphes, Téléphones
Service des Contributions
Service des Douanes
Service de Police
Service d’autobus
Institutions sociales diverses
Voirie :
Un peu d’histoire
Bâtiments d’utilité publique :
La Maison Communale
Les écoles
Un peu d’histoire
Ecoles communales
Ecole des garçons
Ecole des filles
Ecole libre de la Sainte -Union
Anciennes écoles privées
Ecole Vermeille
Ecole Bernard
Ecole Bagnon
Ecole Mouleux
Ecole Favier
Ecole d’adultes
Ecole ménagère et de coupe
L’Eglise catholique
Première église
Eglise de bois
Eglise actuelle
Petit fait historique et son épilogue
Liste des prêtres
Nos cloches
Coutumes de la vie religieuse
Fête patronale
Toussaint, fête des Trépassés
Adoration Perpétuelle
Te Deum
Veillée Pascale
Tournée des enfants de choeur
Processions
Jeu de la Nativité
Christs et Vierges de nos chemins
L’Eglise évangélique
L’établissement de retraite « Notre-Maison », ancien couvent des Assomptionnistes
Bibliographie
AU LECTEUR
Dans notre pays et surtout dans la région du Hainaut, industrialisée au maximum, on est trop enclin à considérer le cultivateur, le "paysan" comme on dit facilement avec une pointe de mépris et d'ironie, comme un être frustre, tout juste bon à tenir en esclavage.
On oublie trop facilement que c'est lui qui a porté tout le poids de la lente ascension de l'homme, que c'est lui qui a modelé, jusque dans ses détails, son corps et son cerveau. Les autres métiers n'ont fait que user et abuser de ce corps, de ce cerveau et souvent dilapider dans les villes la réserve d'énergie et de bon sens que les campagnards savent conserver.
On oublie trop souvent que, sans sa tâche obscure, têtue, continue, mal rémunérée, toutes les autres sont vaines, inutiles, impossibles.
On l'a pourtant vu chez nous pendant la guerre : toutes les activités peuvent être mises en veilleuse, ou suspendues, sauf la sienne qui seule est indispensable chaque jour pour assurer la vie du peuple.
A présent que le développement du machinisme libère des bras naguère employés aux usines, on prêche le retour à la terre. Pourquoi ce retour est-il si pénible à obtenir? Oserait-on dire que c'est parce que le niveau de vie du laboureur est en raison directe de la qualité et de la quantité de son travail?
Il est bon, il est sain, il est juste d'attirer l'attention sur les communes rurales agricoles.
L'avoir fait avec conscience est un titre capable d'intéresser le lecteur à l'histoire de Taintignies. C'est tout un programme, c'est un symbole.
Résumé :
Terrain généralement plat; sol argileux et sablonneux; agriculture, tanneries, brasseries, tuilerie.
Ce village est déjà cité en 1012; il formait une seigneurie relevant de la terre de Rumes. La seigneurie fut érigée en baronnie par Philippe IV, roi d'Espagne, l'an 1661, en faveur de Nicolas-François Bernard, dit du Bois, écuyer, dont le père était chevalier.
A Taintignies se trouvaient les beaux fiefs de Floraing, d'Estrayelles et de Clermès, ainsi qu'une partie de la grande seigneurie de Haudion qui s'étendait sur plusieurs paroisses.
Taintignies (ou Taintegnies) était autrefois, pour une partie enclave de Flandre en Tournaisis relevant de la salle de Lille, alors qu'une autre portion était tenue de la Cour de Maire
Le fief d'Estrayelles, sis à Taintignies, comprenait 20 bonniers avec manoir; il était tenu de la seigneurie de Floraing, dite de Florent, située dans la même commune, et qui relevait de la Salle de Lille. Le plus ancien seigneur d'Estrayelles connu figure comme plège ou caution de Rabotus ou Radbod, sire de Rumes, envers le roi de France Philippe II Auguste, dans une charte de 1215. Il est nommé en latin Nicolaus, dominus de Traella.
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TAINTIGNIES, MON BEAU VILLAGE
Le soleil achève de mourir, dorant de ses derniers feux, le vieux coq du clocher. Du "Bosc" les hautes frondaisons profilent leur masse brune sur le ciel rougeoyant,tandis que du fond des "Prés fleuris" monte une buée fine et vaporeuse, une écharpe de gaze qui ondule au gré de la brise, couronne buissons et taillis et décapite les arbres.
Penchant leurs grosses têtes échevelées sur le filet d'onde qui serpente à leurs pieds, les vieux saules noueux et rabougris somnolent.
C'est l'heure bénie du crépuscule, l'heure divine où la paix du soir s'étend sur la glèbe lassée.
TAINTIGNIES :
Commune de la Province de Hainaut; à 8½ kilomètres de Tournai, à 9½ kilomètres d'Antoing, à 4 kilomètres de Froidmont et de Rumes, à 2 kilomètres de Guignies.
Il fait partie du canton d’Antoing et de l’arrondissement administratif et judiciaire de Tournai.

Borné au nord par Froidmont et Willemeau, il s'adosse à l'Est aux Communes d'Ere et de Guignies; au Sud, Howardries que lui cache la longue bande boisée du domaine de Flines; à l'Ouest, La Glanerie et Rumes.
Le village situé dans la plaine légèrement vallonnée, offre une étendue de quelque 935 hectares, au sol généreux largement exploité par la culture. C'est au hameau de Florent qu'on atteint son point culminant : 69 m.
Formant plateau au nord et au sud, le terrain s'affaisse au centre, là où s'étendent le Petit-Rumes et l'Ecuelle et se termine vers Guignies par une pente assez sensible. La nature du sol y est assez variée. Le Nord, l'Est et le Centre comprennent des terres arables argilo-sablonneuses, très fertiles et de bon rendement. Le Sud et l'Ouest présentent des terres argileuses, plus lourdes et moins propres à la culture mais dont l'infériorité est améliorée par chaulage et drainage. Les labours y sont plus difficiles et ne peuvent d'ailleurs être exécutés qu'après plusieurs jours de temps sec. Le sous-sol est d'argile compacte, peu propre à l'infiltration des eaux.

A Wailly, une carrière de sable fait tache dans ce milieu argilo-sablonneux. Elle est due à l'érosion par le ruissellement des eaux descendant la côte du Marais.
L'étendue non bâtie se divise en terres cultivées où l'on récolte principalement le froment, le seigle, l'avoine, le trèfle, le lin et le colza, la betterave sucrière et fourragère, un peu de tabac; quelques prés et pâturages; des vergers où dominent le pommier, le poirier, le cerisier et le prunier; enfin des bois et taillis peuplés de chênes de bouleaux, de charmilles.
A l'origine, ces bois étaient considérables puisqu'ils couvraient plus de la moitié du village. Les défrichements continuels les ont énormément réduits, à tel point qu'en 1833 déjà, ils sont considérés comme loin de suffire aux besoins de la commune. Seuls, restent actuellement les bois des Courroies et de Clermaie. Le "Bosquet à Fosses" dans la plaine du Pèlerin et le Bois Carré vers Rumes ne sont plus que de petits taillis.
Taintignies avait autrefois un cachet tout particulier qui lui valut l'appellation de "plus beau village de la région" et consistant en ses nombreuses "drèves" d'ormes et de marronniers séparant champs et coutures. La maladie s'attaqua aux ormes et les décima en partie; les deux guerres (1914-1918 et 1940-1945) et bien sûr aussi l'idée saugrenue de certains propriétaires fermiers qui voyaient d'un mauvais œil un ombrage malfaisant pour leurs terres, portèrent aux uns et aux autres des coups mortels. Et ceux que la maladie avait épargnés tombèrent sous la hache. Ainsi, peu à peu, disparaissent ces magnifiques allées couvertes dont Taintignies, à juste titre, s'enorgueillissait.
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L'hydrographie du village comprend quatre versants :
• Le versant Nord, dit des Plats Fossés, situé au Jeu de Balle. Son écoulement se fait sous la rue de l'Eglise en direction du cimetière où le fossé reprend naissance à ciel ouvert et court, par le Pèlerin et Willemeau rejoindre le Rieu de Barges;
• Le versant de l'Ecuelle. Un petit ruisseau naissant au Petit-Rumes, traverse la Commune sur toute sa largeur, sillonne les Près Féris et s'en va se jeter dans l'Escaut à Hollain. Il est dénommé Rieu des Prés. Si peu important soit-il, il sait tout de même rappeler qu'il existe et les près de l'Ecuelle sont sous l'eau une bonne partie de l'année. La nappe liquide, en période de crue s'étend du Petit-Rumes au Calvaire de Guignies, atteignant par endroit 45 centimètres de profondeur.
• Le versant des Chasses, aboutissant au Marais Bauduin où nous trouvons la Fontaine Saint-Amand. Du marais également part un ruisselet qui s'écoule en direction de Guignies et d'Hollain.
• Le versant de Rufaluche appelé aussi Rouillerie. Le rieu de Rufaluche fait un moment limite entre La Glanerie et Taintignies pour aller se perdre dans l'Elnon.
En 1974, le village ne possède aucune distribution d'eau. Cependant son alimentation en eau potable est assurée par de nombreux puits particuliers. L'ancien "puisch" féodal sur la Place est resté puits banal, une pompe ayant remplacé la poulie. Il existe également deux fontaines publiques : la Fontaine Saint-Amand, au Marais, source intarissable à flanc de coteau, d'un débit prodigieux et qui, même en temps de sécheresse, est encore suffisante pour alimenter tout un quartier ainsi que les nombreuses "tines" des fermiers qu'elle voit défiler chaque année; la Fontaine de l'Ecuelle. Il y a quelques années une dizaine de familles l'utilisaient encore.
Un mot au sujet du climat. Taintignies a un climat tempéré, assez pluvieux; les vents les plus fréquents sont ceux de l'Est et de l'Ouest. On compte en moyenne par année, 180 jours de pluie, 80 jours de gelée et 22 jours de grandes chaleurs.
Le voisinage des bois lui prête un climat généralement salubre, sauf cependant au Petit-Rumes et à l'Ecuelle, qui, par leur situation de "bas-fond" restent humides. Les eaux y descendant et y stagnant se contaminent facilement. C'est de là d'ailleurs que naissent les maladies épidémiques.
La partie historique de cette étude fera non seulement revivre de nobles seigneurs et d'élégantes dames au hennin; elle contera aussi la vie laborieuse de nos manants, de nos gens du peuple au milieu de leurs distractions et de leurs tribulations. Vie intellectuelle et religieuse, évolution de l'habitat et de la propriété : rien ne sera négligé.
Les pages qui suivront s'efforceront d'entretenir chez nos concitoyens, jeunes et vieux, l'amour du terroir. Aux jeunes elles diront que tout ce qui brille ailleurs n'est pas toujours or et que l'avenir est bien souvent tout près, à portée de la main; aux aînés qui ont tracé leur sillon sur le chemin de la vie, elles chanteront la fierté d'être né et de rester toujours "Bon Taintignien"!
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AUX TEMPS LOINTAINS
TAINTIGNIES est un village très ancien". Ainsi s'exprime Hoverlant en son Essai chronologique de l'Histoire de Tournai.
Bien avant que son nom figurât en des documents d'archives, notre village était occupé par de rares habitants dont on ne connaît que si peu et dont l'existence se devine, sous le couvert des immenses étendues boisées qui couvraient le pays.

La pierre Brunehaut n'est-elle pas toujours là qui l'atteste
en montant dans nos parages, sa garde millénaire au bord du vieil Escaut?
Et les trouvailles préhistoriques de Willemeau, Jollain, Bléharies et autres lieux voisins, ne constituent-elles pas d'irrécusables témoins qui nous laissent rêveurs devant cette vie de temps si reculés et partant si mystérieux? Si lointains et si voilés dans leur coque de ténèbres presque impénétrables ! Aussi les admettrons-nous sous la foi de ce que nous ont laissé les "plus vieux des vieux chroniqueurs des temps anciens" tels que les Mouskes et les Lï Muisis …
Les années ont chevauché sur les ailes du Temps; une à une elles se sont engouffrées dans la nuit des siècles.
Nous sommes en l'an de grâce 899. Rien encore ne nous découvre le nom du berceau des lointains Taintigniens. Cependant, dans l'ombre pointe déjà une faible lueur, car dans un diplôme du 16 des Calendes d'avril (17 mars), le Roi de France, Charles le Simple confirme à l'Abbaye de Saint-Amand, la propriété de certains biens a elle donnés et parmi lesquels on relève "Haldione".
Or à Taintignies se trouvait une grande partie de la Seigneurie de Haudion qui s'étendait sur plusieurs paroisses.
Pourquoi ne prêterions-nous pas l'oreille à la tradition qui rapporte qu'il y eut, dans les "temps anciens" un castel en haut de ce hameau plus vieux, semble-t-il, que le village même et qui, à travers les âges a porté le nom de son seigneur. L'on s'imagine aisément le "Burg" primitif perché sur la colline couverte de bois et, çà et là disséminées sous la ramée, les huttes et les cabanes aux toits de chaume des manants, nos ancêtres.
Mais voici qu'un soleil victorieux crève les brumes; voici qu'en l'an 1012, un nom se fait jour : TINTENEIAE ! tel qu'il apparaît dans une charte que nous révèle le chroniqueur Gilles Lï Muisis, dix-septième abbé de Saint-Martin de Tournai.
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D'où vient ce nom?
Il est assez malaisé après tant d'années écoulées de préciser une origine. La sagesse conseille d'en référer et de se ranger aux avis des étymologistes dont les opinions sont naturellement partagées.
Hocq voit dans Taintignies, le "pays des couleurs". C'est assez flatteur … ce n'est guère embarrassant et ma foi … fort coloré!
Hoverlant lui attribue une origine celtique TIN : proche voisin et TONG, TONGY : bois, forêt; ce qui se traduit par "proche du bois".
La version la plus généralement admise est celle de Chottin, que soutient l'Abbé Pastur, archiviste à l'Evêché, et dont nous connaissons la grande érudition en matière historique.
Selon eux, Taintignies viendrait de "Villa Tintinus" ou demeure de Tintin. Ce terme était très répandu dans les Gaules et en Italie. Notre village aurait ainsi pour premier élément un nom d'homme tel que Tintin, diminutif de Quentin et sa désinence "ignies" signifie village, par extension. Il vient donc du pur roman et sa forme primitive de 1012, n'en est qu'une latinisation vulgaire.
Pays des couleurs ! Village proche de la forêt ! Village de Tintin ! Comme on le voit ces définitions sont l'une et l'autre agréables et la question n'est pas le moins du monde insoluble.
Dès la fin du XIe siècle, Taintignies va s'imposer à l'attention des historiens et chroniqueurs du Moyen Age. Maintes fois il sera cité dans des chartes et diplômes. Il est curieux de suivre l'évolution de son orthographe qui variera avec la marche des temps, suivant la fantaisie des chroniqueurs et les décrets des gouvernants. Le lecteur en verra le nom orthographié dans ce travail tel qu'à l'époque où il se situe.
L'histoire nous apprend qu'au milieu du IXe siècle, une grosse partie de notre province était possession des monastères. Ceux-ci devinrent en même temps que des centres de prières et d'études, le pivot de l'agriculture et de l'essor de nos travailleurs de la terre. Aussi l'histoire de Taintignies sera-t-elle étroitement liée, du moins pendant quelques siècles, à l'évolution continuelle et à la prospérité croissante des abbayes de Saint-Amand et de Saint-Martin, qui y possédèrent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, de nombreuses propriétés.
En 1092, l'abbaye de Saint-Martin y est propriétaire d'une grande ferme et d'importantes terres de culture. Nous en trouvons une preuve dans une charte de ladite abbaye par laquelle, en décembre 1278, elle donne sa ferme de Taintegnies à bail, pour neuf ans, à Colart Colet de Buri
L'abbaye de Saint-Martin donne sa ferme de Taintegnies à bail, pour 9 ans, à Colart Colet de Bury.
Décembre 1278.
Sachent tout cil ki cest escrit verront et oront, ke li eglise de Saint-Martin de Tornai a donet se court de Taintegnies, et toutes les tieres ki apendent à celi court, à cens à IX ans à Colart Colet de Buri, en tel manière ke li cenciers devant dit doit rendre dès IX ans, et palier dedens l'abeïe Saint-Martin, pour cascun bonier des tieres devant dites, si avant à mesurer ke kierue puet aller, et que faus ceurt, III rasières de tel blet kil venra sour les tieres devant dites, bien messenlt et bien vanet, sans paille et sans hauton, et sans boisdie, et à le mesure qu'on reçoit les censes dedens l'abeïe Saint-Martin communement, entre le Toutsains et le Paske, sauf çou ke li cenciers doit cescun semer ès tieres devant dittes boine semence et bien purée et bien vanée, et tel k'il afiert as pourfis des tieres, et par le conseil dou siergant de la glise. Et s'il i avoit defauts, amender le doit par le
simple dit de l'abet, et le semence doit il monstrer au siergant de la glise ains k'il le giete entière. Et doit il censiers devant dits ahaner les tieres gisant à ghesquières, tous les IX ans, bien et loiaument, en III roies et les mars ensi ke acoustumet est, sans les tieres refroissier et sans desroier. Si ne peut le court ne les tieres, mettre en autrui main par cense de vendage u de mariage. Si ce n'est par le congret de l'abbet. Si ne puet vendre nul des preus en tiere ne acensir au autrui, ains les doit tous amener et enclore dedens le court de Taintegnies et nient alleurs. Et ne puet les estrains de le court vendre ardoir ne doner, mais de tout faire fiens et mener sour les tieres de le court et nient alleurs. Les saus a tierte puet li censiers scronner de III ans en III ans, et de saison; et s'aucune saus a séké, oster le puet li censiers par si k'il en replante une autre en cel lui.
S'est ssavoir ke li censiers entra en le cort et en le cense devant ditte l'an de l'encarnation Jheau Crist MC. de LXXVIII, le samedi aspries le Saint-Martin, et trouva XXXVI bonniers et demi de tiere aviestis de blés, lesquels li glise li a prestés pour rendre et pour remettre en otel point à sen issue, bien rahanés et loiaument, en III roiies et à le volonté dou siergant de l'église, et récemenciès de boine semence et te le ke as pourfis des tieres; et se li glise i voloit mettre se siergent pour semer ses blés mettre li puet, et tout à coust le censier.
Li censiers doit avoir tous les fourages dou blet et de l'avoine ki ert ès granges de le court devant ditte a son entrée; et pour çou doit il à sen issue, ki ert el an de l'encarnation Jheau Crist MCC et LXXXVII, le samedi après le Saint-Martin rendre et laissier à le glise en otel point tous les fourrages de sa darraine année. Et les courtius doit il rendre à sen issue en otel point k'il les trouva. S'est à savoir ke li glise livra au censier a se entrée le court et les maisons de le court, boines et estaines, de pel, de verge, d'enclosure et de couvreture. Et celle court et ces maison doit il retenir tous les IX ans d'enclosure et de couvreture, et rendre à la glise en otel point k'il les trouva à sen entrée, de toutes choses, fors d'enviesir.
Et si li glise avoit domage pour lui u par se maisnie, rendre le doit dit de l'abbet. Si ne puet li censiers prendre nule bieste à noureçon tant ke li glise voelle donner des siues. Li censiers doit cescun des IX ans de se cense marler II bonniers des tieres devant dit par le conseil dou siergant de l'église. Et li glise li doit donner en ayue de le marle geter hors de la marliere pour cescun bonnier VIIIs. Li censiers doit rendre à sen issue et laissier à l'église VI bonniers de marc versés devant yvier, et XIII bonniers versés de ghesquières, et VIII bonniers rengellus, car ensi les trouva il à se entrée. Et est savoir ke li censiers doit avoirt le moitiet de V bonniers de tiere, pau plus pau moins, ki soloit estre pasturé tout quitement les IX ans de se cense, et le moitiet de III bonniers et demi de prêt, pau plus pau moins, ki gisent en le praerie de Holaing, a partir encontre le censier de Duisempiere, toute faukié, fenée, amulée et amenée aussi lonc k'à Duisempiere, sauf çou k'il doit faire au gret de mon segneur l'abbet dou faukage, fenage et amenage.
Et de toutes autres choses ki ne sont devisées en cest escrit et déclarées, doit faire li censiers à le glise quan c'on doit faire en loïal cence, et li glise li aussi. Et doit li censiers palier à le glise LXVI 1h et Xs. De Tourn. Pour le prisié des kevaus, des pourciaux, des vakes, des harnais et des autres choses, Dedens les III primerains an de ce cense. C'est asavoir cescun an des III ans le tierc part de le somme des deniers devant dit; et VI muis d'avoine k'on li a prestés doit il rendre à le glise dedans les III ans devant dis, et cescun an les II muis de boine avoine loial. Se monte li soume des bonniers des tieres de quoi li censiers doit paiier le cense, C. et XII bonniers III quartiers et XXXII verges, parmi tieres ahanavles, et parmi le moitiet de V bonniers et de LVIII verges ki soloit estre pasturé pour lesquelles tieres li censiers doit paiier et rendre cescun des IX ans de ce cense, en somme XXVIII muis de blet, à la mesure et ès lius devant dis. Et ce sont descontées II rasières et un havot de blet pour le tiers à tierage. Et puet les biestes le moituier paistre et aller tous les IX ans de se cense et bos de le glise à Taintegnies, de l'âge de Vans et de plus. Et cel bos meismes doit avoir li censiers cascun au CCCC d'espines, quitement et sans nient rendre à le glise. Toutes ces coses, ensi k'elles sont contenues en cest escrit, a li censiers devant dis, se femme, se mère, et si troi frère, encenvent à tenir et à emplir à le glise devant ditte, par foit finacé, comme lor propre dette, et cescuns pour le tout, et en ont obligiet et obligent à l'église devant ditte caus et le leur, et quan qu'ils ont et aront, tant que leur convenences devant dittes leur fuissent emplies. Et pour le plus grant seurté de le glise, se l'on enconvent pour aus à faire et à emplir les convenences desseure dittes à l'église Mahius Limies et Jehan Hesselins, comme leir propre dette, Goswins le Jouenes, Pietars li Gouges, Jakemes li Cousturiers, Jehan Fieves, Colars Hesselins, Pierre li Corbisiers, Mahius Calans, Evrars de Warnifosse, Jehan de Boukarmes, Jehan Buris, Pierre de l'Ausnoit, et Watiers li Maire de Buri, comme piège de le glise devant dite juskes adont ke les convenences devant dites leur seraient aemplies, sauf çou ke se li glise laissoit keïr Les paiemens et le cense de l'une année tant ke li paiemens de l'autre année seroit keus, sans rien demander sa pièges li piège seroient quitte des paiemens de l'anée u des anées devant ce li année eskeues, et ne leur en poroit li glise riens demander.
A ces devises et à ces convenences furent com eskievin de Buri : Watiers Marins, Sandras, Jehan Borgnars, Jehan Goutiers de Hauwiaus, Watiers Li Maires comme maires et comme justice, et Oliviers de Briffuel comme baillius.
Et pour çou ke ce soit ferme cose et estavle, si en est cyrographes fais en III parties, delquel Colars Colès warde le première, li eshievin le moiienne, et li glise le tierce.
Et an de l'incarnation MCC et LXXVIII, et mois de décembre.
Bruxelles, archives générales du
Royaume cartulaire, 124, fol.86 b.
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Par achats et échanges, cette grosse dépendance prospéra en flèche et accrut rapidement ses possessions ainsi qu'en témoignent divers écrits qu'il serait fastidieux de reproduire et dont nous ne nous bornerons plus à indiquer l'objet.
Ses bâtiments se dressaient à l'emplacement actuel du Jeu de Balle. Elle fut pillée et incendiée par les Flamands en 1304 et n'a jamais été reconstruite.
L’habitation de Madame Jean Vermeulen et le vieux 'Fournil" de la maison dite du "Roknil" en sont des vestiges que l'on peut toujours admirer. Là, selon la tradition, s'élevait la grange aux dîmes de l'abbaye.
A titre d'information, la dîme était un impôt destiné à assurer la subsistance du desservant de la paroisse et à grossir les revenus des bénéficiaires. On distinguait alors la grosse dîme, portant sur la culture des céréales (froment, seigle, orge, avoine); la menue dîme, portant sur les cultures moins importantes (foin, chanvre, certains fruits de jardinage) et la vive dîme, qui atteignait les produits de l'étable et de la basse-cour. Il y avait aussi la dîme novale, sur les terres nouvellement défrichées. Chaque année, au moment de la moisson, le clergé rappelait aux paysans l'obligation de payer les dîmes sous peine d'excommunication. (Mémoire imprimé du chapitre de Tournai au conseil de Flandre - 1650 - dans Miscellanea Canonica, t.IV, p.14, n°256, à la bibliothèque de Tournai). Supprimée en Belgique par le décret du 16 thermidor an V. (3 août 1797), les dîmes furent rétablies à la fin de 1799, mais le concordat de 1801 les supprima définitivement.
Certes, les gros moellons de pierres grises, non équarris et sans harmonie, jurent dans l'entourage des briques rouges. Mais leur aspect rustique n'en atteste pas moins la solidité des constructions d'antan. L'on se plait à évoquer devant ces vénérables vestiges, les temps héroïques où les moines, ces premiers fermiers connaisseurs, donnaient à nos ancêtres l'exemple de leur vie laborieuse, frugale et utile.
Devant ces rudes pierres qui les abritèrent jadis, renaît la claire vision de ces hommes revêtus de la bure, de ces travailleurs aux mœurs simples et pures et dont les bras maniaient la cognée et la bêche avec autant de dextérité et d'aisance que leurs lèvres murmuraient les prières. Le film évocateur déroule les images de compagnons de labeur, défrichant bois et broussailles, fertilisant les terres en friche.

La "Drève de Saint-Martin" qui, malheureusement a perdu depuis la guerre, les beaux ormes qui étaient sa parure et son charme, est leur œuvre lointaine. Ils l'ont tracé pour exploiter les terrains d'alentour. Honneur à ces vaillants et infatigables pionniers de l'amour du sol et de ses richesses qu'ils mirent en valeur!
Ouvrons maintenant, si vous le voulez bien, une petite parenthèse et, durant quelques minutes, parcourons ensemble ce qui transpire du Chartier de Saint-Martin.
Du 24 juin 1131 à Compiègne
Le Pape Innocent II, confirme à l'abbaye Saint-Martin la possession de tous ses biens, dont il fait l'énumération.
Nous y lisons : TINTENIIS.
Au château de Lille 1163
Philippe, comte de Flandre, approuve l'échange fait avec l'abbaye de Saint-Martin par Jean de Velvain et Watérus Tirans, d'un arrière fief qu'ils tiennent du Comte de Flandre, à TINTENIAS et Velvain, contre un autre à Velvain et Wez.
Tournai 1184
L'Evêque de Tournai rappelle les donations faites à l'abbaye de Saint-Martin par les évêques ses prédécesseurs et confirme l'abbaye dans toutes ses possessions au diocèse de Tournai.
Il y est écrit : TINTINIS.
15 août 1210
L'Evêque de Tournai énumère les biens de l'abbaye de Saint-Martin, et lui en garantit la libre jouissance.
On y voit : TINTEGNIES.
Août 1233
Le Seigneur de Rumes approuve la vente de dix-sept bonniers de bois et huit bonniers de terre à TINTEGNIES, faite par Mahieu d'Ere, son beau-frère et vassal, à l'abbaye de Saint-Martin, et détermine les droits de justice que l'abbaye et lui pourront respectivement exercer à l'avenir sur les biens vendus, ce à quoi le chevalier Mahieu d'Ere répond en s'obligeant à garantir à Saint-Martin la paisible jouissance de ces biens et à l'indemniser au cas où elle serait actionnée en justice à l'occasion de ces terres et bois.
Jeudi, 10 mars 1248
Henri de Bourghelles, chevalier, seigneur de Kikempoist, approuve le don d'une terre à TINTEGNIES, fait à l'abbaye de Saint-Martin de Tournai, qui le tenait de lui à cens; mais il stipule que l'abbaye continuera à lui payer le même cens, fixé à deux deniers de Laon. Dans cette charte, il est question du Mont des Tombes et de Alardo de Florain.
Mardi, 10 janvier 1251
L'official de Tournai constate la donation d'un bonnier de terre à TINTEGNIES faite à l'abbaye Saint-Martin, par Maître Olivier de Saint-Martin, clerc, fils de feu Olivier de l'Ortioit
Avril 1251
En l'an de l'Incarnation de N.S.J.C. MCCLI, le châtelain de Tournai, ratifie l'échange de terre à TINTEGNIES et Willemeau, fait par Gilles de Haudion avec les moines de Saint-Martin.
12 mai 1252
Le chevalier Jean de Rumes et sa femme Béatrix vendent à l'abbaye de Saint-Martin, treize bonniers du bois de Rumes, vers TINTEGNIES.
Octobre 1254
Bauduin le Caron, seigneur de Rumes, publie les conditions d'un accord conclu entre l'abbaye de Saint-Martin et Mahiu de Marke; à l'occasion de certains rejets du ruisseau de Ries, et déclare que ledit Mahiu a ratifié la vente de dix-sept bonniers de bois et huis bonniers de terre à TAINTEGNIES, jadis faite par Mahiu d'Ere le jeune, son père, à l'église de Saint-Martin :
"Jo Bauduins li Carons, sire de Rume, fac savoir à tous cials ki ces lettres verront et oront, que voir est que contens estoit entre Mahiu de Marke, men home, ki fils fu monsegneur Mahiu d'Ere, le Jouene, d'une part, et le glise Saint Martin de Tornai d'autre, si cum de çou que Mahius calegoit et disoit que le glise Saint Martin tenoit et avoit entrepris des régles ki entre le molin monsegneur Gilles d'Ere et le manage kif u segneur Gérart Crokin sunt, desous les quatre moulins du Ries, lesquels régiès Mahius devant dis disoit qu'ils estoient et devoient estre de le justice de Cerck et de Tintegnies, lequel il tenoit de mi en fief, et prioit à mi cum à sen segneur, et requeroit que jo li fesise avoir cerkemanage contre le glise Saint Martin. A le pardefin Mahius, ki nomès est, trova à sen consel à preudomes et à bones que il ces coses devant dites calengoit et avoit calendiet sans droit et sans raison, et si reconeut devant mi et devant mes homes, ses pers, que nul droit n'i avoit ne avoit eut, et de ço qu'il en avoit le glise molestée et traveillié, à tort l'avoit fait et dolant en estoit; et promist devant mi et devant mes homes, ses pers, par foit fiancié et par saierement, que jamès nient n'i réclameroit ne feroit réclamer, ne le glise n'en traveilleroit, ne par lui, ne par autrui, ains l'en lairoit goïr ensi cum de sen droit et en quite pais, et maintenir en tel manière que le glise l'avoit tenu et maniet au tans de sen père et de lui.
Et si reconnut Mahius, ki dis est, le vendage de XVII boniers de bos et de VIII boniers de terre ki gist vers Tintegnies, ensi com il est contenu en me cartre que li glise devant dite a de cel vendage que ses père fist à le glise, lequel bos et lequels terre li glise ki dite est tient de mi à cens, ensi cum il est contenu en me cartre que il estoit vendu par loi et par jugement si biendaitement que li bien savoit que nul droit n'i avoit. Et promist et craanta par foit et par saierement, que jamès droit n'i réclameroit, ne l'église n'en traveilleroit ne par lui ne par autrui. Et por çou que ce fust fermement tenu et wardé à le glise, totes ces coses, ensi cum eles sunt contenues en ceste castre, reconneut Mahius ki devant est només, par devant mi de qui il réclamoit ces coses à tenir, et par devant mes homes, que il droit n'i avoit, et me priat et requiet de se bone volenté que je en donase mes lettres à le glise, en non de tesmognage de ço, que ces coses fuscent ensi faites et reconneutes, que le glise n'en peust estre molestée.
Et çou fu fait en me cort, devant mes homes, en de l'incarnation MCC et LIIII, el mois d'intembre."
Bruxelles, archives générales du Royaume,
Cartulaire 121)
Juin 1264
Enumération de terres que l'abbaye de Saint-Martin possède à Taintegnies.
"ANNO DOMINE MCCLXIIIe ANTE FESTUM SANCTI JOHANIS BAPTISTE, MENSURATE FUERENT TERRE DE TINTEGNIES :
A la geskière derrière le Gardin, V quartiers et dimiduim et XIII verges. As tumbes, XIII boniers et I quartier et XI verges et demie. Au Rotoit, V quartiers et XIII verges. Et desous le Court, deviers le Bosc, XX boniers, IX verges et demie mains. A le fontaine Saint-Amand, demi bonier et demi quartier et XII verges et demie. Au blet, devant l'Atre, par deça le vile, VIII boniers et I quartier et VIII verghes. A Bauduimaresch, VI boniers et I quartier. Et à le rue de Walli, V quartiers et LXVII verges. As V boniers deviers Guignies, VIII boniers et XXXIIII verghes. Au Forestiel, VII boniers XX verges mains. A le marcaine à le rue de le Cavée, XII boniers XXIII verges mains.
A le rue de Monceaux XV boniers et I quartier et XXV verghes. A Bauduinmaresc, III quartiers, XXXII verges mains. A le pasture d'encosté Bauduinmaresc III quartiers XII verges mains.
As Buscailles, V boniers et quartier et demi et VI verghes et demie. El manage, II boniers et demi et XXII verghes. El prêt dame Marindre demi bonier VI verghes mains de prêt."
Ce document repose aux archives générales du Royaume
Cartulaire 124 - fol.40 b
A la fin du XIe siècle, un illustre chevalier tournaisien, Radulphe d'Osmont, sentit naître en lui la vocation monastique. Il est alors au déclin de sa carrière et c'est à l'abbaye de Saint-Amand qu'il endosse l'habit religieux. Il en devient même prieur.
Le nouvel abbé rétablit en notre village plusieurs fermes lui appartenant. Avec d'autres biens qu'il reçut de ses amis, il donna ces fermes à son abbaye; ces donations furent confirmées à l'abbaye de Saint-Amand par patentes de l'Evêque Goswin, plus tard, vers l'an 1210. Plusieurs chartes laissent trace de ces biens de l'Abbaye de Saint-Amand, en Taintignies : l'une du Pape Pascal II en 1106; une autre après 1123 par laquelle l'Abbé de Saint-Amand en Pévèle, autorise moyennant un cens annuel, la cession à l'abbaye de Saint-Martin, de la terre qu'un certain Gualterus de Velvain, tenait en fief de l'abbaye de Saint-Amand. Il autorise en outre l'échange d'une terre à Longuesauch, une autre à TINTINNIAS.
Plus tard, en juillet 1256, l'abbé de Saint-Amand publie les conditions d'un échange fait entre son monastère, qui cédait des rentes à Tintegnies et Rumillies, et celui de Saint-Martin qui abandonnait celles qu'il possédait à Sirault et une redevance à Courtrai.
Citons encore, du "Fonds Saint-Martin" aux archives de l'Etat à Mons, que :"le pape Paul II en 1469, charge l'évêque de Cambrai de confirmer au nom du Saint-Siège, l'abbaye Saint-Martin dans la possession de biens à Esplechin et TAINTEGNIES, qu'elle avait acquis de l'abbaye de Saint-Amand en Pévèle, en échange d'autres biens à Saméon et Sirault.
(original bullé sur cordelette de chanvre).
Mais les abbayes de Saint-Amand et Saint-Martin n'étaient pas les uniques propriétaires en notre village. Avant la Révolution française, le Chapitre de Tournai y avait encore de grands biens, notamment le bois domanial de Clermès.
Cette propriété d'environ quatre-vingts hectares se composait de futaies sur taillis dont les essences étaient le chêne, le bois blanc et le bouleau pour la futaie; et le chêne, le charme, le coudrier pour le taillis. Elle était jusqu'en 1381 à Maître Guillaume Fovens, chanoine de Tournai et de Liège. Le chanoine en fit don à l'office du cellier de la cathédrale et dota trois chapelles de ladite cathédrale ainsi que nous l'apprend son testament du 17 mai de la même année. Il y est stipulé que les septante-deux bonniers de bois, dits de Clermès, gisent à TINTEGNIES et il fixe même le temps et le mode de couper le taillis, estimant en surplus la valeur à raison de quarante francs le bonnier.
L'office du Cellier de la cathédrale était chargé d'administrer cette donation, de payer avec son produit les chapelains et de fournir le nécessaire aux trois chapelles de Sainte Marie-Magdeleine, de Saint-Denis et Saint-Lambert. L'on en déroda 57 bonniers 1150 verges entre 1763 et 1766. De là est né le nom du "Hameau de la Déroderie de Clermaie".
L'Hôpital Notre-Dame y possédait trois bonniers de terre, la Fabrique de la Cathédrale, 15 bonniers de bois défrichés, l'Office du Réfectoire de la Cathédrale un bonnier et trois quartiers de terres labourables, les Anciens Prêtres, 2 bonniers 1500 verges et les Jésuites un bonnier.
Ces propriétés avaient toujours prospéré durant plusieurs siècles. La Révolution française en 1789 lâcha sur notre région une nuée d'aventuriers investis de pouvoirs les plus arbitraires. Les biens du Clergé, riches proies farouchement convoitées furent, de par les décrets de la Convention, confisqués et mis en vente publique comme biens nationaux.
Seuls, les bois passèrent sous l'administration des Eaux et Forêts, l'Etat français se réservant le droit de les exploiter lui-même.
Ainsi, avec l'avènement d'une nouvelle ère bousculant les vieilles traditions, se morcela un magnifique domaine; ainsi mourut un splendide héritage, gloire des véritables maîtres de la terre que furent les religieux du Moyen Age.
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"SOUS LE SIGNE DES CHEVALIERS"
Avant de poursuivre cette incursion dans le domaine du passé, sans doute convient-il de rappeler que les successeurs de Charlemagne détruisirent, par leur ignorance et leur insouciance, ce qu'avait édifié le grand empereur.
Aussi notre pays fut-il à nouveau livré à l'anarchie et fut un terrain propice à l'invasion.
Les Normands marquèrent notre sol et notre région d'une empreinte inoubliable et chacun connaît la légendaire invocation ajoutée aux litanies de l'époque : "De la fureur des Normands, délivrez-nous Seigneur !".
Dans le désarroi du moment, petits propriétaires et paysans sollicitent et implorent même la protection des ducs, comtes et baron du régime carolingien, que nous appellerons communément les Seigneurs. Ceux-ci, profitant de la faiblesse croissante du pouvoir royal, s'accaparent peu à peu de son autorité. Devant cette force nouvelle les rois ne peuvent que s'incliner. Ils cèdent aux Seigneurs de nouveaux territoires et acceptent finalement la nouvelle organisation qui leur est imposée.
Les Seigneurs reconnaissent cependant le roi comme le chef suprême, lui prêtent serment de fidélité et aide. Dans leurs domaines qu'ils agrandissent par des spoliations aux dépens des abbayes saccagées par les pillards normands, ils agissent comme bon leur semble, créant des lois, rendant justice.
S'ils consentent à protéger les faibles, ils trouvent en cela l'occasion de renforcer leur propre autorité et d'édifier leur fortune personnelle, car en retour, les protégés, les bonnes gens du peuple leur offrent services et travail.
La crainte des invasions, la hantise des attaques des voisins querelleurs décident les Seigneurs à ériger de gigantesques forteresses en remplacement des "burgs" primitifs; la sueur et le sang des manants y pourvoiront.
A leur tour, ceux-là même qui, dans leurs châteaux forts vivent en véritables petits rois, donnent une portion de leurs terres à d'autres nobles, créant envers ces derniers les obligations qu'eux-mêmes ont envers le suzerain suprême : le Roi.
Telle est l'origine de la Féodalité qui, par la multitude des fiefs, fera de notre pays un damier de seigneuries.
"Qu'est-ce qu'une seigneurie" : La seigneurie est un territoire déterminé sur lequel une ou plusieurs personnes possèdent des droits de dominité plus ou moins étendus et où vit une population dépendante, soumise à des obligations diverses en même temps qu'investie de diverses facultés".
Ces seigneuries ne constituaient cependant pas autant de terres indépendantes. Elles relevaient dans leur ensemble des deux grands fiefs de notre territoire : le Comté de Flandre vassal du Roi de France et le Duché de Lotharingie dépendant du Souverain d'Allemagne.
Or donc, Tintegnies appartenait au Comté de Flandre. Son territoire se décomposait comme suit :
- Le grand fief de Floraing, duquel mouvait la Seigneurie d'Estrayelles, relevait de la Châtellenie de Lille.
- Une seconde portion, dénommée Tintegnies, mouvant de la seigneurie de Rumes, laquelle à cause de sa Cour de Maire du Tournaisis, ne devait hommage qu'à Sa Majesté,
- Un troisième fief dit aussi Tintegnies, tenu de la Cour de Maire, dans lequel se trouvaient une partie de la Seigneurie de Haudion et la Seigneurie de Clermès.
Durant plusieurs siècles, ces fiefs et leurs habitants vivront côte à côte, suivant des us et coutumes qui leur seront particuliers, jusqu'en 1661 où le Roi Philippe IV d'Espagne créant la Baronnie de Tintegnies les réunira sous la couronne des barons de Bernard.
Dès lors, on dira le "Village de Tintegnies". C'est l'histoire de ces fiefs que vont relater ces lignes; c'est leur passé que vont reconstituer ces pages.
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"LA SEIGNEURIE DE FLORAING"
A l'entrée du village, venant de Tournai, voici Floraing.
Le "Hamel de Floraing" était en 1148, le siège d'une seigneurie comprenant manoir, ferme et terres labourables, relevant de la Salle de Lille.
La Salle de Lille était une juridiction qui avait la connaissance des fiefs de cette châtellenie, soit à l'occasion des hommages au Souverain, des mutations de propriétés, des services dus par les vassaux et autres matières féodales.
Le premier seigneur et censier fut, paraît-il, un moine dont le nom est resté à la ferme actuelle, dite "Ferme de Florent". 
Son "wez" ou abreuvoir, ses sous-sols et quelques parties des dépendances aux massifs contreforts sont des vestiges de l'ancien domaine féodal.
Le fief de Floraing, "enclave de Flandre en Tournésis", contenait avec dépendances et "terres en relevantes" ou "tenues en coterie" 125 bonniers 1500 verges, le bonnier du Tournaisis équivalant, selon M. Guisset, à 1 hectare 17 ares 32 centiares. Le Seigneur de Floraing se réservait 2 bonniers 400 verges pour usage personnel.
Floraing avait sa loi particulière. Le Seigneur y répartissait les impôts et rendait la justice suivant la coutume de la Châtellenie de Lille. Le Sire de Floraing avait sur ses sujets "haute, moyenne et basse justice". On sait que la haute justice donnait droit de juger même les affaires criminelles et de prononcer des peines capitales. Au Seigneur de Floraing appartenait donc le pouvoir de "pendre, houillir, ardoir, enfouir, couper membres, …"
Il y avait à Florent un grand bailli ou officier pour rendre la justice au nom du Seigneur, un sous-bailli et un procureur fiscal. Il n'y a plus trace du "Pilori de Floraing" auquel les condamnés subissaient le supplice de l'exposition et des injures, voire même des coups.
On en connaît seulement l'existence par les vieilles appellations de "Chemin du Pilori et Chemin du Dieu de Giblot". En tant que haut justicier, le Sire de Floraing avait droit à une potence à trois piliers. Selon la voix des "Anciens du village" ces fourches patibulaires se dressaient sur un coin de terrain resté longtemps inculte pour cette cause et dénommé "terre des quatorze cents". A cet endroit, sis à la rue Cavée, aurait eu lieu la pendaison des coupables.
Le Seigneur de Floraing possédait sur ses terres un moulin à vent et un four banal où ses vassaux et manants "estoient tenus d'y faire moudre leur blets pour brasser et faire pains". Tout manant était contraint de s’en servir ; il lui était interdit de faire moudre et cuire ailleurs. L’usage du moulin se payait par un droit de mouture, généralement un seizième ; celui du four par le droit de fournage s’élevant à un douzième de la pâte apportée.
Cependant, malgré ces obligations, la fraude n’a jamais cessé de régner et rares sont les manants de Taintignies qui hésitent à cuire une partie de leur pain sous la cendre du foyer.
Comme aujourd’hui, on pouvait alors tout faire … à condition de ne pas se faire prendre !
Finalement, avec les habitudes de liberté que contractèrent progressivement les manants, chaque famille avait un four lorsque la Convention abolit les banalités le 17 juillet 1793.
L’antique moulin seigneurial de Floraing, s’il eut la vie dure sous les outrages des temps, n’en affichait pas moins sa force et sa résistance. Seul, le violent ouragan qui ravagea l’Europe le 12 mars 1876, en eut raison et dans le mugissement de la tempête s’écrasa le vieux géant de chêne.

Une charte datée de novembre 1239 fait foi de la lointaine existence du Moulin de Florent. L'on y lit :
"qu'Amaury, Seigneur de Landas, ratifie la vente faite à l'Abbaye de Saint-Martin par le chevalier Henri de Kikempoist qui les tenait de lui en fief, de cinq bonniers de terre à TINTEGNIES et garantit à l'abbaye la libre possession de cette terre, en paiement de laquelle, elle avait concédé audit chevalier son moulin de Floraing".
Il semble donc qu'à cette époque, le sire de Floraing était le Chevalier Henri de Kikempoist. En 1240, ce même seigneur "échange avec l'abbaye de Saint-Martin, treize bonniers et demi de terre de Tintegnies contre une égale quantité de terre à Tintegnies et Willemeau, appartenant à ladite abbaye".
Un chirographe de 1297 établit que "Monseigneur de Briffoeuil" détient la Terre de Floraing sous Taintegnies et stipule que son métayer et "mouturier" était alors Willaumès dit de Floraing.
Monseigneur de Briffoeuil était le chevalier Allard d'Antoing, seigneur d'Amougies, de Russeignies, … Héritier par sa mère de plusieurs fiefs, il donna à l'ensemble le nom du Fief de Briffoeuil. Ce seigneur épousa Marie Thorotte qui vivait encore en 1315, année où elle figure dans un acte avec le titre de "Madame d'Amougies et Dame de Floreng ou Floraing à Taintegnies".
Leur fils Rasse de Briffuel hérite du domaine qui, entretemps, s'était accru d'un nouveau fief car, avant 1336, il est qualifié "Chevalier, Seigneur de Floraing et de Taintegnies".
Le Sire de Briffuel était bourgeois de Tournai en 1342 et y demeurait en la paroisse Saint-Piat. Ses testaments du 23 avril 1348 après Pâques et 21 août 1351 font mention de ses petits fils "le sire de Soriel et Briffaus" et révèlent qu'il s'est marié deux fois. De sa première alliance avec Oeda de Luchin, il eut deux filles. L'aînée, Marie de Briffuel, dite dame de Floraing et de Taintegnies, épousa en premières noces Jehan de Malvoisin d'où issu entre autres, Gérard Mauvoisin dit de Malvoisin qui fut chevalier, seigneur de Sorel, Happlancourt, Garenelle, Floraing.
De sa seconde épouse Béatris de Waziers de la Maison de Wavrin, il n'eut pas d'enfant ainsi qu'il ressort d'un testament que fit cette dame en novembre 1347 à Taintegnies et par lequel elle choisit pour légataires, à défaut de postérité et de parenté très proche, ses frère et sœur bâtards : Colin et Mariien de Waziers.
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Comment les Seigneuries de Floraing et de Taintegnies se trouvent-elles, en 1370, dans la Maison des Aveules?
Noble Dame Marie de Briffuël de Florench et de Taintegnies, veuve de Jehan de Malvoisin, convole avec le chevalier Jacques de Calonne, dit Rifflart; leur fille Isabiel, devient de par sa mère "héritière de Floraing et de Taintegnies, probablement par suite du décès de Gérard de Malvoisin, son demi-frère.
Or, Jacques de Calonne devenu veuf s'unit à Maigne Davelin, veuve de Jackemes des Aveules dont était issu Jaquemes ou Jacques des Aveules.
Ce dernier fut anobli par le Roi de France, souverain du Tournaisis et créé Chevalier à la bataille de Roosebeke où il s'était distingué par sa bravoure.
En 1370, il s'était allié à Damoiselle Isabiel de Calonne. Ce ne fut qu'après la mort violente de son beau-père, assassiné le 23 juillet 1385, par Jacques Buillemont et ses complices, que Jaques des Aveules se titra "Chevalier de Florench et de Taintegnies",fiefs qu'il détenait du chef de sa femme. Le Sire des Aveules avait été reçu bourgeois de Tournai le 28 avril 1371. Son nom figure en compagnie de Bernard de Mauffayt, procureur de paques de Calonne, dans un acte passé en 1378. On le voit encore cité, avec son épouse Dame Isabiel en divers chirographes de la cité, datés de 1401, 1406 et 1415.
J'ai pu consulter, aux Archives du Département du Nord à Lille, divers documents dont un parchemin du 22 mars 1388. C'est un dénombrement rendu par Jaques des Aveules, de son fief de Floraing situé en la paroisse de Taintegnies, tenu de la Salle de Lille.
Il y est écrit que le Moulin de Florent "estoit érigé dès l'an 1388" et dont ci-dessous extrait :
"C'est le rapport que, je Jaques des Aveules, chevalier, Seigneur de Floraing et de Taintegnies, faict à très hault et puissant prinche Monsegneur le Duc de Bourgogne, comte de Flandre, de ma terre et seigneurie de Floraing, gisant en la paroisse de Taintegnies que je tiengs de Mondit Seigneur … de la Salle de Lille … un manoir … gardins … bonniers … et ung moulin à vent …"
Jaques des Aveules mourut à Tournai, le 1er mars 1414 (1415 n.st.) et fut enterré dans la chapelle de Notre-Dame de la Gésine dite de la Verte Priorée, à Saint-Jacques.
Il laissa deux fils. L'aîné, Jehan fut bourgeois de Tournai par relief fait le 9 octobre 1395 endéans l'année de son mariage et fit partie de la Magistrature tournaisienne. Il fut "ewardeur" en la paroisse Saint-Quentin de 1409 à 1411 et devint juré en 1413.
Au temps de sa jeunesse, il était plus connu sous le nom de Jehan de Florench que sous celui des Aveules. C'est d'ailleurs comme Jehan de Florench qu'il avait relevé sa bourgeoisie. Le 23 novembre 1397, il fut blessé dans une rixe par Loys du Quesnoy, chevalier Seigneur du Quesnoi,de Braffe, … Jehan de Florench, écuyer, fut sous le coup d'une condamnation en l'an 1400 pour avoir fait rentrer sur le territoire de la ville, Jehan Vrédelot, qui en était banni.
Devenu Chevalier, Jehan de Florench fut de ceux qui assistèrent à la conclusion de la paix faite à Arras entre le Roi de France et le Duc de Bourgogne. Ce fait est relaté dans la chronique publiée par la société de l'Histoire de France, en 1881, par J.Le Fèvre de Saint-Remy.
Il fut Seigneur de Florench ou Floraing et épousa en 1394 Jehane de Hem, issue de la Maison de Bourghelle; veuf depuis 1406, il vivait encore en 1438, ne laissant pas de postérité. La Seigneurie échoit ainsi à son frère Arnould, écuyer, dit de Florench, lequel fut aussi bourgeois de Tournai par relief du 21 janvier 1417. Il était alors qualifié "Ernoul des Aveulles, dit de Florench, escuïer, fils de feu Monseigneur Jaques des Aveules, dit de Florench, chevalier, Seigneur de Taintegnies et de Florench.
Il fut juré de Tournai en 1418 et 1422, éwardeur en 1420 dans la paroisse de Saint-Jacques, où il habitait l'hôtel paternel. On le trouve titré "Chevalier" dans un chirographe de la cité en date du 1436.
Arnould des Aveules s'allia à Marie de Coudeborch, dame de Padescot, avoeresse de Thielrode. Cette noble dame testa à Tournai dans la paroisse Saint-Jacques le 1er septembre 1460 et mourut le 2 août 1461, joua de l'approbation de son testament par les "mayeur et eschevins" de la Cité. Les témoins de ce testament étaient : "Maistre Pierre Bancq, pasteur de Notre-Dame à Tournai, Willaume de Cassiel, Jehan Moiturier (originaire de Taintegnies) et Jehan Maresquoix, ceux-ci paroissiens de Saint-Jacques.
Suivant ses dernières volontés, elle fut inhumée en "habit d'Augustin" dans la chapelle de Saint-Antoine du Couvent des Augustins, rue d'Audenarde :
"eslis ma sépulture en l'église du Couvent des Augustins en Tornay, en la chapelle de Saint-Anthoine, laquelle j'ay fait faire et ordonner devant l'autel de icelle chapelle, en la fosse laquelle y est faicte et machonnée. Itel, je veul et ordonne que, aux despens de mes biens soit fait ung palle de vingt-quatre aulnes de drap noir à tout une croix de drap gris à mettre sur la chivière où mon corps sera mis sus en habit de Augustin, descouvert.
Item, je donne à maistre Jacques Canonne religieux desdits Augustins, une queeulte pointe qui est ouvrée et une belle nappe et ung doublier de ouvraige de Venise".
Dans un chirographe de la cité, on lit encore que le 26 novembre 1459, Jehan de Guignies était procureur de noble dame Marie de Coudeborch, "dame de Florens et de Taintegnies".
Arnould des Aveules et Marie de Coudeborch ne laissèrent qu'une fille et unique héritière. Elle a nom : Clare ou Claire des Aveules, dite de Flourens, dame de Floraing, de Taintegnies, …
En 1465, elle était pour la troisième fois veuve de Roland Alaerts, chevalier Seigneur de Dixmude. Les Archives de Lille conservent d'elle un document du 28 mars 1465. C'est un "dénombrement de la Seigneurie de Florent, tenue de la Salle de Lille, par Claire, dame de "Florent et de Taintegnies" et veuve de Roland, seigneur de Dixmude".
Claire des Aveules n'a pas dû habiter toujours Taintegnies. Elle avait son "Hôtel de Disquemue" à Amiens, où la chronique de l'époque nous apprend qu'elle eut l'honneur de "loger Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien, roi des Romains, qui avait été sur le point d'épouser le Roi de France, Charles VIII et qu'une politique ondoyante et diverse renvoyait aux Pays-Bas".
Elle n'eut d'enfants d'aucun de ses maris, "qu'elle survescut longtemps, demeurant en la ville d'Amiens et y passant sa vuidité ès exercices de piété et de charité envers les églises et les pauvres comme on le voit en notre Nécrologe où elle a son obit fondé".
(de la Morlière)
Claire de Floraing fut la dernière descendante des Aveules en Taintegnies.
Elle décéda le 22 décembre 1501. Son corps reposait en l'abbaye Saint-Martin aux Jumeaux à Amiens. Sa pierre tombale où se trouvaient sculptées les armoiries de ses trois époux, jointes aux siennes, fut enlevée à sa première destination et employée à former le couvercle d'un puits abandonné, rue de la Porte de Paris, à Amiens.
Outre un sujet pieux et les armoiries devant dites, on y lisait cette inscription :
"CHI DEVANT GIT NOBLE DAME CLAIRE DE FLOURENS, QUI EN SON VIVANT FUT FEMME DES DEFFUNCTS ANTHOINE DE HARDANTHUN, MESS. COLART DE MAILLY ET MESS. ROLAND DE DESQUEMUDE, QUI TREPASSA L'AN MIL CINQ CENT ET UN, XXII e DECEMBRE - PRIES POUR SON AME".
Avant de se retirer définitivement en son hôtel d'Amiens où elle termina sa vieillesse, Claire des Aveules vendit ses terres de Florench et de Taintegnies à l'écuyer Jean Arnould Bernard, comme le portent les lettres de "werp et d'adhéritement en faveur dudit Arnould et déshéritement de la dite dame", lesquelles lettres furent retrouvées dans le compte de la curation des biens de feu Louis Arnould Bernard, écuyer, dernier baron de Bernard de Taintegnies, rendu en 1724.
Johan Arnould Bernard entre donc en possession de la seigneurie de Floraing et des fiefs en relevant, en 1483, le 7 juillet. Il acquiert celle de Taintegnies l'année suivante.
Messire Arnould de Bernard, Seigneur d'Esquelmes, de Bailleul, Longpré et autres lieux, avait été anobli par le Roi Louis XI, en février 1477.
La famille des Bernard restera, pendant plus de deux siècles, propriétaire des Seigneuries de Floraing et de Taintegnies. L'écu des Bernard portait : "de gueules à l'épée d'argent, à la poignée d'azur, pommetée d'or, posée en pal la pointe basse, et accostée de deux molettes d'éperons d'or, percées en quinte feuille d'azur".
Le nouveau Sire de Floraing avait pris pour épouse Damoiselle Jacqueline d'Antoing, dite de Rocques. Cette dame testa le 5 mai 1526 et mourut à Tournai le 30 octobre 1528.
De l'Obituaire de l'église Saint-Piat de Tournai, on relève à son sujet :
"S'ensuyst ci-après l'ordonnance de la fondation à la glorieuse Transfiguration de Nostre Seigneur Jésu-Crist, que l'on est tenu faire solemniser en cette église paroichialle de Sainct Pyat par chacun an, le sixième d'aoust fondée par damoiselle Jacqueline de Rocques, en son vivant vesve de feu Jehan Arnould Bernard, tant pour les heures canoniales, procession, messe solennelle et sermon"…
Tout en restant sous la coupe des Bernard, la Seigneurie de Floraing - Taintegnies se scinde au cours de la seconde moitié du XVIe siècle. Un des fils de Simon Bernard, l'écuyer Florent, hérite de la Seigneurie de Floraing, laquelle échoit à sa mort, à son fils Maximilien ainsi qu'il appert d'un document du 22 décembre 1617. C'est un "dénombrement rendu par Maximilien Bernard, chevalier, Seigneur d'Esquelmes, Florent, Jollain, Bettignies, de la Seigneurie de Florent".
A cette époque, le seigneur de Florent avait pour bailli Gilles Vranck, pour lieutenant bailli Olivier Josson et pour juges cottiers Jean de Blaves, Simon le Plat, Simon le Chantre et Clément du Gardin. Le domaine passe ensuite à Maximilien François de Bernard, qui eut pour épouse Dame Marie-Claire de Berghes. Il décéda en 1562 à l'âge de 32 ans. Sa jeune veuve, tutrice de leur fils Louis-François, releva plusieurs fiefs dont le fief dit d'Esquelmes, en Rumes le 24 octobre 1654 de même que les "Terrages" gisant à Templeuve, propriété acquise en 1610 par Messire Maximilien son grand'père, du prince d'Orange Guillaume de Nassau. Ce fief était chargé de 10 livres de relief du dixième denier et du service en cour.
Esquelmes conserve dans le chœur de sa petite église, deux épitaphes des Seigneurs de Bernard ayant régné sur Florent. La première est en pierre de Tournai, elle a la forme d'un portique à fronton brisé, style renaissance et est surmonté d'une gloire au monogramme IHS, accompagné des armoiries des défunts; celles du mari surmontées d'un casque à lambrequins, les autres en forme de losange dans une couronne de verdure.
"Cy gisent, noble Home Floren Bernard, escuyer, Seigneur d'Esquelmes … lequel trespassa le 27 juin 1596 éagé de 56 ans; et Madame Catherine Bernard, dame de Lucin Berthenies et de Jollain pour moitié, son épouse …trépassa le 13e janvier 1579, éagée de 27 ans".
A droite et à gauche, les huit quartiers des défunts.
La seconde, en marbre blanc, porte en haut les armoiries surmontées d'une couronne à onze perles et supportées par deux griffons, l'épitaphe au centre, et sur les côtés leurs seize quartiers de noblesse.
"Cy gisent …Maximilien François de Bernard, en son vivant, chevalier, Seigneur d'Esquelmes, Florent … lequel trespassa le 25 juin 1653 âgé de 32 ans et Madame Marie-Claire de Berghes, son épouse … 16 octobre 1699 âgée de 74 ans".
Un autre dénombrement de fief du 4 octobre 1695, établit que la Seigneurie de Florent, sise à Taintegnies, est tenue par Louis Frans de Bernard, chevalier comte de Bailleul, seigneur d'Esquelmes, Bettignies, Florent. Ce document qui repose aux archives du Nord, à Lille, est un original parcheminé de huit feuillets, signé et scellé aux armes des de Bernard.
Louis Frans de Bernard était allié à Dame Marguerite Charlotte de Berghes.
Au décès du Sire Louis Frans, la hoirie féodale échoit à son fils Charles Alexandre suivant un écrit du 17 janvier 1702. Charles Alexandre épousa en 1706, Marie Françoise de Lannoy, d'où issue Marie-Marguerite-Caroline, comtesse de Bailleul.
Un acte relatif au Moulin de Florent au début du 18e siècle passé devant notaire et touchant la déclaration de ce moulin, avec celui de Bailleul.
Chatellenie de Lille.
Du vingt-troisième jour de juin mil sept cent un.
"Est comparu au greffe de la commission pour la confection du papier terrier du Roy des provinces de Flandres, Arthois et Haynaut, Mathias Lemesre, procureur demeurant à Lille, en qualité de procureur spécial de Messire Louis Frans de Bernard, comte de Bailleul, Seigneur d'Esquelmes, Florent, Bethini et demeurant en son château du dit Esquelmes, fondé de procuration passé pardevant Jean-Baptiste Dillies, notaire royal de la Résidence de Lers, Tournaisis … le 7 de may 1701, lequel en ladite qualité et en vertu du pouvoir spécial à luy donné par ladite procuration, déclara satisfaire à l'ordonnance de Sa Majesté et de Mosseigneurs les commissaires pour la confection du papier terrier de ses domaines en date du 4 mai 1700 et du 11 février 1701, que ledit Seigneur comte de Bailleul est propriétaire détempteur et possesseur de deux moulins à vent, à usage de moudre bled, avec chacun un tournant, l'un situé au hamel de florent, paroisse de Taintegnies, érigé passé longues années sur son fief dudit florent, relevant de la Salle de Lille, apparoissant de son antiquité par un extrait du régistre aux rapports et dénombremens en date du 22e de mars de l'an mil trois cent quatre-vingt-huit reposant au greffe du bailiage de Lille, que ledit moulin estoit des lors construict sur ledit fief, aiant entrée du costé bize et du levant, lequel est escheu audit Comte de Bailleul par le trespas de Messire Maximilien Frans Bernard, vivant, chevalier et Seigneur dudit Esquelmes, Florent et autres lieux, son père, en qualité de son héritier principal comme se voit aussi de l'extrait de partage faict par Dame Marie-Claire de berghes, sa mère douairière dudit Esquelmes, l'autre …".
Encore concernant les moulins, voici le texte d'une "procuration pour faire la déclaration des moulins de Bailleul et de Florent, châtellenie de Lille":
"Comparut en personne Messire Louis François de Bernard, comte de Bailleul, seigneur d'Esquelmes, Florent, Bettignies, là demeurant en son château dudit Esquelmes de présent en cette ville, lequel comparant a comis constituer et establir pour son procureur spécial la personne de Mre Mathias le Mesre, procureur, demeurant à Lille, auquel il a donné pouvoir pour luy, et en son nom satisfaire à l'ordonnance de Sa Majesté pour la confection du papier terrier de ses domaines, en date du 7 de may 1700 et du II de février 1701 et, à cet effect, former et signer et délivrer deux déclarations de deux moulins appartenans audit seigneur comparant, l'un situé au hameau de Florent, paroisse de Taintegnies et érigé sur son fief relevant de la Salle de Lille, passé de longues années comme il appert d'un extrait des registres aux rapports et dénombremens contenant les rapports et dénombremens dudit fief de Florent en date du un de mars 1383 reposant au greffe du bailliage de Lille et l'autre gisant à Bailleul, lesdits moulins tous deux à usage de moudre bled, avec chacun un tournant et motte, le premier situé au hamel de florent faisant partie du fief et seigneurie de Florent relevant de Sa Majesté à caude de ladite Salle de Lille, ayant entrée du costé de bize et du Levant, lequel est escheu audit Seigneur comparants, par les trespas de Messire Maximilien François de Bernard, vivant, chevalier Seigneur d'Esquelmes, florent et autres lieux, son père; haboutant au chemin venant de Willemeau, allant à la cense de Eurtebise, à la piedsente venant de florent à Fromont et à la Seigneurie dudit Florent et le second, nommé le moulin de l'irondelle, gisant audit Bailleul …".
En 1692, le domaine seigneurial de Florent passe dans l'illustre famille des marquis de Brias par l'alliance de "Noble Dame Alexandrine de Bernard, dame de Bailleul, d'Esquelmes et de Florent" avec Louis de Brias, seigneur de Royou, député général et ordinaire par le corps et la noblesse des Etats d'Artois.
De cette union est issu Charles-Louis-François, marquis de Brias et de Royou, seigneur d'Embli, qui épouse la princesse de Croy, chanoinesse de Molembaix. Ils n'eurent qu'un fils : Ferdinand Bernard de Brias, uni à Dame Françoise Valentine d'Esclaibes. Leur héritier Charles-Eugène-Alexandre Bernard de Brias recueille la Seigneurie de Florent ainsi qu'il ressort d'un dénombrement du 28 décembre 1753 stipulant que la Seigneurie de Florent appartient à Charles-Eugène-Bernard, fils unique de Ferdinand Bernard, de Brias et de feue Françoise-Caroline d'Esclaibes. (Salle de Lille, 2 originaux parcheminés, 12 feuillets).
Charles-Eugène avait épousé en 1750, dame Robertine d'Escalibes également héritière et descendante des de Bernard.
Le magnifique domaine apporté avec lien de majorat dans la famille de Brias, était encore sa propriété en 1868.
Cette même année, ferme, terres et moulins à vent furent vendus à Monsieur François Crombez - Verheyden, père du Sénateur et ancien bourgmestre de Taintignies : Henri Crombez.
En ce qui concerne les impositions et ainsi que dit en cet ouvrage "Florent était assis en taillis par la Châtellenie de Lille".
Au cahier des tailles de cette châtellenie, nous lisons en 1553 :
"Florent, paroisse de Taintignies, pour jardins, prés, bois, pâtures, terres à labeur, moulins, feux, chevaux, vaches et blanches bêtes, occupés et tenus par héritiers, censiers et forains sujets à taille, la somme de 31 florins 18 patars" … suivent diverses énumérations par catégorie avec évaluations des tailles en florins.
A titre documentaire, le revenu d'un bonnier de terre en prés et jardinage était évalué à 12 florins; le bonnier de bois à 2 florins 10 patars; celui des terres à labeur à 13 florins 10 patars.
La dîme y était fixée par estimation à un revenu de 37 florins annuellement. Le Hameau de Florent comptait en 1553, 18 maisons ou feux, 5 chevaux, 24 vaches et 30 blanches bêtes ou moutons.
Le moulin qui appartenait au Seigneur était baillé à ferme pour 50 rasières de blé l'an, mesure de Tournai, la moitié rachetable à l'estimation de 40 patars la rasière.
L'on sait que les revenus des moulins du Seigneur étaient considérables en 1553. Ceci s'explique par l'obligation qu'avaient les manants d'y faire moudre leur blé et de passer ensuite par le four banal pour la cuisson des pains. La redevance pour ces "banalités" était conséquente.
Les enclavements de la Châtellenie de Lille en Tournai, de même que ceux des Etats du Tournaisis en la dite Châtellenie constituaient toutes sortes de difficultés quant à la perception des impôts. Pour obvier à la fraude des impositions, les Etats de la Châtellenie de Lille et les Etats du Tournaisis, se cédèrent réciproquement pour 3, 6 ou 9 ans, les droits d'imposition dans leurs enclaves par actes de cession des 18 septembre 1722, 11 avril 1750 et 1er octobre 1763. Florent figure dans ces enclaves pour 125 bonniers 1500 verges. Ci-dessous l'acte de cession de 1722 :
"les baillis des quatre seigneurs hauts justiciers, représentant l'état des Châtellenies de Lille, Douay et Orchies ont accordé et accordent par le présent acte, à messieurs des Etats de Tournay et Tournésis, les droits et impost sur le vin, la bierre, l'eau-de-vie et le tabac qui se consommeront dans les enclavements qu'ils ont à Esplechin, Blandain, Guignies … et aux villages et hameaux de … et Florent, pour en jouir pendant le terme de 3, 6 ou 9 ans à l'option réciproque des parties de résilier au bout des 3 ou 6 premières années, pourvu d'en avertir 6 semaines auparavant, à commencer au premier octobre de la présente année, de la même manière et à la même concurrence qu'ils feroient sans la présente cession, savoir : 12 patards pour droits de brasserie et d'égards, 42 patards pour droit dû à la consommation de chaque rondelle de bierre, le tout de la continence de 72 pots, 3 patards sur chaque tonneau de petite bierre, de la continence de 48 pots 20 patards sur chaque pot d'eau-de-vie, 3 patards et demi sur chaque lot de vin et 2 patards à la livre de tabacs : les droits et impôts payables en monnaie coursable dans les ville et châtellenie de Lille, et non autrement, à condition que lesdits sieurs des états du Tournai et Tournésis, leur accorderont réciproquement, comme ils ont fait ci-devant, les impôts de vin, bierre, eau-de-vie et tabac, qu'ils ont droit de lever et lèvent actuellement dans la branche de Lezennes, consistant au village dudit Lezennes, et en ce qu'il est de la dépendance du Tournésis, dans les villages et seigneuries de …, etc. pour en jouir 3, 6 ou 9 ans, à la même option, bien entendu que lesdits baillis ne lèveront, dans les lieux cédés, que les droits qu'ils lèvent dans leurs dépendances, et en même monnaie, sous condition encore que dans les autres enclavements respectifs desdits états de Lille et de Tournay, non compris dans le présent acte, les vins, bierres, eaux-de-vie et tabacs, se vendront au même prix, en observant la proportion des poids et mesures, à peine de 30 florins d'amende pour chaque contravention, pour laquelle les contrevenans seront poursuivables suivant les ordonnances rendues et à rendre pour lesdits sieurs des états de Lille et de Tournay, chacun en droit soi, et au moyen du présent échange, il sera permis aux habitans des mêmes états d'aller boire vin, bierre, brandevin, et prendre consommer tabac dans lesdits lieux enclavés, sans encourir aucune peine.
Le nombre des cantines ne pourra être augmenté dans les pays limitrophes des deux états, sans leur consentement respectif, et lesdits baillis s'engagent de payer ou faire payer auxdits sieurs des états de Tournay et Tournésis, annuellement de 6 mois en 6 mois, la somme de 2400 florins, en la ville de Lille, en monnoie coursable audit lieu et non autrement, sur la quittance ou ordre de leur trésorier.
En foi de quoi, lesdits sieurs baillis ont fait signer le présent acte par leur greffier, et y apposer leur scel ordinaire.
A Lille, le 18 septembre 1722."
"J.F.Fruict."
En 1769, une discussion s'était levée entre la France et l'Autriche au sujet de cette partie de Taintignies que la France prétendait comme dépendance de la Châtellenie de Lille.
Par l'article 4 du traité des limites entre ces deux puissances, fait à Versailles, le 16 mai 1769, il est dit :
"Sa Majesté Roi, très chrétien, cède à Sa Majesté l'Impératrice, Reine Apostolique, les enclaves suivants de la Châtellenie de Lille en Tournaisis, savoir :
Le Hameau de Florent, paroisse de Taintegnies, de même que tous les petits enclavemens qui peuvent être renfermés dans les villages du Tournaisis, qui sont inconnus; de sorte qu'il n'y aura aucune exception, ni réserve, à la cession réciproque des enclavemens de part et d'autre".
C'est de ce jour que date le rattachement de Florent au Tournaisis.
Notons encore que, d'après le registre paroissial de 1789, le Seigneur de Florent avait commis comme "mouleu" le sieur François Joseph Douchy.
Quant au censier, c'était en 1770, Maximilien Landrieu, frère du censier de Longuesault. En 1825, nous y voyons son neveu Pierre Landrieu, lequel avait épousé sa cousine Catherine, fermière de Florent.
En 1858, l'exploitation de la ferme est à Mr Alexandre Merlin et passe dès 1871 à Mr Gaspard Louis Joseph De Rasse.
Pour le spirituel, la Seigneurie de Florent dépendait de la paroisse de Taintignies. Ses morts étaient inhumés en notre cimetière, après instructions des gens de lois ainsi qu'il appert de cet acte de décès dressé en 1771.
"l'an mil sept cent septante et un d' aoust, est décédé subitement en travaillant à son champ, Pierre-François Moutury, âgé de soixante ans, fils des feus Pierre et de Marie-Elisabeth Bonnet, et a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le jour suivant, en exécution de l'ordonnance de Mrs les Eschevins de la Terre et Seigneurie de Florent en présence de ladite épouse et de Marie-Elisabeth Moutury, sa fille, lesquels ont déclaré ne sçavoir écrire ni signer.
Du Pont, curé."
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"ET SON FIEF D'ESTRAYELLES"
De la Seigneurie de Floraing était tenu le beau de fief d'Estrayelles, avec manoir et vingt bonniers de terres, relevant aussi de la Salle de Lille.
Les d'Estrayelles qui possédèrent la terre de ce nom en notre village sont très anciens. Ils sont branche cadette de la Maison de Rumes et portent à leur écu : "d'argent à la fasce de sable".
L'auteur de la famille d'Estrayelles est vraisemblablement Guillaume de Dossemer, dit de Rumes, chevalier déjà cité en 1160 dans un acte figurant au cartulaire de l'Abbaye de Saint-Nicolas des Près.
Le plus ancien seigneur d'Estrayelles connu est Nicolas
Le 27 août 1214, le Seigneur Radbod de Rumes qui combattait dans l'armée flamande contre le Roi de France, est fait prisonnier à la bataille de Bouvines.
Nicolas d'Estrayelles, partisan de la France, se porte piège ou caution pour Radbod, envers le Roi Philippe Auguste. C'est à ce titre qu'il figure en 1215 dans une charte sous le nom latin de "Nicolaus dominus de Straella".
Il portait comme armoiries sur son sceau, une "fasce accompagnée en chef de 3 fleurs de lis caudées et rangées et, en pointe, de 3 fleurs de lis posées 2 et 1, l'écu entouré d'une bordure. Légende : SIGILUM NICHOLAÏ DE ESTRAYELLES.
La bordure de son écu d'arme est une brisure de cadet, les d'Estrayelles étant ramage de Rumes.
Ce Seigneur figure aussi avec le titre de Sire d'Estrayelles dans la collection de sceaux, ouvrage de Douët d'Arcq.

On trouve en 1391, un Jacques d'Estrayelles, juré de la ville de Tournai, élu en remplacement de Gérard de Hurtebise, seigneur dudit lieu en Rumes et dont le manoir se dénomme aujourd'hui : Château des Dominicains.
Le 27 novembre 1453, un Caron d'Estrayelles a été enterré en l'église paroissiale de Saint-Jacques à Tournai, suivant son testament du 13 mars 1449.
"Eslis la sépulture pour mon corps en l'église paroiscial de Saint-Jacques, desoubz la lame et plache que j'acquis et aquestay aux gliseurs et gouverneurs de ladite église".
Laurent d'Estrayelles testa le 14 mai 1484 et décéda le 17 mai.
"Je donne à ladite église de la Magdeleine, mes Heures à tout ung cloang d'argent (fermoir). Item, je donne à Notre-Dame en icelle église unes patrenostres de coral a tout des boutons d'argent, une croix d'argent et ung carlin (monnaie) de Romes".
Un autre Caron d'Estrayelles, devenu Seigneur de Mouchin, testa le 15 février 1530 :
"Eslis pour la sépulture de mon corps la place et lieu en l'église paroiscialle de Saint-Jacques, en desoubz la noeve verrrière au cœur, laquelle verrière est deseure l'huys de la trésorerie. Item, je donne à l'église de Blandain une grosse cloque, telle qu'il conviendra pour faire ung tresple (accord de 3 cloches) à ladite église. Item, je voeul et ordonne que soit mis sur mon corps, au convoy et pareillement au jour de mon service, le palle des prinches (drap mortuaire qui servait aux confrères des sociétés de rhétoriques)…".
Le 28 avril 1544, le Seigneur Louis de Clermès épousa en secondes noces, Barbe d'Estrayelles, veuve de Jehan le Boucq, dit de Carnin. Celle-ci testa le 11 décembre 1564 et décéda le 20 décembre.
"Eslis me sépulture en l'église de la Magdeleine, au cœur devant Saint-Sacrement, s'il est possible. Je donne à icelle église de la Magdeleine, une grande cheyne d'aur, à charge d'en faire deux gourdines au grand autel d'icelle église, de couleur rouge cramoisi, avecq mes armoiryes tant aux gourdines comme aussi audict drap d'autel. De la reste d'icelle cheyne, ordonne estre faict ung repositoire du Saint-Sacrement, je donne aussi une cheyne d'argent. Je donne ma bonne robe de velou noir pour faire ung ciel et tabernacle de Sainct Sacrement; le tout avec mes armoiryes, servant à porter ledict Sainct Sacrement. Je donne aussi une devanture de velour noir à icelle église de la Magdeleine pour faire une robe à parer l'ymage de S.Marie Magdeleine."
La famille d'Estrayelles s'est éteinte dans la première moitié du XVIIIe siècle, à Rumes d'où elle était sortie.
Une des dernières représentantes y a été inhumée dans le chœur de l'église où l'on trouve son épitaphe, à droite en entrant, dans l'espace étroit qui sépare la balustrade des Stalles des Chantres. C'est une petite pierre blanche en losange sur laquelle on lit :
Ici gisent Jacques
Des Fontaines, décédé
Le … âgé de … ans
Et Anne-Marie D'Estrayelles
Sa femme décédée le
23 de 7bre 1721, âgée
De 76 ans.
Requiescat in pace.
Une partie de l'ancien manoir d'Estrayelles est toujours là qui maintient ses brisques de vieillesse. C'est tout d'abord à l'entrée du parc des Crombez, la "Loge" est un peu plus bas, un bloc de bâtiments en briques dont l'un porte au pignon des ancres formant le millésime 1781. Dans le prolongement, une tour et des écuries désaffectées.
La ferme d'Etréelles que nous voyons aujourd'hui sur l'autre côté du même chemin de Florent, n'a rien de commun quant à l'origine avec la Cense d'Estrayelles.
Elle fut érigée en 1810, par les "censiers" de ladite cense d'Estrayelles, qu'ils quittèrent à la suite d'un différend survenu avec leur propriétaire le baron Le Clément de Taintignies.
La nouvelle ferme posséda jusqu'en 1910, une tour surplombant le porche d'entrée. Le propriétaire de l'époque, Monsieur Henri Crombez, la fit raser, ce qui donna au bâtiment rural son cachet actuel. Elle est actuellement exploitée par Monsieur et Madame Baudens - Derasse.
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"LA SEIGNEURIE DE TINTEGNIES"
Dans le décor harmonieux et féerique du parc de Monsieur et Madame de Bosque-Crombez, à peu près à l'emplacement du château actuel, s'élevait le Castel des premiers seigneurs de Tintegnies.
Une magnifique allée de marronniers, ancêtre de celle que nous connaissons, y aboutissait.
Ce fief mouvait des Seigneurs de Rumes et relevait de la Cour de Maire. Quand les Sires de Rumes donnèrent-ils cette terre en fief? Probablement au seuil du XIe siècle qui vit naître le nom du village.
Plusieurs chartes nous révèlent bien des échanges et achats de terres et propriétés faits en Taintignies, mais aucune, à notre connaissance, ne fait état du nom de ses nobles maîtres avant 1239 où nous rencontrons celui de Henri de Bourghelle, Seigneur de Kikempoist et de Floraing.
En fin du XIVe siècle, "Floraing et Tintegnies" ont un seigneur commun en la personne du Chevalier Jacquemes des Aveules. Tenues de suzerains différents, ces deux terres sont régies par des coutumes qui leur sont propres. Et ici, pour plus de clarté et de précision, pour plus de compréhension surtout, s'impose la nécessité de nous répéter.
Ainsi donc en 1370, Jaque des Aveules s'alliant à "l'héritière de Floraing et de Taintegnies" devient chevalier et seigneur desdits lieux.
Ses deux fils héritent, tour à tour, du domaine paternel qui appartient vers 1440 à Arnould dit de Florench et à sa noble dame Marie de Coudeborch, d'où issue Claire, unique héritière de Floraing et de Taintegnies, veuve en troisième noces du Seigneur Roland de Dixmude.
1483 - 1484 ! Avec Jehan Arnould Bernard, Seigneur d'Esquelmes et de Bailleul, les fiefs de Floraing et de Tintegnies passent par achat, dans la noble famille des Bernard et dans laquelle ils resteront durant plus de deux siècles.
Remarquons qu'à partir de ce moment Floraing s'orthographie Florent.
Jehan Arnould lègue ses biens à son fils Simon de Bernard, grand prévôt, Seigneur de Tintegnies, Florent, Baudignies et qui, de son union avec Jehane de Landas, eut seize enfants. Deux de ceux-ci se partagent le domaine sis en notre village, divisant en la seconde moitié du 16e siècle, l'arbre généalogique des Bernard en deux branches maîtresses.
A l'écuyer Florent échoit la Seigneurie de Florent; à l'écuyer Antoine qui s'était uni à Dame Gertrude D'Arre, revient celle de Tintegnies. De Pierre Bernard, leur fils aîné qui convola avec Magdeleine Hangouart, la Terre de Tintegnies passe à l'écuyer Guillaume qui fut élevé à la dignité de Chevalier le 1er août 1630. L'on trouvait encore au siècle dernier en l'église de Sainte Marguerite à Tournai, sa pierre sépulcrale.
C'était une dalle en marbre blanc, posée dans le chœur et par terre, avec armoiries et les quartiers de noblesse suivants : Bernard, Croix, Hangouart, D'Arre; et au dessous, une épitaphe ainsi conçue:
"CI GYST
MESSIRE GUILLAUME BERNARD, CHEVALIER
SEIGNEUR DE LANNOY ET DE TAINTEGNIES
QUI TREPASSA LE 23e de JANVIER 1642
REQUIESCANT IN PACE"
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"Honneur royal lointain"
Si nous ne pouvons revendiquer la faveur d'avoir jamais reçu le Roi, tout au moins avons-nous l'honneur et l'orgueil de savoir que parmi ses ancêtres, figure la fille de Simon de Bernard, grand prévôt, seigneur de Taintignies au début du XIVe siècle.
Antoinette Bernard de Taintignies avait épousé en 1549, Simon Malderée, petit-fils d'un riche teinturier tournaisien et qui, par cette union, prit la particule. Leur fils, seigneur des Haies à Velaines et de Popuelles, épouse Marguerite de Berckem dont l'héritière s'allie à Jacques Thézart, seigneur des Essarts. Marguerite Thézart épouse Marie - Frédéric - Magnus Wild et RheinGraff et Kyrbourg.
Leur petit-fils, Philippe Joseph Wild, comte de Kyrbourg, prince de Salm s'unit à Marie-Thérèse, princesse de Hornes, d'où issue la princesse Amélie de Salm-Kyrbourg qui épouse le prince Marie-Antoine, prince régent de Hohenzollern - Sigmaringen.
Leur petite-fille Marie de Hohenzollern s'allie, le 25 avril 1867, à Philippe, prince de Belgique, comte de Flandre et père d'Albert Ier, roi des Belges.
Ainsi pourrions-nous voir figurer parmi les nombreux blasons royaux, les armoiries des de Bernard de Taintignies.
Guillaume Bernard avait épousé Marie du Bois d'Estriez. Ils eurent comme fils Nicolas François, en faveur de qui Michel du Bois, son oncle, testa, à la condition qu'il ajouterait le nom de "du bois" au sien et qu'il signerait : "Bernard et du Bois".
Nicolas-François Bernard et du Bois franchit un échelon dans l'échelle de la noblesse en date du 17 octobre 1661, sous la domination espagnole. Il voit, en effet, son domaine érigé en Baronnie par lettres patentes du Roi Philippe IV. Nicolas-François ouvre dès lors la lignée des Barons de Bernard de Taintegnies.
L'histoire des Seigneurs de Taintegnies se complète par l'examen des documents qui les mettent en possession de leurs biens et que leurs hoirs se transmettent, se partagent ou cèdent.
On lit au Cartulaire de Rumes de 1562 et 1646, que Messire Nicolas François Bernard tient de ladite Seigneurie de Rumes, le fief terre, justice et seigneurie de Taintegnies, avec cinq bonniers de terre et bois, tenant de deux côtés aux bois du Seigneur de Rumes et aux bois de l'Abbaye de Saint-Martin avec tous les chemins et flégards (le flégard est un lieu public à découvert, un passage commun, qui dessert plusieurs propriétés; nous dirions aujourd'hui une servitude).
Le fief de Taintegnies qui avait rentes seigneuriales en argent, avoine et chapons, dûs sur plusieurs fonds par plusieurs particuliers, devait encore dixième denier à la vente, don ou transport.
Il appartient déjà aux Seigneurs de Taintegnies au XIVe siècle et fut relevé par l'écuyer Michel du Bois des Triez, au nom de son neveu Nicolas –François - Bernard, le 28 mars 1646.
Le second baron de Taintegnies est le chanoine Philippe François de Bernard du Bois. Le 10 mars 1683, il fait le relief dudit fief qui lui échoit par la mort de son père le baron Nicolas François, survenue le jour des Cendres 1681 et il donne pour responsable Charles Caron.
Il réside, nous dit la Chronique du temps, dans un assez agréable château du moins quant au jardin. C'était une belle maison avant que le feu la consumât, les guerres passées".
Les Châtelains de Taintegnies possédaient une chapelle castrale avec droit de choisir le chapelain, bien souvent le desservant en était le curé du lieu ou son vicaire.
Comme dit plus haut, le château de Taintegnies eut beaucoup à souffir des guerres de l'époque; il fut en effet pillé et incendié au cours des campagnes de Louis XIV. Il avait été en partie restauré. Le chanoine, baron Philippe François de Bernard mourut le 18 août 1693. C'est Jean Roussel, bailli de Taintegnies qui, le 29 mars 1697, fait relief de la Seigneurie comme procureur de Claude-Frédéric Le Ricque, curateur établi aux biens délaissés du Baron …
Ouvrons maintenant une petite parenthèse et reportons-nous une cinquantaine d'années en arrière.
Au décès du chevalier Guillaume Bernard survenu en 1642, son frère Arnould fut appelé à gérer les biens du jeune héritier Nicolas François en attendant qu'il soit à même de le faire.
C'est ce qui explique pourquoi Arnould de Bernard est titré : "Seigneur de Taintegnies".
Les Archives du Nord nous révèlent à son sujet, qu'un soir du 17 février 1636, Florent Ganthois, Seigneur de Templeuve, avait réuni à dîner à l'Hôtellerie du Banc d'Or à Tournai, plusieurs gentilshommes, parmi lesquels figurait Arnould de Bernard, Seigneur du Moulin à Fretin, fils de Pierre, Seigneur de Taintegnies.
"Après avoir dîné joyeusement", Messire Arnould se prit de querelle avec un des gais convives et, dans la rixe qui s'en suivit, Pierre de Boulogne fut tué. Arnould de Bernard sollicita et obtint du Roi des lettres de rémission.
Ce seigneur épousa, le 30 mai 1648, à Saint-Jacques de Tournai, Damoiselle Yolande de Formanoir de Merlin. Un de leurs fils, l'écuyer Louis Arnould, deviendra baron de Taintegnies au décès de son petit-cousin le chanoine Philippe François de Bernard.
La baronnie lui fut adjugée pour 12000 florins par décret de licitation du Baillage du Tournaisis en date du 3 septembre 1697. Le relief en fut fait le 9 juillet 1699 par son procureur François Carton, donnant pour responsable Louis de Lannay.
De son mariage avec Marie-Jeanne-Thérèse de Gaest de Warcoinbel-Omeries, Louis Arnould n'eut que deux filles qui décédèrent avant lui. Il mourut à Tournai, en la paroisse Saint-Jacques le 24 février 1723, dernier descendant mâle et dernier baron de la branche des Bernard dite de Taintegnies …
Indépendamment de leurs biens propres, les Seigneurs de Taintegnies et de Floraing possédaient, tant au village qu'ailleurs, d'autres fiefs qu'ils tenaient de suzerains divers. En voici quelques-uns pour lesquels nous indiquerons succinctement, les reliefs cessions ou transports ainsi que l'origine lorsque la chose est possible.
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Fief d'Avelin

Ce fief consistait en terres et bois situés en Taintegnies. Il tenait de tous côtés aux terres du Chapitre de la Cathédrale de Tournai. Son nom lui vient de ce qu'il fut possédé par des seigneurs issus de la Maison Chevaleresse qui eut pour fief d'origine la commune d'Avelin, en France.
Une branche cadette de cette maison devint "bourgeois de Tournai" tout en conservant toujours des terres à Avelin, ainsi que celle dont nous parlons et qu'elle dénomma désormais pour toute la durée du régime féodal.
Plus tard, ce fief passa des d'Avelins aux des Aveules par mariage et ensuite aux Bernard à l'épée par achat. Il relevait de la Vicomté d'Hérinnes-lez-Pecq et avait pour Seigneur en 1683, Philippe-François de Bernard et du Bois, prêtre et baron de Taintegnies qui, selon un document des archives de Tournai présenta le 18 décembre de ladite année, rapport et dénombrement d'Avelin, à son suzerain Louis Joseph Damman, écuyer, vicomte d'Hérinnes.
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Fief des Bernard
Le premier consistait en un bonnier et demi de terres labourables, gisant en Rumes et tenant aux terres de la Cure et à la Motte du Moulin de Rumes. Il était à Guillaume Bernard et échut à son fils Nicolas-François par le relief que Dame Marie du Bois d'Estriez fit en son nom en 1642.
Le 10 mars 1683, Nicolas-François étant mort depuis près de deux ans, son fils Philippe, baron de Taintegnies, fit relever le fief par son procureur Jean-Baptiste Simon. Après le décès du baron survenu en 1693, Jean Roussel, bailli de Taintegnies le releva comme curateur à sa succession. Par décret du Bailliage du Tournaisis, cette terre fut vendue le 20 mars 1696 et acquise par Damoiselle Marie Anne des Farvacques.
La seconde partie comprenant deux bonniers et demi de terres labourables en une pièce, était également en Rumes et tenait d'un côté, aux terres de la Bonne Maison del Val, de Tournai; d'autre côté à celles de l'Abbaye de Saint-Amand; d'un troisième à la cense d'Hurtebise (aujourd'hui château des Dominicains) et au chemin qui conduit de Froidmont vers la cense de Florent à Taintegnies.
Le relief en fut fait le 8 mai 1642, après que Jacques Brasseur l'eût vendu à Dame du Bois d'Estriez pour son fils Nicolas François de Bernard. Il passa au fils de ce dernier en 1683. Le 3 septembre 1697, après vente par décret de licitation du 20 mars 1696, il fut acheté par l'écuyer Louis Arnould de Bernard, seigneur du moulin, devenu baron de Taintegnies.
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Fief de l'Aulnoit en Rumes
Terre d'un quartier ou quart de bonnier, tenant au bois du Seigneur de Rumes, au bois des Rosières et au grand chemin de Rumes vers Orchies. Elle fut relevée en 1635 par Guillaume Bernard, chevalier seigneur de Lannoy, de Taintegnies, bailli de Rumes, qui l'avait héritée de sa mère Magdeleine Hangouart. Elle fut relevée par Marie du Bois à la mort de son époux. Ce fief quitta la maison des Bernard au décès du baron Philippe François et fut vendu le 25 mars 1696 aux Demoiselles Marissal.
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Fief d'Esquelmes
Ce fief gisait à Rumes. D'une contenance de 7 quartiers de terre, il appartenait à la Seigneurie de Floraing. Le Chevalier Maximilien de Bernard en fit relief en 1642, comme héritier du jésuite Florent Bernard. Le 24 octobre 1654, Marie-Claire de Berghes le releva comme veuve de Maximilien pour son fils Louis Frans. Ce dernier le vendit dans la suite à Louis Grau, bourgeois de Tournai.
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Fief Herard
Anciennement "esclissé" de la Seigneurie d'Hurtebise, ce fief de quatre bonniers quatre cents verges de terres labourables, tenait à ladite seigneurie, aux terres de l'Abbaye de Saint-Amand, aux terres de la Bonne Maison de le Val (maladrerie d'Orcq) et au chemin menant de Tournai au Rosult.
Il est nommé "fief Hérard" du nom de son plus ancien propriétaire Henri Hérard qui le vendit au Seigneur Guillaume Bernard de Taintegnies. On le voit relevé par la veuve de ce dernier pour son fils Nicolas-François en 1642, transmis à Philippe Bernard en 1683 et acheté le 18 février 1698 par le Chapitre de la Cathédrale de Tournai.
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Fief de Preys
Toujours en territoire de Rumes, ce fief de 3 bonniers de terres touchait au Rieu de Lannon, au bois de Lannon et au chemin qui mène de Lannon à Planart. Il appartenait en 1637 à Guillaume Bernard, passa à son fils le baron Nicolas-François et par la suite au chanoine baron Philippe. Jean Roussel le releva le 29 mars 1697 en tant que curateur commis aux biens délaissés du baron.
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Fief d'Omeries
Il provenait de Mecquiel d'Estrayelles, seigneur d'Omeries, à Kain. Il l'abandonna à la veuve de son frère Caron, Catherine de Landas, en échange de la Seigneurie de Mouchin plus importante, dont Caron était Seigneur.
Catherine de Landas, douairière de Mouchin devenue dame d'Omeries, désigna pour héritier testamentaire l'écuyer Antoine Bernard, seigneur de Taintegnies.
Celui-ci laissa pour hoir féodal l'aîné Pierre Bernard qui fut aussi seigneur de Taintegnies et autres lieux, mais le fief d'Omeries fut attribué à ses sœurs. Le 7 septembre 1630, ces deux dames d'Omeries firent donation d'entre-vifs de leurs biens situés à Kain et Petit-Kain à leur neveu Arnould Bernard, écuyer, dixième enfant de leur frère Pierre. Le fief d'Omeries fut enfin transmis à Louis Arnould, dernier baron de Bernard de Taintegnies.
Environ un an avant sa mort, le Baron Louis Arnould de Bernard délaisse sa baronnie de Taintegnies et les fiefs en dépendant, qui passèrent par achat dans la noble maison des Le Clément de Saint-Marcq, sur décret de licitation du Bailliage du Tournaisis, le 12 juillet 1722.
Illustre par son origine, illustre par ses hauts faits, la Maison Le Clément de Saint-Marcq est originaire du Cambrésis. Son origine connue remonte à 1354, avec Pierre Le Clément, dit Bosse, patricien de Cambrai. Elle se transporta en Artois et se distingua par les hautes dignités dont elle a été revêtue et par les belles alliances qu'elle contracta.
Elle a donné un gouverneur général aux royaumes de Galice, de Valence, de Murcie et d'Aragon. Elle compte parmi ses membres des officiers généraux et supérieurs au Service de France. Elle s'est alliée aux maisons nobles de la Vigne, de Wattines, de Sivry, d'Ostrel de Flers, de Beauffort, de Hangouart, de Blondel de Beauregard, de Béthune-Hesdigneul, … Elle a possédé dans l'Artois les terres et Seigneurie de Lévacques, de l'Oeulle, de Fauchy, de la Ferté; celle de Saint Marcq qu'elle possède encore aujourd'hui depuis environ 300 ans; celle de Cambligneul et de Souisch et la baronnie de Taintegnies.
Par sentence de l'Election d'Artois du 13 octobre 1588, elle obtient reconnaissance d'extraction noble et le 11 octobre 1658, le Roi Louis XIII accorda à ses membres le titre de chevalier. En décembre 1692, un diplôme de Sa Majesté le Roi Louis XIV lui confère le titre de chevalier héréditaire.
La famille des Le Clément se divisait en deux branches : la branche aînée ou Le Clément de Taintegnies (aujourd'hui éteinte) et la branche cadette ou Le Clément de Saint-Marcq dont le chef réside actuellement à Gand. C'est à Monsieur le Chevalier Le Clément de Saint-Marcq que nous devons ces détails concernant son illustre famille.
Les Le Clément de Saint-Marcq et de Taintegnies portaient : "de gueules à trois trèfles d'or, au chef d'argent chargé de trois merlet de sable, l'écu sommé d'une couronne à neuf perles, supporté par deux lions d'or, contournés, armés et lampassés de gueules".
"Devise : CLEMECS ET VAILLANCE."
Le premier Le Clément en Taintegnies fut Messire Robert Le Clément de Molinelle de Saint-Marcq, prêtre et chanoine de la Cathédrale de Tournai.
Le 18 mars 1723, son procureur Jean Colier, prêtre, releva le fief et baronnie de Taintegnies. Il mourut à Tournai en 1742, âgé de 72 ans et fut enterré dans la Cathédrale où se trouve encore aujourd'hui sa pierre sépulcrale surmontée de ses armoiries.
Messire Philippe Robert Le Clément de Saint-Marcq eut pour héritier et successeur son neveu, Philippe Alexandre, né à Lille le 21 juillet 1720, fils de Philippe François Le Clément, Seigneur de Saint-Marcq en Artois, colonel au service de France, chevalier de L'ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. Philippe Alexandre Joseph Le Clément de Saint-Marcq, seigneur de Taintegnies, Guignies et autres lieux, major au Régime du Soissonnais, épousa par contrat passé à Lille le 10 janvier 1750, Noble Dame Marie-Thérèse d'Ostrel de Flers dont il eut :
1 - Philippe-Marie-Hubert-Joseph Le Clément, chevalier héréditaire de Saint-Marcq et baron de Taintegnies, né à Taintegnies le 14 janvier 1751. Le 26 avril 1816, il obtint de Sa Majesté le Roi Guillaume d'Orange Nassau, reconnaissance de noblesse et du titre de baron de Taintegnies, transmissible par progéniture masculine, les autres descendants mâles portant celui de chevalier;
2 - Philippe-Hubert-Joseph, né à Taintegnies, le 7 septembre 1753, chevalier du Souich et gentilhomme des Etats d'Artois, fixé à Lecelles;
3 - Philippe-Louis-Joseph, né à Taintegnies, le 3 mai 1755, chevalier de Saint-Marcq, seigneur des Mazure à Lecelles;
4 - Damoiselle Philippine Caroline, morte toute jeune en 1763;
5 - Philippe-Auguste-Joseph, né à Taintegnies le 6 juin 1763.
Au troisième fils Philippe-Louis-Joseph, le Roi Guillaume d'Orange confirma par lettres patentes du 6 décembre 1827, le titre de chevalier héréditaire et de gentilhomme de haute naissance, transmissible à tous les descendants mâles.
En 1740, la terre de Guignies proprement dite, dépendance de la châtellenie de Lille, appartenait au baron de Taintegnies. Il y eut, cette année, procès pour le droit de chasse entre le baron Le Clément Seigneur de Taintegnies et de Guignies et le Sire de Goudt, maître des Seigneuries de Ladessous et Desliez, en Guignies également.
Un arrêt du Parlement de Flandre rendu à Douai, cantonna les deux seigneurs dans les limites respectives de leurs seigneuries. Plus tard, Monsieur Le Clément acheta la Seigneurie de Ladessous qui s'étenda autrefois sur une grande partie de la place de Guignies.
Le baron Philippe-Alexandre Le Clément mourut en son château de Taintegnies, le 8 juillet 1766 et fut inhumé dans le chœur de l'ancienne église. L'on y voyait au siècle dernier, son épitaphe en lettre d'or sur fond noir, avec au-dessus les armoiries des Le Clément et des d'Ostrel de Flers, accolées sous une couronne de baron et supportées par deux lions regardants.
Dans le fond de l'église actuelle, il en existe une réplique infidèle. C'est une plaque de marbre avec fronton sculpté d'où ressortent un heaume couronné et le blason des Le Clément de Saint-Marcq.
Philippe-Hubert-Marie-Joseph Le Clément hérita de la baronnie en 1766. Il obtint par lettres patentes de l'Impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, le titre de baron de Taintegnies, le 29 mars 1777. Il fut maire du village de 1808 à 1832. Le baron Philippe Le Clément était, à l'aube du 19e siècle, possesseur d'une bonne partie du village : 113 hectares, entre lesquels la ferme d'Estrayelles avec environ 20 bonniers, dont il se rendit aussi acquéreur en 1806. Il avait fait raser le vieux manoir féodal des Bernard et, près de son emplacement transformé en une vaste pelouse d'agrément, s'éleva le superbe château, joyau moderne dans l'écrin d'un parc magnifique, propriété depuis 1856 de la famille Crombez.
Philippe Le Clément de Saint-Marcq s'était allié à Dame Marie-Thérèse de Blondel, d'où issus :
1 - Auguste-Marie-Hubert Le Clément de Taintegnies;
2 - Marie-Thérèse-Hyacinthe, née à Taintegnies en 1777;
3 - Louis-Lamoral Le Clément de Taintegnies, né à Fechain le 5 août 1789.
Le fils cadet, Louis-Lamoral, fut page à la Cour de France, lieutenant au 1er Régiment de Hussards, chef d'escadron au 13e Régiment. Le 1er janvier 1812, Napoléon le créa Chevalier de l'Empire et le fit Officier de la Légion d'Honneur.
C'est à lui qu'échut le domaine paternel en 1832. De son alliance avec Dame Amélie-Henriette-Sophie-Julie-Caroline, baronne Deville, il eut trois enfants :
1 - Philippe-Hubert, né à Taintegnies le 10 août 1823;
2 - Célénie-Hyacinthe-Hubertine, née à Taintegnies en 1821;
3 - Zoé.
Philippe-Hubert Le Clément administra la commune comme Bourgmestre de 1851 à 1858. De son union avec Dame Mathilde-Félicité Walech, il n'aura que deux filles :
1 - Marie-Philippine-Amélie, née à Taintegnies, le 12 août 1848;
2 - Isabelle-Hubertine-Emma-Caroline, née à Taintegnies le 21 octobre 1849.
Il vendit son château et ses biens en 1856 à Monsieur François Crombez Verheyden et quitta le village.
Avec Hubert Le Clément s'éteignit, faute de hoir mâle, la branche aînée et la lignée des barons Le Clément de Taintegnies.
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"LES SEIGNEURIES D'HAUDION ET CLERMES"
La troisième portion du village, dite aussi Fief de Taintegnies, comprenait les belles propriétés de Haudion et de Clermès, mouvant de la Cour de Maire.
Peu de choses nous sont connues de ces fiefs, à part quelques documents d'archives permettant de les situer en notre terroir et de déterminer leur dépendance vis-à-vis de leurs Seigneurs.
L'on sait que la grande seigneurie de Haudion dont les seigneurs tirent leur nom, gisait à Willemeau et que ses territoires s'étendaient sur plusieurs paroisses. Haudion, en Taintegnies, est une de leurs très lointaines possessions, remontant à l'an 899, où elle est mentionnée dans une charte de Charles le Simple, roi de France.
Y eut-il en haut de la montagnette qui vit naître le Hameau de Haudion, une habitation seigneuriale? La Tradition le prétend et les "Anciens" dont la voix est toujours écoutée à l'heure du conte, pendant les longues veillées au coin de l'âtre, racontent volontiers qu'à l'emplacement de la propriété de Monsieur Victor Delcourt, s'élevait un manoir des Seigneurs de Haudion. Imagination romanesque d'histoires de vieux dont rien ne garantit l'exactitude, opposeront certains ! Chose très plausible, rétorqueront d'autres, si l'on tient compte qu'en dehors de leur résidence habituelle, les nobles établissaient souvent dans leurs divers fiefs de petits castels ou gentilhommières que nous appellerions aujourd'hui "maisons de campagne" ou "pied à terre".
Et nous pouvons fort bien sans nous y attarder, en accepter l'hypothèse, sous réserve d'éléments nouveaux dont les Temps font parfois la surprise.
Notons cependant que le hameau qui semble avoir été notre antique berceau a conservé à travers les âges le nom de son premier seigneur; qu'un Gilles de Haudion, selon un extrait des chartes de Saint-Martin, "en l'an de l'incarnation de N.S.J.C.1251", échange avec les moines de Saint-Martin, des terres en Taintegnies, lequel échange fut ratifié par le châtelain de Tournai qui était alors le Sire de Mortaigne; qu'une Jacqueline de Haudion épousa, par contrat passé au Bailliage de Tournai le 10 décembre 1542, Jacques Bernard, écuyer, fils de Messire Simon Bernard, Seigneur de Taintegnies, maïeur et second prévôt de Tournai; qu'un Jehan de Haudion était, en 1261, "eschevin de la justice de Taintegnies".
Les Seigneurs de Haudion portaient à l'écu : d'argent à dix losanges d'azur, posés 3, 3, 3 et 1".
Quant aux Sires de Clermès ou Clermais, ils possédèrent chez nous, la terre de ce nom, qui s'étend entre le Petit-Rumes et Guignies. Leurs armoiries se blasonnaient : "d'argent à la bande de cinq losanges de gueules". Au cimier : un vol d'argent et de gueules.
Dans un acte de 1252 figure Bauduin de Cléremès. Peut-être s'agit-il, d'après une généalogie établie par le comte du Chastel, du père de Wattier de Clermès qui était à la fin du XIIIe siècle, propriétaire à Taintegnies, d'environ quatre-vingts hectares de bois dits de Clermès.
Son fils Willaumès, échevin de Tournai en 1307 en eut vingt-quatre bonniers en partage. Ce Seigneur mourut le 11 septembre 1312.
L'on voit en 1341, son fils Jehan de Clermès, bourgeois de Tournai, époux de Maroie le Kanonne, sœur de Gilles le Kanonne, curé de Taintegnies.
Leur héritier, prénommé Willaumès, arrenta une partie de ses bois pour en former la dotation de la chapelle de Notre-Dame en l'église de la Madeleine, à Tournai, où sa famille avait sa sépulture.
"Si voel et ordonne le sépulture de men corps estre faicte en l'église de la benoite Madeleine, en la fosse meismes où ledit Rogier de Clermès, men mary gist".
C'est le testament de Marie Boivin, veuve de Rogier de Clermès, décédée le 23 mars 1426. En sus de leurs biens, les Seigneurs de Clermès tenaient de Rumes, deux fiefs importants : Hurphalus et de Marcq.
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Fief d'Hurphalus
Cette terre que nous connaissons aujourd'hui sous l'appellation de Rufaluche, portait le nom de Hufaluise. Grande de trente et un bonniers, elle avait été apportée en dot par Philippa de Rumes, fille du chevalier Jehan de Rumes, à son époux le chevalier Théri de Houffalize. Ce domaine encastré entre le bois Notre-Dame, le bois de Sévion et le bois des Rosières, fut depuis dénommé Hufalus, Hurphalus, du Falu et enfin Rufaluche. Guillaume de Clermès le possédait au début du XVIe siècle et le transmit à son fils Louis, qui avait épousé en secondes noces, Barbe d'Estrayelles, dite de Mouchin.
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Fief de Marcq
Il était aux cadets de la Maison d'Ere, seigneurs de Marcq en Ostrevant et consistait en vingt-six bonniers de champs cultivés, bois et prairies, où se trouvaient château, chapelle castrale et ferme avec droits seigneuriaux et collation du bénéfice de la chapelle. Ce fief situé à Rumes, se trouvait vers 1500 dans le domaine des de Clermès. Son seigneur d'alors était Willaumès de Clermès ayant pour quartiers de noblesse : de Clermès, de Velaine, d'Are et Bernard.
Sa dame, Marie du Mortier était la fille de Louis et Agnès de Guignies.
Ces deux seigneuries qu'Hurphalus et de Marcq furent vendues vers 1550 par le Chevalier Louis de Clermès : la première à Jehan de Bachy, la seconde à Messire Jehan Grenut, bailli de Rumes et grand prévôt de Tournai.
La famille de Marcq existe encore à Taintignies, Rumes, Tournai et La Glanerie où elle s'écrit Demarcq.
Après la révolution française en 1789, le bois domanial de Clermès passa sous l'Administration des Eaux et Forêts. Déjà morcelé et en grande partie déboisé, il appartenait de même que les terres de Rufaluche et une grande ferme au Sieur dit Jacques-André. Au siècle dernier, Jacques-André, qui s'était ruiné, vendit l'ensemble au notaire Du Cellier.
Depuis la hache du bûcheron a poursuivi son œuvre destructrice et réduit les grands bois de Clermès au rang de taillis. De la ferme, subsistent un vieux "fournil" et quelques amas de briques, envahis par les ronces et les broussailles.
Sur le plateau, attenant au Hameau de la Déroderie Notre-Dame, derrière la "Pannerie" tournait et chantait jadis le vieux et rustique moulin à vent de Clermès. Lui aussi s'est effacé du paysage. Sa vétusté et la concurrence de la mécanique surtout, paralysèrent ses ailes. Désormais inutile, il mourut sous les coups des démolisseurs en 1908. L'on ne peut que regretter la disparition de cette vision gracieuse et autrefois familière du ciel de Clermès.
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les Seigneurs de Clermès quittèrent le Tournaisis et allèrent se fixer dans le Beauvaisis. Leur lignée s'est éteinte en 1810; le dernier représentant était prêtre et ancien chanoine du Chapitre de Beauvais.
Le nom de Clermès qui, en France, était devenu Clermets, s'orthographie actuellement dans les actes administratifs modernes : Clermaie ou Clairmaie. Y a-t-il gagné? Nous ne croyons pas ; de Clermès évoquait bien mieux la noble famille qui régna sur ce fief.
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VIE QUOTIDIENNE - MAUX DIVERS - COUTUMES
Population :
Nos villageois d’aujourd’hui, dont le terroir compte quelque huit cent trente demeures, s’étonneront en apprenant qu’en 1469, le fief de Taintignies, suivant pièce justificative des archives de l’Etat à Mons, comprenait 13 feux !
Entre le 14 novembre et le 1er décembre 1485, les officiers et curés durent comparaître pour signaler le nombre de foyers existants avant et après la guerre de Louis XI contre Maximilien d’Autriche.
Pour Taintignies, le dénombrement donna 16 feux avant et 11 feux après, dont 5 pauvres. On voit par là, que la paroisse fut éprouvée par la guerre.
La Seigneurie de Florent comportait 18 feux en 1559. En admettant que celles de Haudion et de Clermès à la même époque en comptaient une dizaine, cela faisant pour tout le village au 16e siècle, une quarantaine de maisons, totalisant approximativement deux cents habitants.
Que de progrès et quelle évolution depuis !
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L’habitat :
Historique : Sur son lopin de terre ou « tenure » que lui avait confié le Seigneur, le paysan Taintignien éleva sa casa pour s’abriter. Ce ne sera bien longtemps qu’une misérable masure, moitiié pierres et bois, moitié torchis, coiffé de chaume.
Les fenêtres sont petites et insuffisantes. La rareté et la cherté du verre à vitre en sont la cause. Le plus souvent, un bout de toile servira à boucher l’ouverture. A côté de l’unique place, qui servait à la fois de cuisine, salle à manger et dortoir, voisinait le bétail, séparé tout simplement des gens par une barrière de bois. Comme mobilier, bien peu de choses : une huche, une table et pour sièges des souches ; une paillasse, une pauvre cheminée avec tout son attirail de pots, marmites, pichets, chaudrons et gobelets de cuivre, d’étain ou de fer battu.
L’âtre du paysan du moyen âge est, en plus petit, construit de la même manière que la grande cheminée seigneuriale. On le retrouve encore de nos jours dans certaines chaumières. Il est évident que la modeste et minuscule pièce du manant, jouissant de la chaleur naturelle du bétail, était mieux chauffée que les vastes appartements du château où la grande flambée ne réchauffait que les abords immédiats.
Certains inventaires de paysans plus aisés parlent d’un lit « garni de couvertures de plumes » de « quelques pointes » (courtepointes), de bancs, de berceau en bois et en osier, …
Comme éclairage après la tombée du jour, la lueur des bûches du foyer ;

plus tard la chandelle de suif et les lumignons dits « crassets ». Suspendues à une pointe fixée à la muraille ou au coin de la cheminée, ces rustiques lampes de fer ou de cuivre, emplies d’huile grasse ou de graisses fondue dans laquelle baigne une mèche, ont une lumière faible, mais elles sont d’un emploi économique. Elles ont encore éclairé l’enfance de nos grands-mères.
Vers le XVIIe siècle, l’habitation paysanne n’a fait aucun progrès sensible. Le mobilier reste très simple, très rudimentaire, mais l’on commence à voir les grandes armoires, les dressoirs.
Les habitations de la première moitié du XIXe siècle sont basses et très rares sont celles qui ont un étage. Certaines n’ont qu’une porte et une seule fenêtre éclairant l’unique pièce. En général, on rencontre deux pièces, quelquefois trois, sous le toit percé d’une lucarne, un petit grenier, sorte de débarras et qui, éventuellement, servira de chambre à coucher.
Presque toutes ont pignon à rue, portes et fenêtres ouvrant sur le midi : le toit est encore coiffé de chaume.
D’où provient cette disposition de pignon à rue ? A première vue l’on est tenté d’en déduire le désir des habitants d’être mieux « chez eux ». Cela est juste en partie. Telle n’est cependant la raison unique, du moins à Taintignies.
Ces maisons sont, en effet, bâties sur terrain appartenant au Seigneur du village, lequel par contrat d’une durée de 99 ans, profite des revenues de location et exige d’y avoir facilement accès.
Cette coutume des baux emphytéotiques est une particularité de Taintignies. On ne la rencontre dans aucune des neuf autres communes voisines sauf à La Glanerie où quelques emphytéoses étaient propriété des Morel, châtelains de Froidmont.
Monsieur François Crombez hérita en 1868 toutes les emphytéoses des Crombez-Lefèbvre, veuve Benoit, rentière à Tournai. Les baux en cours au moment de l’héritage, arrivèrent pour la plupart à expiration de 1895 à 1910. C’est à ce moment que le nouveau propriétaire règle définitivement la situation des intéressés en conservant la propriété du fonds et en laissant la propriété des matériaux aux locataires. D’après une note de Monsieur Dubocage, ancien comptable du château, certains baux remontent à 1759. Or, comme on indique que le bail en question est arrivé à échéance en 1758 avec une durée de 99 ans, il faut en conclure que leur origine remonte à 1659.
A l’heure actuelle, le contrat n’existant plus entre le propriétaire du terrain et celui des matériaux, ce dernier est tout simplement locataire du fonds, sans bail et ce, depuis 1902.
Ce genre de demeures emphytéotiques se voit plus particulièrement au Petit-Rumes ; elles n’ont guère subi de modifications sensibles. Calquées sur le même modèle, elles semblent toutes sœurs et celle-ci de 1850 reflète l’image des autres :
Sous sa grande visière de chaume brun et moussu pendent quelques bottes de haricots et une longue dentelle de feuilles de tabac. Tout le long court le trottoir aux grosses dalles bleues : l’grébilléon ».
Ses deux fenêtres étroites aux petits carrés de vitres qui semblent autant d’yeux clignoteurs, s’irradient des derniers feux du couchant. Sur le seuil, une aïeule tricote et à l’intérieur où notre imagination pénètre, une accorte paysanne prépare le repas du soir.
La salle basse mais spacieuse, est surmontée d’un plafond de bois que soutiennent de lourds sommiers de chêne noircis par la fumée. Voici la cheminée avec son grand manteau, ses chenêts où sont posées de grosses bûches qui crépitent à plaisir. A la crémaillère, la marmite où mijote la « bouillie » sous la morsure des longues langues de feu.
Au centre de la tablette trône un Christ de cuivre flanqué de quelques assiettes de faïence et des mesures d’étain. Dans son coin, comme en pénitence, la rustique horloge en son coffre de chêne où montent et descendent, assurant la ronde des heures les poids de bronze, dans le tic-tac monotone du balancier.
Près de la fenêtre, une grotesque table de bois blanc sur laquelle descend la clarté rougeoyante et fumeuse du « crasset » fixé à une poutre.
Enfin, tout contre le mur, la commode à quatre tiroirs, large et trapue où l’on range le linge fleurant bon la lavande. Il y fait propre, le balai a raclé les petits carreaux d’argile rouge qui ont capté un peu de la pourpre du soleil mourant ….
Les règles de l’hygiène laissent assez à désirer au XIXe siècle et leur non observance amène des épidémies comme celle qui sévit en 1855. Le typhus fit cette année, de sérieux ravages au hameau de Florent, à la rue des « Caches » et à la Déroderie.
Quelques cas se manifestent encore en 1863, selon un rapport de l’architecte provincial apprlé au sujet de la Maison des Pauvres où « trois personnes y sont atteintes du typhus » dû sans aucun doute à l’insalubrité du local salpêtré et pourri.
La malpropreté tant intérieure qu’extérieure de certaines demeures de la classe ouvrière et de la classe indigente devient facilement le « foyer » de germes pernicieux qui menacent de la décimer.
C’est ce qui amène l’administration communale à prévenir le retour du fléau. Elle établit, comme stimulant aux habitudes de propreté, des primes d’encouragement qui seront décernées aux familles ouvrières qui auront montré le plus de zèle pour maintenir leur demeure dans un état constant de propreté.
Un comité de salubrité publique est constitué qui aura pour mission de visiter les habitations, de procéder à la juste répartition des prix aux familles les plus méritantes et de faire rapport à l’autorité communale.
Lentement, le progrès avance, change peu à peu la mentalité de nos villageois qui aspirent à plus de lumière et d’espace.
De nouvelles maisons s'élèvent : leur façade "principale" s'aligne cette fois à front de rue et un étage n'est plus le signe de bourgeoisie. Peu à peu les toits de chaume font place aux versants en tuiles; l'air et la lumière pénètrent mieux dans des locaux plus spacieux. Cheminées et mobiliers aussi suivent la mode; les poêles flamands évincent les foyers ouverts. Les rustiques plafonds voient leurs poutres grossièrement équarries disparaître sous le plafonnage; la lampe à pétrole supplante la bougie tremblotante et pâlotte. Les murs, jusqu'ici noircis par la fumée et la patine du temps, s'égayent d'un frais badigeonnage à la chaux, appliqué très régulièrement. Moulures en plâtre, papier peint, décorations à l'huile … répondent aux goûts artistiques plus prononcés de l'habitant.
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Politique de logement
Logements privés
Il faut considérer que de 1929 à 1945 on n’a plus bâti de logements ouvriers. Par suite de manque d’immeubles, il y eut un exode vers les communes urbaines. L’année 1946 voit le vote de la loi de Taye. L’octroi de primes gouvernementales encourage fortement la population ouvrière à améliorer les logements existants et incite les jeunes ménages à bâtir leur propre « nid ».
Le maintien de l’application des dispositions légales exceptionnelles relatives à la prorogation des baux à loyer jusque 1953, coïncide avec la fin de la crise du logement.
A ce sujet, il était particulièrement difficile de tirer de la situation de fait, existant dans la commune, une solution pouvant donner entière satisfaction à tous les locataires.
Pratiquement, il était impossible de donner un avis sérieux quant à l’opportunité et à l’efficacité de la loi sur les loyers. Elle avait un effet assez néfaste sur le parfait entretien des immeubles existants. Dans bien des cas où il s’agissait d’anciens locataires de 1939 – exigeant l’application stricte des prescriptions réglementaires en matière de loyer – les propriétaires se refusaient à exécuter les réparations d’entretien les plus indispensables parce que les revenus de l’immeuble étaient absolument dérisoires eu égard aux prix réclamés pour les travaux. Dans bien des litiges s’élevant entre propriétaires et locataires, aucune solution amiable n’était possible et l’on déplorait la disparition de certains immeubles encore habitables qui tombaient en ruines, faute d’avoir été réparés en temps opportun.
Par contre, si la situation plaidait en faveur d’un remaniement complet de la loi sur les loyers, en abaissant les chiffres correspondant à la valeur locative et en laissant une certaine liberté pour adapter le taux des loyers aux circonstances du moment, il fallait malheureusement tenir compte de ce que les anciens locataires, bénéficiant des avantages de la loi, allaient se rebiffer et qu’une hausse des loyers entraînerait sans nul doute possible des revendications justifiées concernant les salaires.
Ça et là poussent les chantiers ; et pour les « gars du bâtiment », les jours de « repos » hebdomadaires amènent un labeur forcené du petit matin à la tombée du jour ! C’est ainsi qu’en 1951, un relevé de l’administration communale cite, depuis la mise en application de la loi, l’érection de 70 habitations nouvelles.
Mais qui dit commune agricole dit ennuis avec l’urbanisme ! Une décision, arbitraire selon Monsieur Minet bourgmestre, limite uniquement la construction en des endroits bien définis ; il y a des terrains à bâtir, mais tous ne peuvent être acquis.
Malgré cela le hameau de Florent, par la vente de parcelles bordant sa voirie et appartenant au propriétaire du château, inaugure un premier lotissement. Le fait s’étend rapidement, notamment à la Déroderie, à la rue Bonnet, à la Digue et à la rue El’Bail.
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Logements de la Société Nationale du Logement
L’administration communale comprenant la nécessité urgente d’enrayer la chute de sa population, de supprimer les vieilles bâtisses insalubres et ainsi rajeunir l’habitat, s’est affiliée à la société régionale de construction de maisons sociales « Le Foyer Frontalier » dont le siège est à Templeuve. L’acquisition d’un terrain de 4 ha. 05 a 90 ca entre les rues El’Bail et du Petit-Rumes permettra la réalisation de plus de 100 logements (27 à 27 par ha.) intégrés dans un cadre de verdure, le long de voiries neuves à revêtement hydrocarboné. Le travail se fera en plusieurs stades.
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Alimentation:
De quoi se composait l’alimentation d’un manant de Taintignies vers 1400 :
- Le matin : un peu de lait ou bien une bouillie avec quelques tranches de pain de seigle, un peu de fromage doux
- Au dîner : un peu de porc salé, de la salade et quelquefois des crêpes cuites sous la cendre
- Le soir : la soupe parfois accompagnée de viande.
L’eau était la boisson habituelle, sauf chez les plus aisés où l’on consommair du vin du pressoir du seigneur ou de la bière.
Le sucre, encore inconnu, est remplacé par du miel.
Pendant le carême qui est strictement observé, on mange du hareng séché que colportent des marchands ambulants, des escargots et des grenouilles dont la pêche était alors libre.
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Vêtements :

L’appareil vestimentaire de nos manants n’est pas très fourni.
Ainsi, au XIVe siècle, il portera encore une espèce de tunique courte serrée à la taille et des « bas-de-chausse » consistant en deux jambes indépendantes l’une de l’autre qui s’attachent au moyen de cordons.
Par les temps rigoureux, il se couvre d’une espèce de caban sans manches, agrafé sur la poitrine. Cette longue cape ou « gausape » descendant jusqu’au bas du mollet semble être la continuité du caban gaulois. Comme coiffe, le « chaperon » Aux pieds, des chausses et pour quelques privilégiés, des souliers de cuir.
Le linge de corps, à cette époque, est pour nos paysans totalement inconnu ; par les grands froids, ils portent sous la tunique un « sayon » de peu de mouton, la laine en dedans.
 
La paysanne s’affuble de deux robes superposées :
la cotte à manches longues, le surcot à manches courtes.
La coiffure s’apparente beaucoup à celle de nos religieuses modernes. C’est un genre de cornette enveloppant la tête, le cou et les épaules, de sorte que la chevelure se trouve presqu’entièrement dissimulée.
Alors que la noblesse et la bourgeoisie riche de ce siècle adoptent des modes compliquées, voire même extravagantes, le menu peuple reste dans sa mise d’une extrême simplicité, en relation directe avec sa pauvreté.
Vers le XVIIe e siècle, le vêtement a beaucoup évolué. Nos villageois endimanchés portent le justaucorps, des culottes, des bas de coton, des souliers à boucles, un chapeau en forme de lampion. Les femmes ont des bonnets plissés blancs, un corsage de couleur avec manches blanches, un jupon de même ton que le corsage, un double tablier.
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Occupations journalières :
Une catégorie exerce dans le village divers métiers :
maçons tailleurs de pierre 
tonneliers potiers 
scieurs de long sabotiers 
tisserands couvreurs de paille , …
Nombreuses sont les femmes qui figurent dans les registres paroissiaux comme tricoteuses et fileuses. Le rouet et la quenouille sont en ces temps-là de précieux et indispensables auxiliaires.

Ces métiers ruraux sont exercés héréditairement de père en fils et sont à l’origine d’un nombre important de noms familiaux.
Les manants agricoles s’adonnent principalement à la culture des céréales ; du lin et du chanvre dont le filage alimentera le métier du tisserand.
L’huile nécessaire à l’alimentation des lampes et à la consommation domestique était fournie par le colza dont la culture fut tout un temps assez intensive.
Il existait un moulin à « tordre huile » dans la plaine du Pèlerin. C’était le moulin de briques ou moulin Josson. Il tournait encore en 1875. Un autre, à même usage, dit moulin Séverin, se trouvait à Wailly. Il devint en dernier lieu moulin à farine. Mis hors d’usage en 1923, il fut entièrement démoli en 1928.
Une autre catégorie est celle des bourgeois.
Nous avons, au cours de cette étude, rencontré plusieurs fois le mot « bourgeois ». Qu’était-ce au juste qu’un bourgeois, autrefois ? C’était un campagnard, noble ou roturier qui, se présentant au magistrat d’une ville, lui déclarait vouloir devenir « bourgeois du roi ».
Cette dignité lui était accordée de droit s’il achetait dans l’espace de la ville une maison du prix de soixante sous.
Taintignies eut en son temps, ses bourgeois. En général, ce sont ces gens, plus instruits que les autres qui exercèrent dans le village les fonctions de bailli, prévôt, marguillier, dîmeur, sergent de la terre, … et qui aidèrent le Seigneur et le pasteur dans leur juridiction.
Le progrès partout est en marche, l’économie se transforme et la ville a besoin de main d’œuvre.
Aussi, peu à peu, par les besoins nouveaux, des métiers naissent et d’autres s’accroissent, d’autres aussi périclitent et meurent. Le tisserand, le scieur de long, le bûcheron, … dont la profession ne nourrit plus son homme, s’en vont offrir leurs bras à la branche du bâtiment qui prospère.
Environ huit cents taintigniens embrassent dès lors le métier plus lucratif de maçon, charpentier, carreleur, plafonneur et pratiquent l’exode journalière vers Tournai et les environs.
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Loisirs
Commentaire
Après l’effort, le réconfort ! dit un adage vieux comme le monde.
Comme partout ailleurs, les Taintigniens ont toujours aimé les délassements, les plaisirs de l’estaminet, les jeux de société.
C’est là un besoin instinctif chez tout humain, besoin qui rétablit et nourrit l’équilibre du corps et de l’esprit.
La vie dans une commune rurale ne favorise pas beaucoup l’extension des contacts entre groupes. La proximité d’une ville et la facilité des moyens de transports freinent considérablement les initiatives locales.
A l’instar des costumes qui subissent les fantaisies de la mode, fêtes et jeux villageois ont connu, en ce dernier lustre, une crise qui a entamé leur originalité et beaucoup enlevé de leur saveur. Jadis, l’on savait s’amuser « en bandes ». Nos parents évoquent avec mélancolie ce temps des ducasses où, sous les lampions multicolores et aux accents tonitruants d’un cornet à pistons ou d’une clarinette criarde, la jeunesse d’alors s’ébattait gaiement parmi les quadrilles, les mazurkas, schottisch et polkas.
Aujourd’hui tout cela s’est bien étiolé. Certes, on s’amuse toujours et même beaucoup, mais le genre est tout autre. Victime de la cadence rapide d’une évolution nouvelle, la jeunesse a délaissé la plupart des attractions qui faisaient la saine joie de nos aïeux.
Le cinéma, le jazz, les exhibitions bruyantes et parfois brutales des stades, fleurons du modernisme, n’arriveront pourtant pas à tuer la graine de la tradition. Car il y a et il y aura toujours des amoureux farouches, des admirateurs fervents du « bon vieux temps ». Et c’est heureux !
Cette petite revue de nos délassements anciens et modernes aura le don, par les contrastes qui les opposent, de les faire mieux apprécier, et, qui sait, d’en influencer le choix.
Le plus lointain divertissement local auquel il nous est donné de remonter est la « Fête des Brandons ou des Escouvillons » dont on trouve trace en l’an 1444. Elle se célébrait le premier dimanche de Carême. Mieux connue sous le vocable de « Fiet d’l’adresche puns » cette distraction était encore fort suivie, il y a environ soixante ans. La parole et le témoignage des vieux sont d’or et à quelle source pourrions-nous mieux puiser l’eau claire et vivifiante du Souvenir ?
Ecoutons donc ce qu’en dit le doyen du village :
« A la tombée de la nuit, les paysans parcouraient les campagnes, les vergers et les jardins, en brandissant de longues perches emmanchées de torches allumées et fumantes. Ils promenaient ainsi leurs balais enflammés sous les arbres, accompagnés dans leur ronde par des jeunes gens et des jeunes filles qui gambadaient joyeusement en chantant :
« Adresche puns, féaute d’onnennes,
Adresche poires, féaute de loirs. »
Autrement dit, pour les non initiés à nos patois :
« Faute de chenilles, il y aura récolte de pommes ; faute de loirs il y aura des poires ».
Certains groupes variaient le déroulement de la fête. Ils allumaient un grand feu au milieu du verger et chacun, arrachait au brasier un brandon flambant, le lançait vivement dans les ramures. Le jet de feu cognait les branches, rebondissait et retombait dans un pétillement d’étincelles. Et l’on recommençait ; tour à tour, les arbres fruitiers recevaient les baisers du feu, au milieu des chants et des exclamations de joie que l’écho répétait à la ronde.
C’était un spectacle féerique que ces flammes échevelées, s’infiltrant dans les ramures et retombant en pluie d’étoiles sur le tapis de neige scintillante ! Et cela valait, croyez-moi nos feux d’artifice d’aujourd’hui ! …
Cette antique coutume est, semble-t-il, une remarquable survivance de la fête du Feu chez les Celtes, fête où les brasiers allumés personnifiaient le dieu Soleil, fécondant la nature.
Le temps a passé ; la coutume a perdu de sa saveur primitive. Elle continue néanmoins à vivre sous un aspect moins poétique mais toujours utilitaire puisque certains cultivateurs échenillent encore leurs arbres de cette façon. Mais le paysan qui, machinalement répète le geste antique, ne songe nullement à la popularité qui entourait jadis la Fête des brandons, à Taintignies.
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Notre Commune fut, de longue date, une pépinière de musiciens fervents amis de l’art divin d’Euterpe.

C’est en 1846 que naquit chez nous la première société philharmonique qui connut un grand succès : « L’Harmonie de Taintignies » dont le drapeau de velours bleu, frangé d’or et surmonté d’un massif lion de cuivre, s’ornait d’une lyre d’argent entourée de l’inscription gothique brodée de même.
Bleu était son étendard ! Bleus devinrent ses membres quand Monsieur Henri Crombez en fut élu président d’honneur. Plus tard, par opposition à la musique libérale, fut fondée la catholique « Renaissance » et vers 1920, l’Harmonie Socialiste. Ces trois sociétés groupaient en 1930, plus de 120 musiciens. Elles vécurent des « Sainte Cécile » inoubliables entraînant dans leur sillage quelque deux cents convives et dont les banquets duraient trois jours !
La crise surgit ; la T.S.F. charma trop de jeunes qui peu à peu délaissèrent l’instrument ; les rangs des vieux musiciens s’éclaircirent et quand éclata la catastrophe de mai 1940, les trois harmonies jadis si prospères n’étaient plus que l’ombre d’elles-mêmes. Cinq ans d’occupation ennemie, leur donnèrent le coup de grâce …
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Le cabaret d’alors était le rendez-vous de la bonne humeur, de la bienfaisante détente après le labeur journalier.
Aussi n’était-il hanté que le soir. On y était chez soi et le patron paternellement servait les chopes de brune et de blonde qu’il tirait à même le tonneau. Un mobilier rustique et simple comme il en existe encore un au Petit-Rumes : petit comptoir avec le traditionnel verrier à niches où s’alignaient les chopes, les canons et les verres à genièvre ; quelques vases à pipes en porcelaine de Tournai et quelques boules de verre argenté accrochant, çà et là, un rayon de lumière qui dispensait parcimonieusement la lampe belge ; quelques tables le long des murs où venaient s’asseoir les « petits comités ».
La « chaufferette » de cuivre au ventre garni de charbon de bois circulait de main en main et dans le grésillement de la cendre blanche que fouillait et taquinait la « vaclette », on allumait une savoureuse « touquette ».
La fumée odorante du bon tabac « récolte locale » s’envolait en volutes bleues vers le plafond ; la chopine dégageait son arôme de fraîcheur tandis que s’engageaient les conversations amicales.
Atmosphère simple et saine, atmosphère toute familiale, asile cordial et paisible où il faisait bon se retremper. Et il y avait encore à Taintignies, en 1914, deux cents de ces estaminets familiaux, tous accueillants au même titre et la plupart parés d’enseignes pittoresques !
Un rétrospectif et rapide tour d’horizon dégage les plus caractéristiques :
Au bon coin, A la belle vue, A mon du quo, A la tranquillité, Au Taure, Au quinque, Au Paradis, Au Bailleux, Au Brin d’glenne, Au Gascon, A l’Cantine, A l’habitude, A la bonne volonté, Au soleil levant, A mon idée, Au draineur, Au lancier, A l’cafouillette, Au Baron du Blinc, Au Tonnelier, Au repos des cyclistes, Au Marais, Au Coulon blanc, A l’hippodrome, Au Pèlerin, Au maréchal ferrant, Au Bidet, Aux deux entêtés, Au Cœur joyeux, Café du faisan, Au repos de la montagne, Au Bois de Boulogne, A la Fontaine, Café communal, A l’Ecosse, Al’Plate bourse, Au Moulin de Florent, A la clé des champs, A l’égouttière, Au pourchéau frisé, …
L’estaminet sympathique d’autrefois a disparu. Son mobilier rudimentaire et familial, sa rustique décoration ; tout cela a vécu et fait place aux intérieurs modernes, peut-être plus agréables à l’œil, mais neutres et froids. L’ambiance intime n’est plus revenue ; la fraîche et saine bière locale a dû s’incliner devant la diversité des boissons standardisées et acides qui rongent les estomacs autant que la couche de vernis des comptoirs. Le progrès, dans ce domaine, n’est-il pas regrettable ?
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Qui aime la joie, aime les sports. Nous n’avons pas échappé à la règle. Le tir à l’arc toujours très à l’honneur dans la région, a conservé chez nous quelques fervents adeptes.
Cette belle et digne survivance des gildes et des grands serments du Moyen Age, le tir à l’arc, mériterait d’être rénové, encouragé et soutenu. Y-a-t-il jeu qui symbolise mieux la solidarité et la bonne entente entre jeunes et vieux ?
Taintignies avait une préférence marquée pour le tir au berceau. Il comptait à lui seul six sociétés d’archers, lesquels organisaient régulièrement des « combats ». La coutume voulait que l’enjeu de ses compétitions fût versé par le vainqueur à la caisse commune en vue de l’achat de deux tonnes de bière qui devaient couler à pleins verres à la Saint-Sébastien.
L’organisation de la lutte ne manquait pas de pittoresque et revêtait un cachet assez spectaculaire. Jugez-en : les archers-visiteurs s’avançaient, tambour battant derrière leur drapeau tandis que la société visitée s’avançait à leur rencontre. Au local de tir, les invités inspectaient le berceau. Après quoi, un « sergent » ramasseur de flèches avait mission de recevoir les tireurs rivaux. Au roi, au capitaine et au major, il présentait un plateau garni de trois verres de bière. D’un seul trait, le roi faisait « cul blanc » et jetant son verre au loin, criait : « Jô » exclamation aussitôt répétée par les deux autres.
"Jô" ! C’était le cri de triomphe du Tournaisis, comme "Jou" est celui des Borains. C’est le cri qui s’en va rejoindre en des temps révolus, les "io" des Romains, manifestant la joie du triomphe. "Jô" ! Nous dit encore feu Walter Ravez, était ce cri par lequel les foules accueillaient, au moyen âge, les souverains et les grands personnages et qu’elles témoignaient ainsi de leurs sentiments de liesse. "Jô" serait donc à la fois un cri d’allégresse et de victoire.
Quand le roi des archers crie « Jô » après avoir vidé son verre, il exprime sa volonté de vaincre et la transmet à ses coéquipiers.
Depuis 1924, cette amusante et noble tradition a perdu son véritable cachet folklorique par la dissolution des sociétés d’archers du village ….. et ce fut la fin des « combats ».
Le dernier petit groupe qui a subsisté avait son siège à la Digue chez Madame Zoé Coupleur.
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Il est un autre jeu, importé des régions flamandes : le vogelpick ou jeu de fléchettes. Il n’avait rien d’un jeu local, mais il était encore assez suivi dans quelques estaminets où de petits concours réunissaient de temps à autre ses fidèles amateurs de pointes à la « rose ».
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S’il est un divertissement très populaire et depuis longtemps particulier à Taintignies et à Guignies, c’est bien le jeu de Javelot. En quoi consistait cette distraction tant prisée chez nous ?
La cible était constituée par une grosse souche d’arbre, « un culas » de peuplier. La partie lissée par la scie s’ornait de cercles concentriques si l’on jouait aux points ou à la bague ; ou elle se garnissait de verges portant de petites fiches de bois pour le jeu de l’oiseau. L’engin de jet (le javelot) comportait une partie ferrée de quinze centimètres pesant de 200 à 500 grammes; l’autre partie était munie de plumes d’oie de 25 à 30 cm qui lui assuraient plus de direction lors du lancement, la flèche était lancée vers une cible, garnie « d’oiseaux » en bois, et située à plusieurs mètres du joueur
Les « javeloteux » de Taintignies étaient très renommés et leur adresse était bien connue. Ils se réunissaient principalement chez Monsieur Ernest Debrabant, siège principal de l’association ainsi qu’au Café des Sports et à la Maison du Peuple.
Chaque année, un championnat était organisé entre les différentes sociétés belges et françaises. Chacune d’elles pouvait présenter plusieurs équipes de 3 hommes ; le droit d’inscription de 20 francs par membre couvrait les frais d’assurance pour le trajet et le jeu même. Signalons que ce sport exigeait de la patience et une parfaite maîtrise de soi.
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Si dans les Ardennes, on va à « l’chiche » dans les régions tournaisiennes on aime toujours les plaisirs de "l’écrienne". Jadis, les longues soirées d’hiver, sous le halo rougeoyant de la lampe fumeuse étaient bien monotones à passer en famille. La « gazette » était rare et, là où elle avait la faveur d’entrer, elle apportait quelques heures de calme passe-temps. Aussi que faisait-on, dès la nuit venue, dans bien des logis ? Papa et maman jouaient au jacquet ; grand’mère s’affairait avec ses petits-enfants dans de patientes parties de loto …. Des familles amies, par raison d’économie de chauffage et d’éclairage se groupaient et, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre, on allait à l’ « écrienne ».
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Tandis que chantait sur l’ « étuve » la bouilloire prometteuse d’une tasse de « bon noir café » l’on passait en revue les menus potins du jour. Et puis, le vieux jeu de cartes, jauni par l’usage, sortait de son coin de cheminée. Les hommes marquaient une préférence pour le « piquet » et le « whist » et c’était un coup extraordinaire que la réussite d’un solo schlem !
Le « mariage » et le « frisquain » passionnaient certains autres, alors que les moins initiés, les femmes particulièrement, prenaient grand plaisir au « déshabillons-nous » au « sot de pique » ou au « chasse-cœur ».
Ainsi, savourait-on en ce temps heureux, la simplicité de la vie qui semblait s’écouler doucement … tout doucement … exempt de soucis continuels qu’apporte la vie moderne.
Ce passe-temps déjà ancien est encore pratiqué chez nous ; « la manille » a toujours de nombreux adeptes surtout parmi les adultes et les personnes âgées qui, le dimanche soir, se retrouvent dans les débits de boissons
Toujours très prisé dans ses anciennes formes, il s’est adjoint le jeu de bridge, dénommé jadis le jeu des mondains et qui, devenant moins bourgeois, s’est mis à la portée du prolétaire.
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Que dire des Coulonneux ? Adeptes et esclaves des jeux de hasard !
- Erreur, vous répondront les Coulonneux de la « Liberté ! Nos pigeons se moquent pas mal du dieu hasard, eux qui n’ont de confiance que dans leur sens inné de l’orientation et en l’expérience de leurs paternels et scientifiques éleveurs !
Aussi, en période de concours, rien ne compte plus pour un coulonneux que l’amour de sa gente ailée.
La Société colombophile « La Liberté » avait son drapeau et comptait environ deux cents membres. Les fraternelles agapes qui les réunissaient chaque année ne manquaient pas d’être des plus bruyantes et le « Bon coin » résonnait jusqu’à l’aube des échos du Chant des Coulonneux, créé en 1890 par Jean Baptiste Duhayon qui fut leur très populaire président.
Tout le monde en connaaissait le refrain ; rares sont ceux qui ne connaissaient pas quelques bribes des joyeux couplets où toute la mentalité du coulonneux se fait jour :
I
Ah tin ch’est vous ! Quo q’vo zavez Adèle ?
Qu’en n’vo vou pu jamais à no maseeon.
S’matin jel dijou acor à Fidèle,
Quo qui arou ben veyons pou que l’raiseaon
Ah mais, taijé-vous Elise,
J’n’ai jamais pu l’cœur contint
T’nez perdez enn’petit’prise
J’vas vo raconter min chagrin !
REFRAIN
Eh bé mon Dî Elise )
Ch’né ti pos malheureus )
D’vir min p’tit Baptiss’ ) bis
Qui est dev’nu coulonneux )
II
A vir m’n’homme,ch’est pir qu’enn harondielle
D’in no maseon y vole du haut in bas,
A tout momint faut l’vir batt’des ailes
Che qui a d’pu drôle qu’inn’peut pu vîr in cat
L’evla r’venu dess n’ouvrache,
Qui n’a pu l’timps d’merwetié,
Y ‘cheur minger sin potache
Au mitan d’sin pingeonnî.
III
Y a pu longmint au c’minch’min du mariache
Y allou vîr ses afants din leu lit
Asteur du soir et sans cœur, sans corache,
Prin enn t’chandelle et mont’à sin guerni
Combin t’fou j’li dit : Baptisse
T’vas foutt l’feu à l’maséon !
Vous savez cu qui m’répond, Elise ?
Ch’trou dommache pou mes couléons !!
IV
Din sin guerni je n’sais né quo qui brasse ,
Mais j’vos assure que si cha continu,
Yn’mé léra pu fonqu’emm’payasse
Tout min ménache y est bétôt disparu
Y a pris pou faire des nichettes,
L’roeu d’mincar a babenote
Y a pris pou ses sales biètes
L’porte d’m’commodité
V
L’jour d’in concours y no faut faire l’chaîne,
Comm’ les pompiers tout du long del monté,
T’né y a même aujourd’hui trois s’maines
Mi em’zafants in a mantchi dess’tué,
In bourlant min p’tit Fifise
Y sa cassé in gros din.
I va cor qu’y dit Baptisse
Qu’min couléon y n’a rin.
VI
Alléons veyons, n’té faut po braire Adèle !
T’vous bin mi m’heomme ché tin buveu.
A tout momint j’su marchî pa Fidèle.
Tin vett’ j’ai acord m’n’yeu tout bleu.
Alléons boire enn’ petite goutte
A l’maséon Sophie Labrous
Va n’nté mé po in déroute,
Des heommes y’n da pon pou quat’sous.
Eh bé mon Dî Adèle
Warde tin coulonneux
Mi j’wardrai min Fidèle
L’pu sale des buveux.
La société locale prenait part au championnat de l’Entente avec les communes voisines telles : Guignies, Froidmont, La Glanerie, Rumes et participait à des concours de grandes distances (500 km).
Pour les non-initiés citons que la majorité des inscrits misait et jouait suivant la distance de 200 Kms, 300 kms ou dans les grandes compétitions nationales et internationales.
Les qualités demandées à un éleveur sont la patience et énormément de doigté ; « soigner » des pigeons représente un travail constant : sans nous appesantir sur la préparation des aliments et le nettoyage régulier du pigeonnier, sachons que le programme d’un éleveur comporte :
- en janvier : l’élevage précoce des jeunes ;
- en février : l’accouplement ;
- en mars : l’élevage proprement dit et la sélection ;
- d’avril jusque fin septembre : les différents concours.
Une fois l’an, les « coulonneux » se réunissaient pour recevoir prix et diplômes suivant leurs résultats dans les diverses catégories.
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Les combats de coqs.
Et voici les toujours passionnés et impénitents « coqueleux » !
Bridés dans le libre exercice de leur passion combattante par une loi sévère qui protège les animaux, les coqueleux rongaient leur frein en silence chez eux, mais ils n’en continuaient pas moins l’élevage des vigoureux volatiles qu’ils enverront « faire battre »outre frontière où la chose est permise.
De temps à autre, l’on éprouve le besoin de mesurer ses « faisans » en terre natale. Et alors, dans une cour de ferme isolée à l’abri semble-t-il de toute indiscrétion, une enceinte est hâtivement et clandestinement érigée. Autour d’elle, de nombreux amateurs, fiévreusement se pressent tandis que s’engagent entre les adversaires emplumés des combats cruels et sans pitié.
Mais tant va la cruche à l’eau qu’elle se casse. Parfois les serviteurs de la Loi surgissent et l’on sait ce qu’il en coûte de la transgresser.
Qui naît coqueleux, bien souvent le reste … et quelquefois en meurt. Un douloureux souvenir s’attache à ces combats de coqs et à leurs paris insensés :
C’était en 1942, à La Glanerie, au lieu dit La Cloute. Plusieurs compétitions s’étaient déroulées impunément sous les regards bienveillants et amusés des patrouilles allemandes. Et tout naturellement, chez les « réfractaires» présents, la confiance régnait. Mais un dimanche …. La rafle traîtresse abattit ses lourdes mains sur de jeunes épaules et ce fut l’exil en terre nazie. Quelques uns des joyeux coqueleux y dorment, hélas, leur dernier sommeil.
Anciennement les combats de coqs se faisaient en Belgique. Abolis aujourd’hui dans notre pays, ils sont encore tolérés dans le Nord de la France. Des amateurs locaux, de moins en moins nombreux semble-t-il, franchissent régulièrement la frontière pour « faire battre leur coq ». L’entrée du gallodrome est d’environ 50 francs belges ; les propriétaires de combattants doivent fournir un certificat de vétérinaire.
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Les forains nous rendent visite deux fois l’an ; installés sur la Place Communale, ils y attirent les « petits ». C’est l’occasion pour diverses sociétés, d’organiser des jeux et des bals. Il faut signaler que depuis la dernière guerre, sur les quatre salles où la jeunesse pouvait danser, il n’en reste qu’une seule répondant aux conditions imposées par les autorités communales en matière de sécurité contre les incendies.
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Les associations de parents des écoles communales et du Couvent mettent régulièrement sur pied des soirées récréatives consistant en séances de cinéma, de prestidigitation ou musicales. Les réunions ont lieu dans les locaux des établissements scolaires, décorés bénévolement par des collaborateurs.
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Le « Cadem », la maison des jeunes de Taintignies, était situé rue des Bois. Il est né du succès de la chorale des « Cœurs battants » dont on se rappelle les prestations brillantes dans différentes églises du pays et à la télévision. Lorsque les jeunes revenaient le soir au village, ils n’étaient pas toujours accueillis à bras ouverts dans les cafés dont c’était l’heure de la fermeture. Alors ils fondèrent leur « foyer ». Un important matériel musical fit qu’on baptisa l’endroit « Club des amis de la musique ».
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Le musée. Les importantes découvertes romaines au sud du territoire avaient intéressé de nombreuses personnes. En septembre 1963, un musée archéologique dit « La Pévèle » est ouvert au public dans plusieurs pièces du château, que l’administration communale a acheté depuis peu. Très vite, cette initiative obtient une affluence considérable ; on vient de loin pour admirer le produit des fouilles : silex, pièces de monnaie, outils, statuelles, poteries, métier à tisser, …
Quelques années passent et suite à l’état de santé de l’archéologue et gérant Monsieur Maurice Rousseau, les autorités locales sont obligées de fermer le musée.
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La bibliothèque. Créée en 1921, la bibliothèque communale occupait deux pièces à l’étage de la mairie. Mademoiselle Marthe Herne, bibliothécaire attitrée depuis 1958, veillait avec soin sur les 7000 livres mis à la disposition de près de 800 lecteurs réguliers. Un choix varié d’auteurs, d’Henri Bordeaux à Hergé en passant par Delly et Simenon, ont satisfait les plus difficiles.
La séance de prêt avait lieu chaque samedi après-midi ; l’accès aux rayons était libre et chaque membre avait sa carte et sa fiche de lecture.
Annuellement les subsides octroyés s’élèvaient : par l’Etat à 5000 francs, par la Province à 1050 francs, par la commune à 4000 francs (soit ± 1,50 franc par habitant).
Depuis quelques années, le centre de lecture est situé dans l'ancien garage Cantraine, rue des Bois.
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Le football.
Dès 1925, l’attrait du football et les victoires spectaculaires des clubs citadins amenèrent la création de l’Albert Club Taintignies. Vert et blanc, étaient les couleurs de son drapeau et de ses maillots.
L’Albert Club eut comme fondateur et président le regretté Louis Delrue auquel s’attache la mémoire de Henri Houzé et Louis Belin.
Parallèlement à l’Albert naquit l’Eveil, noir et jaune qui fut de très courte durée.
L’Albert eut la vie plus longue mais il changea de nom tout en conservant ses couleurs. L’Association Sportive Taintignies, l’A.S.S.A pour mieux nous comprendre, connut de beaux et brillants débuts, vécut une période de prospérité qui la mena en provinciale.
Elle eut sa chanson dont retentit bien souvent le Stade des Marronniers. Et combien de fois n’avons-nous pas entendu son cri de victoire porté par les vivats des toujours très nombreux supporters : « Vive l’A.S.S.A. ! Allez l’A.S.S.A. !
L’A.S.S.A. n’existe plus. La mort de son paternel, très libéral et dévoué secrétaire Louis Belin provoqua son effacement de la scène sportive.
De tous temps, Taintignies a connu des clubs de football dont certains ont tenus la tête de classements régionaux. Qui ne se souvient des équipes de l’après-guerre 1940-1945, des matchs épiques où supporters des deux camps rivalisaient d’injures, de coups de parapluies et de poings ! La réconciliation avait toujours lieu au local … dans un flot de bière ! Et puis, les départs, les querelles intérieures, la jalousie parfois et le manque d’argent ont fait que les sociétés ont été dissoutes !
Il y a quelques années, le nouvelle génération a elle aussi, voulu suivre le chemin des aînés. «L’Entente Terrienne» a vu le jour à Taintignies mais les clubs locaux, prisonniers de leur appartenance à tel ou tel quartier dominé par le café Untel, ont mordu la poussière : le « Phare » ne brille plus, les « Pingouins » ne courent plus, le Petit-Rumes a perdu sa formation. Il reste toutefois un terrain de football à la rue de Florent où d’excellents joueurs pratiquent ce sport qui leur est favori.
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Le ping-pong. Depuis de nombreuses années déjà existant au café de Monsieur Jean Lemaine, Place Communale, un club de ping-pong local. L’accès en deuxième division nationale d’une formation voisine établie à Froidmont, a incité les dirigeants de cette dernière à faire appel en 1973, aux « gars » de Taintignies. La nouvelle société s’appellait : « L’Etoile de Taintignies – Froidmont » et six équipes évoluaient dans les différentes divisions.
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Le billard. Cette forme de passe-temps est largement en usage dans tous les cafés du village et ce, par jeunes et … moins jeunes ! Aussi la commune est-elle bien représentée dans le championnat de la Fédération régionale de billard golf, qui oppose chaque année Rumes, La Glanerie et Taintignies. Sur dix équipes engagées dans la série, les locaux revendiquent à eux seuls, six formations ! Tous les milieux participent à ce sport qui est en général, pratiqué le samedi soir.
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Les canaris. Que dire encore des habitants sinon qu’ils sont très attachés aux oiseaux et en particulier aux canaris ; que la tenderie , bien qu’interdite, n’a pas de secret pour beaucoup d’entre eux ; que ceux qui habitent près des bois sont un peu braconniers et … fines gâchettes.
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Autres jeux populaires : Citons encore, parmi nos jeux populaires, ceux que l’on voit petit à petit renaître au cours des Fancy-Fair qui détrônent et éclipsent peu à peu les ducasses : la course au sac, le mât de Cocagne, la course à la grenouille, le jeu de la cuvelle et du carrousel … Autant de divertissements qui, pour n’être plus courants, appellent toujours la faveur paysanne qui s’amuse follement à leur déroulement.
L’enfance aussi a ses multiples jeux dont la plupart puisent leurs racines dans la tradition lointaine. Sans s’en rendre compte, le « gosse » qui joue subit la loi de l’habitude et garçons et fillettes voient revenir à des périodes bien déterminées, telle activité qu’ils délaisseront pour en embrasser automatiquement une autre, tant il est vrai que chaque jeu a son temps.
Ainsi en est-il des compétitions de « jeux de barres » des parties mouvementées de « cache-cache » et de la non moins gesticulante « bataille à cheval ».
L’hiver ramène invariablement les luttes épiques autour du bonhomme blanc où après l’avoir communément anéanti, deux camps adverses, suivant une expression bien régionale, se « galtent à boulets d’nèche ».
Et lorsque les fortes gelées ont « pris » l’eau des mares et des bas-fonds, quels plaisirs que ceux de la longue glissoire traçant son sentier miroitant sur lequel bien des semelles de souliers et bien des fonds de culottes viendront s’amenuiser au grand dam des mamans ! Le bon temps, lui, revient avec la « balle au mur », la « balle au chasseur » et la « balle au nid ».
Fatigué du jeu de Barres, l’on se repliera sur « saute-mouton », le « Collin-Maillard », la «Marelle», ou encore « Deux c’est assez, trois c’est trop ».
La « toupie » : l’blute et l’pinoche, qui tend à disparaître a toutefois conservé quelques dévôts qui affectionnent la faire tourner à « l’cachoire ».
Le jeu de billes reste grand favori de nos garçonnets. Les « marbes » de terre cuite ou de verre, gonflent longtemps et allourdissent les poches des culottes ; tant que durera la bonne saison, l’on verra dans les cours d’écoles les petites équipes de joueurs avides d’entamer les réserves des gros capitalistes !
Les grosses chaleurs d’été poussent instinctivement les gosses vers l’ombrage bienfaisant des arbres et, tranquillement assis, les jambes repliées, tels de petits bouddhas, ils jouent au « carré à l’pierrèque » . Croirait-on que des noyaux de cerises puissent à tel point capter l’intérêt enfantin ?
Août et septembre dénichent au fond des greniers les cerfs-volants aux multiples aspects. « Et vole, vole, dans le vent frivole « l’draguéon » à la longue et tortillante queue de papillottes.
Tandis qu’il monte à l’assaut du ciel bleu, sur la mince ficelle qui se déroule et le lâche vers des hauteurs impressionnantes, montent les « dépêches » que la joie enfantine envoie à sa face malicieuse et grimaçante.
Les jeux de l’enfance ! … Mais ils sont légion et forcément nous en passons. L’un comme l’autre, ils sont tous empreints de juvénile et naïve poésie, dont l’inventaire ferait à lui seul un joli volume.
Pour nous tous qui sommes passés par là, pour nous tous qui avons grandi et vieilli mais qui n’avons pas oublié, est-il besoin d’exprimer plus amples détails ? Aux heures de songerie mélancolique où notre ennui cueille les souvenirs à l’arbre du passé, ne revoyons-nous pas avec un peu de regret ces temps insouciants et heureux d’autrefois : nos joyeux ébats dans les bosquets, nos courses folles et bruyantes dans les vallons de Wailly, nos poursuites échevelées dans la drève du Baron, nos vertigineuses glissades des Prés Fleuris et des Plats Fossés, nos paisibles parties de billes à l’ombre tutélaire des noyers de l’école ?
Dans nos cœurs d’adultes et de vieillards, le petit coin des jeux de l’enfance vit et résonne toujours des rondes et des chants naïfs qui les accompagnaient.
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Faut-il passer sous silence la phalange des Boys-Scouts ? Non, car elle marqua quelques pages de vie du village.
Fondée en 1930 par Monsieur A.Antoine, ce groupement de jeunesse affilié au B.S.B. groupa jusque soixante éléments. Du louveteau au routier, la troupe de Taintignies, drapeau et musique en tête – elle possédait un tambour et quatre bugles – rehaussa toutes les fêtes religieuses et civiles du village.
Magnifiques de discipline et de tenue, nos Scouts faisaient escorte au Saint-Sacrement lors des processions et assuraient dans un impeccable « garde-à-vous » le service d’honneur à la Stèle du Souvenir, quand, les 21 juillet et 11 novembre, la population reconnaissante venait s’y recueillir.
Monsieur Crombez avait nos Scouts en particulière affection et c’est avec plaisir qu’il en avait accepté la présidence d’honneur.
Malheureusement la guerre survint ; le jeune Scoutmaster rejoignit les rangs de l’Armée Belge et connut cinq années de captivité en terre ennemie ; son jeune et dynamique assistant Gérard Belin mourut au pont d’Antoing en 1943, lâchement assassiné par les « noirs » à la solde d’Hitler.
Ainsi disparurent les louveteaux et routiers B.S.B. de Taintignies.
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Poursuivant la vision des sociétés, arrêtons-nous sur les groupements patriotiques qui rassemblent derrière l’emblême national, les combattants des deux guerres que nous avons connues.
La section des A.C. (Anciens combattants) de 14-18, créée en 1919 et affiliée à la F.N.C. de Belgique, voit d’année en année ses rangs s’éclaircir. Ces braves qui ont partagé les durs combats de Liège, d’Anvers et la guerre des taupes durant quatre ans dans les boues de l’Yser, sont encore quelque trente vieux biscards (en 1974) avec leur président Monsieur J. Schleisch. Ils furent assez actifs ; aujourd’hui l’âge est là qui courbe les épaules, handicape les initiatives et bride les meilleures volontés encore timidement agissantes.
Inclinons-nous devant ces Chevaliers du Devoir et saluons avec une affectueuse pensée de reconnaissance, leur vieil et glorieux étendard qu’ils ont hérité des Anciens Militaires ayant connu l’occupation et la garde des frontière lors du conflit franco-allemand de 1870 …
Plus nombreux sont ceux de la jeune génération du Feu, ceux qui particulièrement après les courts et si meurtriers combats de la « guerre éclair » sont partis sur les chemins de l’exil par « ordre » en otages de la Nation. Durant cinq ans, derrière les barbelés nazis, ils furent les vivants symboles de la première résistance à l’oppresseur, les garants d’un état de guerre toujours existant entre la Belgique et le Grand Reich qui croyait l’avoir domptée.
Tels sont nos Anciens Prisonniers de Guerre. Très active, très dynamique la section locale de la F.N.A.P.G. avait pour président Monsieur A. Antoine qui a su insuffler à ses anciens frères d’armes le sentiment élevé de l’action sociale et maintenir entre eux, toujours aussi vivace le magnifique esprit de camaraderie et de solidarité qui les unissait dans l’adversité commune.
De très bonne heure, les P.G. de Taintignies ont compris la haute portée morale et humanitaire du Fonds d’Aide à leurs camarades pulmonaires, œuvre que parrainait et conduisait avec tant de sagesse et de science le Président National Raoul Nachez.
Leur activité ne se bornait pas à de stériles manifestations spectaculaires ; elle se concrétisait par un travail constructif : concerts, fêtes champêtres dont le gros des bénéfices est canalisé vers les œuvres fédérales.
La section F.N.A.P.G. de Taintignies, par ses réalisations s’inscrivait en fort belle place au palmarès de l’action sociale de la Fédération.
Il n’y a aucune fusion entre les anciens combattants de 14-18 et les P.G. de 40-45 qui restent donc groupés, de même que les P.A. et les résistants de l’A.S., en section distinctes. Cela se conçoit et se comprend aisément quand on analyse les buts différents que poursuivent leurs associations mères. Toutefois la bonne entente règne entre eux et sur le plan local les quatre présidents ont réalisé le « Front unique des Anciens Combattants » qui a mission de coordonner certaines activités telles que l’Assitance aux funérailles d’un des membres, la célébration du 11 novembre, la fête du 21 juillet. Les P.A. et l’A.S. y étaient représentés par Messieurs Jules Francis et Albert Vantighem …
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La chanson : L’âme populaire est immuable. Malgré la fièvre du monde actuel, malgré l’obsédante mécanisation de la musique, jamais elle ne reniera la Chanson qui tout naturellement vient fleurir et s’épanouir sur les lèvres à toutes les étapes de l’existence.
« Pour le riche ou le pauvre, la chanson est reine. On chante pour chasser les ennuis de son cœur, pour l’aider à porter le fardeau de sa peine, et l’on chante toujours pour clamer son bonheur ».
Qui songerait à nier la force attractive de la chanson. Ne fredonne-t-on pas toujours avec plaisir quelques bribes d’airs d’autrefois, palpitante survivance des trouvères moyenâgeux au travers de nos chansonniers du terroir.
Taintignies en eut quelques-uns – oh de biens humbles et sans aucune prétention littéraire – qui ont eu le don de dépeindre dans une verve pétillante bien que parfois un peu vulgaire le caractère villageois. On chantait jadis à propos de tout ; on chantait à propos de rien ! Tantôt satirique et caustique, tantôt narquoise et frondeuse, tantôt sentimentale, la bonne chanson locale égratignait sans doute un peu, mais jamais ne blessait.
Elle poussait spontanément. Fallait-il être grand poète pour sentir, composer et chanter ; fallait-il être esclave de la rime pour affecter et réchauffer les cœurs ? Aussi la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle furent-ils féconds en production de petites fêtes intimes sans la chanson.
Beaucoup de nos concitoyens ont entendu parler des Drapier, des Bonnet et des Dutrieux, ces gais lurons gardiens de la gaîté taintignienne. Au hasard des vieux carnets, nous avons relevé quelques-unes de leurs productions saupoudrées d’ironie.
Celle-ci, une amusante et pas bien méchante satire, jaillit à l’occasion d’un mariage manqué. C’est bien le cas de dire ici : « qu’au mariage et à la mort, les langues se délient » !
Ecoutez, comment sur l’air du « Tra,la,la » Remy Dutrieux et Chrysostome Bonnet chantèrent la rupture du jeune homme amoureux.
I
Un jeune homme amoureux d’une belle française
Sans penser plus avant faisait sa cour à l’aise.
Et pour en définir il dit à sa tendron
Dans vingt jours au plus tard nous nous marierons.
Finissons-en tra la la la (bis)
Sur l’air du tra, deri, dera et tra la la !
II
En fils respectueux, il s’adresse à son père
Et sans rien lui cacher il lui conte l’affaire :
La fille est à mon goût et les parents aussi,
Je désire ardemment que nous soyions unis,
J’ai promis ça, tra la la la (bis)….
III
Le père, un vieux renard et plein d’expérience
Répond à son garçon : « un peu de patience,
Car une fois mariés, j’aurais trop de chagrin
Si jamais vous tombiez le nez dans le pétrin
Evitons ça tra la la la (bis)….
IV
Le père et le jeune homme tous deux de compagnie
Un dimanche matin sont partis pour Orchies,
Désirant s’assurer en homme prévoyant,
Si la fille pesait autant que le garçon.
Il voulait ça tra la la la (bis)….
V
Après les compliments que l’on fait d’usage
Il déclare aussitôt le but de son voyage,
Voyons et soyons francs, que pouvez-vous donner,
Je tiens à le savoir avant de vous quitter ?
J »suis v’nu pour ça tra la la la (bis)….
VI
Nos bons français comptant sur un peu d’indulgence,
Répondent : « Ma fille a tant et plus des espérances,
Une tante fort riche, un oncle sans enfants
Complèteront la dot avant qu’il soit longtemps. »
Comptez sur ça tra la la la (bis)….
VII
Il se lève à l’instant, dit à la jeune fille :
« Ne pensez plus à lui, la chose est inutile.
Pour avoir mon garçon, il faut du répondant
Pour moi l’amour n’est rien si l’on n’a pas de bien.
Vous n’l’aurez pas tra la la la (bis)….
VIII
Ma foi, dit l’amoureux, en pressant la fillette
Il me reste du moins une belle toilette,
Qui pourra me servir dans une autre union
Si je rencontre un jour une belle occasion !
Papa veut ça tra la la la (bis)….
Drapier, en un savoureux patois, nous en conte une autre assez caustique certes, mais sans une idée offensante :
I et II
L’histoir’ qu’in va vo conter
Déonn’à réfléchir
In’faut pon s’fair’ critiquer
Afin d’s’inrichir
Quand’ch’est l’droit ij faut touchî
Et t’nir sin parti
Mais pon fair’ vinte in mobilier
Quand cha n’vint pon d’li (bis)
Ch’est in gaillard bin connu
Qu’a foutu c’plan là
Pensant d’avoir in r’vénu
Y a agi comme cha
Y d’a fait passer pou enn’bièt’
Et tout l’monde rit d’li
Car y peut trousser ses guêtrés
Y n’el z’ara mi.
III et IV
Rin quel pu vieux d’ses garchéons
Ch’t’in type fort sage
In l’print comm’échantilléon
Din no village
Y est douch’comm’in liéon
Qu’est in furie
D’après ses condamnations
Qui princh’gard’à lî Y s’aveot foutu d’in l’tiet’
Qui allou avoir
In local dû qu’in fait fièt’
Du matin au soir.
Faut qu’mes garchéons soient plachî
Et Cécile aussi
In lî trouv’ra en cinsî
Mais y n’l’ara mi.
V et VI
L’aut’jour y a r’chu enn’ trait’
Venant d’s’in brasseu
Là, y a attrapé l’vénette
Y connuchau sin jeu
Pon in cintim’ pou payé
V’là l’pire pour li,
A Pringal y fait suchî
Qu’un lî aveot tout pris. Enfin pour finir l’histoir’
D’tous ces biès cadets
M’z’amis si vo volez m’croir’
In’faut pon l’s’imiter
In usant d’apreils moyens
V’là tout chu qu’in dit
Et un vo trait’ de faquin
D’din tout Tinschnie.
Celle-ci est plus épicée …. !
D’pu certain timps din no commun’
In est in train d’s’extasier
D’in heomm’né pour bonn’fortun’
Cel’fochi, ch’n’est pon pou blaguer
Heureux sous tous les rapports
Comm’ fem’ y a l’bonheur d’in déméon,
Chi y vint d’avoir acor pu fort,
Afin d’bin garnir s’maséon.
Y a accaté in piano.
Pour li fair’ danser les macraux
D’puis l’Saint’ Henri, tout l’confrérie
S’déonn’ rendez-vous
A l’maséon du bon Louis !
Et toujours dans le même esprit frondeur qui caractérisait Drapier, écoutons un couplet du « P’tit Marîchéaux :
Faut vir ses magasins comm’tout cha est rimpli,
Y a d’quoi s’casser les reins d’in ses monts d’cochon’ries.
Si li faut fair ‘ enn’ buse
Accoutez, ch’est bin vrai
Mêm’pou in coud’ d’étuffe
Y print l’rout’ de Tornai.
Bin connu d’sin ferronnier
In li dit Baptist’ : t’ciertchiez,
Que suchiez chu qui a d’mî
In sait qu’in s’ra bin payé
Et in crie tertout bin haut, ah, ah, ah,
Viv’l’petit marîchéaux, ah, ah
Ch’est l’biau pèr’ Arthur Léqueéau, ah, ah,
Ch’est bin rar’ quand y sue d’kiau, ah, ah !
Lors d’une visite où elle évoquait sa lointaine jeunesse, Rosalie, la centenaire, y alla d’un petit refrain. C’est une bribe de la chanson de l’Escarbille. De sa voix chevrotante, elle nous dit ainsi comment un malicieux luron de l’époque, félicitait le père d’une jeune fille, à l’occasion d’une naissance illégitime :
« Ch’est cru, mais j’va vo l’canter tout d’même » disait Rosalie.
Va, monsî Jean-Baptist
T’as l’bonheur d’in déméon
Y a cor enn’nouviel’biet’
D’arrivée à t’maséon ! …
Plus près de nous, voici Edmond Dussart, un bon vivant aujourd’hui retiré des affaires et de la scène politique, plein de verve surtout quand il avait caressé la dive bouteille ! Edmond croqua ainsi la Garde Civique en 1914.
Quand l’guerr’ s’a déclaré in Belgique
Tout d’sut’in a convoqué ‘l’Garde Civique.
Pou l’zarmer in leu za donné
Des matraques et des matchis
Et in guise de sacs à dos
Des bleus sarots !
Ch’est l’féaute à ces marmousets
Si in est si mal ménés
Des sarots, sarots, sarots
Cha n’vaut pon des béons flingots
Si cha vint à r’quéminchî
Pu tard y faut espérer
Qu’in trouv’ra in éaut’ tuyau qu’des sarots.
Au local américain tous les jours
Pou s’fair’ servir y follou in gros dmi jour
Si in étéot trop pressé
In vo flanqueot l’porte au nez
In disant : « tonnerr’ de Dieu
Faites donc la queue !
Ainsi fait-il l’éloge du ravitaillement.
Toute récente voici la chanson de l’A.S.S.A.
I et II
Chacun sur la terre
Cherche son agrément
Nous c’est le foot-ball
Not’plus grand amusement
Sitôt l’repas fini
L’équipe de Taintegnies
Se met en route
Pour son jeu favori Pour frapper d’sus l’ballon
Qu’on lance avec aplomb
Aux r’gards des supporters
Qui applaudiss’ derrier’
On est plein d’entrain
Quand sur le terrain
On entend
Les hourras des copains.
III et IV
Quand un goal est marqué
Qu’l’arbitre vient d’accorder
Not’cœur palpite de joie
D’voir tout l’monde en émoi
On est tous si contents
C’est si encourageant
Qu’on s’promet encor’mieux
Pour le match suivant Si les onze d’une équipe
Ont été bien choisis
Et qu’elle est composée
D’gaillards forts et hardis
Quand l’match est terminé
Et que l’on a gagné
Pour fêter la victoire
On s’permet de bien boire
Refrain
Nous sommes les gars
Qui faisons partie de l’Assa.
Des verts et blancs,
Couleurs de nos vêtements
L’dimanche arrivé
Rien ne nous fait r’culer
Par n’importe quel temps
On suit les déplacements.
Et voici enfin pour passer à la postérité : « L’Amour » créé par Madame Marie Debacker au cours d’un banquet des Colombophiles de la « Liberté »
I et II
La Liberté a eu c’t’année
Dans sa société
Un de ses membres bien dévoués
Qu’il faut féliciter
Car un d’ces derniers jours
Not’camarade Lamour
Fut champion dans une exposition concours
I’ fallait voir Lamour
Le pur amour, le vrai amour
Comme il était heureux Lamour
Lamour, Lamour, Lamour ! Quelle chance pour lui que l’hiver
Lui ait été prospère !
Car les prix de l’été dernier
Sont tristes à constater
Ce clocher trop haut placé
Faudra bien le scier
Il est la cause de tous nos insuccès
Heureusement que Lamour
Le Cher amour, le brave amour
Vit l’espoir de meilleurs jours
Lamour, Lamour, Lamour !
III et IV
Il était vraiment enchanté
Croyant d’être remonté,
Qu’il avait la meilleure des races
Avec ses jeunes Damaces
Ils luisaient comme des paons
Forts comme des éléphants
Sitôt partis lui ont dit
Au revoir et merci !
Espérant leur retour
Le triste amour, le pauvre amour,
La tête en l’air, la nuit, le jour
Lamour, Lamour, Lamour ! Tous nos meilleurs vœux de bonheur
A ce brave amateur
Qui sans jamais s’décourager
N’a jamais reculé.
On peut dire que Lamour
Est le sportif du jour.
Qu’il soit l’vainqueur
De tous les alentours !
A ce compte-là Lamour
L’heureux amour, l’joyeux amour
Deviendrait tout à fait fou d’amour
Lamour, Lamour, Lamour !
V et VI
1947 lui apportera
De meilleurs résultats
Il verra v’nir les coulonneux
Pour des jeunes et des œufs
Mais, leur dira Lamour
C’est à chacun son tour
Celui qui a ri
Ne rira pas toujours !
Souhaitons que Lamour
C’veinard amour
Reste champion
Jusqu’à la fin d’ses jours
Lamour, Lamour, Lamour ! Voilà la saison terminée
Malgré nos bons souhaits
Il n’a jamais su se classer
Ne fût-ce que le dernier !
Nous espérions toujours
Jusqu’au dernier concours
De voir figurer
Le nom de Lamour !
R’montons à notre tour l’moral
Lamour, l’inconsolable amour.
Car il était bien bas
De tous ces jours
Lamour, Lamour, Lamour !
Tout le monde a reconnu dans ces couplets, la sympathique frimousse du malchanceux coulonneux Alfred Vantighem qui porte ce poétique surnom de « Lamour ».
Lamour s’est gentiment laissé mettre en strophes et en « boîte » sur un air très connu de l’entre-deux guerres : « Tout ça n’vaut pas l’amour ! »
Comme on voit, le jardin où a germé et poussé la vieille chanson locale, n’est pas encore désert ; quelques papillons voltigent encore ; quelques notes y palpitent toujours.
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La chanson nous conduit maintenant au domaine semé de poésie des légendes et des contes.
Qui de nous n’a pas savouré les minutes délicieuses de l’heure du conte ? Tous, nous avons aimé et aimons encore, bien que nous paraissions sceptiques, les fantastiques et troublantes histoires de la veillée et Dieu sait si nos petits aux âmes candides les écoutent avec ravissement.
Ces contes où fées et farfadets, où sorciers et diables qui peuplent les merveilleux récits de revenants, d’ogres et de loups-garous, sont de jolis fleurons de notre folklore oral d’où jaillit la simplicité villageoise, où perce la crédulité des âmes naïves. Ils s’estompent malheureusement et bientôt s’évanouiront dans l’ombre de l’oubli, chassés par les innombrables histoires d’exportation étrangère.
De n’être plus à nous et vraiment de nous, les contes d’aujourd’hui manquent de cette saveur, de cette odeur de mystère que nos pères goûtaient tant autrefois.
Vezon a sa légende du Plat d’Or ; Antoing a son « Trou Billemont » ; Gaurain a ses « lumerottes ». Taintignies dont l’imagination n’a jamais été en reste, a conservé le souvenir de quelques vieux contes. Leur thème est peut-être régional, mais l’esprit fantaisiste local a su les interpréter et les enjoliver à sa façon. Tels nous sont encore connus : Le Renard parrain, Jean de l’Ours, Trinette au Saule et le Petit marchand de cochons.
Casimir « Tintin » était un conteur émérite fort écouté au coin de l’âtre par les longs soirs d’hiver.
Ecoutons le Renard parrain :
Le soir tombait sur la plaine où tout bruit s’était éteint. Une à une les veilleuses de la nuit s’allumaient au firmament, tandis qu’une ceinture de gaze emprisonnait la futaie du domaine de Clermès. Tout paraissait assoupi. Deux ombres cependant, marchaient à pas feutrés dans les sentiers moussus et chuchotaient des confidences que la brise seule, emportait vers les cimes frissonnantes des peupliers et des chênes.
Messire Loup et Compère Goupil s’en revenaient lassés d’une journée qui leur avait bien peu rapporté.
• Les temps sont durs, compère Loup
• Hélas, oui, maître Renard. Et les fermiers nous rendent de plus en plus la vie difficile. Fourches, gourdins et surtout ce bâton d’un genre nouveau qui claque avec un bruit de tonnerre en semant des petits pois de fer, font que bientôt nous ne pourrons plus nous montrer sur nos terrains de chasse où jadis nos crocs s’en donnaient à cœur joie.
• L’action solitaire a vécu, cher ami. A temps nouveaux, moyens nouveaux. Unissons-nous, veux-tu ? A deux, joignons notre ruse et notre force et devenons loyaux compagnons de la rapine.
A nous deux, dans un endroit bien caché, que nous serons seuls à connaître, nous rassemblerons notre précieux butin. A nous la joyeuse bombance quand surgira la morte saison avec son spectre de misère !
• Ton idée me sourit et d’emblée je souscris à sa réalisation. Tope-là, vieux frère et marchons de pair.
Ainsi fut conclu dans la nuit étoilée, l’accord des deux maraudeurs, terreur des bergeries et des basses-cours.
Dès lors, ils se mirent en campagne. Plus fort et plus francs, ils payèrent d’audace et leur antre, rapidement s’enrichissait. Un soir, alors que Messire Loup faisait le guet, Goupil déroba dans une ferme isolée, un gros pot de grès au ventre bourré de crème fraîche et parfumée. Nos deux larrons eurent tôt fait de le mettre à l’abri, savourant d’avance les délices de prochains desserts et s’en pourléchant déjà les babines.
Quelques jours plus tard, Maître Renard informa son associé qu’il allait le quitter pour se rendre à un baptême. Il était, dit-il, tout fier et bien heureux d’être parrain.
• Comment se nomme ton filleul, lui demanda le loup dès son retour ?
• Entamé, répondit sans sourciller maître Goupil.
• Que voilà un prénom bien original autant que bizarre !
• C’est vrai ! mais tu sais, le père et la mère l’ont voulu ainsi. L’un des invités m’a encore demandé de tenir son second rejeton sur les fonds baptismaux. Aussi, demain dès l’aube, dois-je prendre la route.
Le jour suivant le renard reparaît et comme le loup s’enquérait encore du nom de son second filleul, il lui répondit le plus naturellement du monde : « A moitié ».
Le loup, cette fois, pouffa de rire.
• Mais ce n’est pas tout, dit le renard.
Figure-toi que je dois encore être parrain demain. Cela ne peut se refuser, mais je t’assure pourtant que c’est bien la dernière fois. Tu te rends compte, sans être marié, me voilà père en second de trois petits moutards !
A son retour, le loup ne peut s’empêcher de lui dire :
• Au moins, vas-tu m’annoncer un plus joli nom pour ton dernier filleul !
• Pourléché ! laissa tomber Goupil.
• Diable ! Ils sont donc tous fous dans le cercle de tes relations ! Quels noms fantaisistes en trois jours : Entamé, A moitié, Pourléché.
Et Maître Renard de s’esclaffer bruyamment avec force moulinets de sa belle queue en panache.
Alors, comme un trait fulgurant, la lumière se fit dans le cerveau de Messire Loup. Il pensa au pot de crème et aussi vite que le lui permirent ses fines et longues jambes, il courut à la cachette. Le pot de crème était vide !
Et comme le corbeau de la fable, notre loup confus et furieux, jura aussi mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus !
Toujours avec Casimir, savourons « Jean de l’Ours ». Il le tenait de son aïeule, laquelle à son tour devait l’avoir entendu raconter quand elle n’était qu’une petite fille.
Fantastique à souhait, ce conte contient pourtant une certaine dose de bons sens populaire et le triomphe de la force publique y est naïvement exalté.
Or donc …..
Il y avait une fois une famille de bûcherons qui étaient si pauvres qu’ils ne pouvaient donner à leur enfant le bon lait dont il avait besoin pour devenir grand et fort.
Un jour, le père rencontra dans la forêt, une ourse blessée dont les chasseurs avaient tué l’ourson. Le bûcheron eut pitié de la bête et comme sa cabane était toute proche, il alla y chercher de l’eau pour panser la blessure. Son fils l’accompagnait ; le bambin s’approcha sans crainte du fauve étendu et lui présenta une écuelle pleine d’eau fraîche. Quand la bête se fut désaltérée, elle se coucha sur le flanc et présenta au petit bonhomme sa mamelle gonflée de lait. Le petit Jean but avidement ; jamais il n’avait goûté de lait et ce breuvage lui sembla délicieux. Tous les jours, il revint avec son père revoir l’ourse qui s’était rapidement guérie et s’était remise à chasser. Mais elle continua à nourrir le petit Jean jusqu’à ce qu’il devint fort et vigoureux.
Après quoi, l’ourse retourna dans ses montagnes et Jean, continuant à grandir, devint un garçon extraordinairement robuste.
Comme ses parents étaient toujours très pauvres, il décida de partir à l’aventure à la rencontre de la fortune. Pour toute arme et bagage, il n’emportait qu’un gros bâton : le plus lourd qu’il ait pu trouver et que le maréchal lui ferra solidement.
Il n’avait pas marché une heure qu’il fut rejoint par un autre jeune garçon qui s’en allait comme lui à l’aventure.
• « Hola, camarade …. Je m’appelle Jean de l’Ours … je suis le plus fort garçon du village et je pars pour faire fortune, armé de mon gros bâton. Veux-tu que nous fassions route ensemble ?
• Je veux bien dit, l’autre. Mon nom est « Tordeur de chaînes » et ne suis pas manchot non plus …. !
• Allons-y donc ….
Et ils se mirent en route de compagnie. Un moment plus tard, ils rencontrèrent sur leur route un troisième compagnon qui, tout comme eux marchait droit devant lui. Ils l’invitèrent à se joindre à eux et le jeune homme qui se nommait « Meule de Moulin » accepta joyeusement.
Ils marchèrent très longtemps, mais quand le soir arriva, ils étaient très affamés et n’avaient pas encore rencontré la fortune. Ils étaient arrivés en vue d’un grand château qui paraissait abandonné. On n’y voyait aucune lumière et les portes n’étaient point verrouillées. Nos trois compagnons y pénétrèrent et parcoururent toutes les salles sans rencontrer âme qui vive. Dans une des chambres, un feu se trouvait préparé ; des provisions de bouche attendaient sur la table ; au mur, on voyait accrochée une panoplie complète de fusils de chasse ; des cartouchières bien garnies gisaient dans un coin de la pièce.
• Oh ! Oh ! dit Meule de Moulin en se pourléchant les babines, nous allons pouvoir souper et nous reposer ici …
• Pas si vite … répliqua Jean de l’Ours, je ne vois aucune nourriture digne de géants comme nous sur cette table… En revanche, voici de quoi tuer quelque grosse pièce pour corser notre menu.
En disant ces mots, il alla décrocher des fusils qu’il garnit de cartouches.
• Qui vient avec moi ? … Je me sens de taille à affronter n’importe quel gros gibier, à l’exception des ours… car une ourse me servit de mère.
• Je suis trop fatigué, dit le Tordeur de Chaînes, en baîllant.
• Moi, je t’accompagne, dit Meule de Moulin.
Nos deux camarades se mettent en route à la brume. Aussitôt seul, Tordeur de Chaînes couche sa tête dans ses bras et s’endort. Un coup formidable qui fait trembler tous les murs le réveilla. Tout hébété, il regarda autour de lui et finit par découvrir un petit bossu, guère plus haut que le doigt, et qui, debout sur la table, le regardait en ricanant.
Tordeur de Chaînes se mit debout, pensant renverser d’une chiquenaude ce minuscule ennemi. Mais le petit bossu fit un saut en arrière et ses pieds, grands comme deux feuilles d’acacia, firent, en retombant, un tonnerre à ébranler la maison. Tordeur de Chaînes était fort et il se croyait brave. Il avança d’un pas ; le petit bossu fit, en avant cette fois, un bond léger comme le vol d’un cocon de peuplier et, l’instant d’après, Tordeur de Chaînes se trouvait à terre, roué de coups et cloué au sol par la force prodigieuse de son adversaire.
• Ah ! Faisait le petit bossu, tout en continuant à asséner des coups qui avaient l’air d’être des caresses de papillon mais dont chacun faisait gicler le sang de Tordeur de Chaînes … Ah ! Tu as osé t’introduire dans la maison du Chasseur Maudit qui chasse pour moi toutes les nuits ! Sache que je suis le maître ici et que je te ferai payer cher ton audace.
Tordeur de Chaînes s’évanouit et quand ses compagnons rentrèrent, ils le trouvèrent dans un bien triste état. Ils le soignèrent de leur mieux, mais ne purent s’empêcher de se moquer de lui quand il leur eut raconté quel dérisoire adversaire l’avait mis aussi mal en point. Cependant, comme ils étaient revenus bredouilles, toutes leurs balles s’étant mystérieusement évanouies dans le brouillard sans toucher une seule proie, il fallut bien repartir en chasse le lendemain. Cette fois, Tordeur de Chaînes, qui ne voulait pour rien au monde affronter de nouveau le petit bossu était de l’expédition et c’est Meule de Moulin qui, avec force moquerie à l’adresse de son camarade, resta au château pour faire face au « terrible bossu ». Mais qui ne riait plus lorsque, le soir venu nos deux chasseurs, toujours bredouilles, le retrouvèrent couvert de plaies et de bosses et pleurant de frayeur !
C’’était Meule de Moulin qui avait été, à son tour, victime du petit bossu.
• Il y a de la sorcellerie là-dedans, bredouilla Tordeur de Chaînes en se soignant, saisi d’une frayeur rétrospective. Il nous faut fiche le camp sans tarder.
Mais Jean de l’Ours leur fit si bien honte de fuir devant le vilain petit bossu, qu’ils se laissèrent persuader.
Le lendemain, Jean de l’Ours resta de garde et ses deux copains s’en furent à la chasse. Le petit bossu ne tarda pas à se manifester. Jean, qui faisait le guet, l’aperçut qui se coulait vers la porte ; pareil à un mince lézard. Il le laissa s’approcher et quand le gnome fut dans l’entre-baillement, de toute sa force il lança son bâton. Alors la porte se refermant avec une violence d’ouragan, écrasa le bossu comme un simple moucheron.
Les chasseurs rentrèrent peu après, accablés de butin car toutes leurs balles avaient fait mouche. Les trois amis, tout joyeux d’être délivrés de leur persécuteur, fêtèrent leurs succès en mangeant et buvant copieusement. Quand ils eurent bien festoyé et vidé les caves, épuisé les provisions du château, y compris la réserve de cartouches, ils songèrent à reprendre la route. Ils cheminèrent plusieurs jours sans rencontrer l’aventure sur leur chemin et ils commençaient à s’ennuyer de la monotonie du voyage lorsqu’ils tombèrent en arrêt devant une énorme pierre.
• Quelle pierre ! dit Meule de Moulin, je parie qu’elle pèse bien mille kilos.
• Peuh ! dit dédaigneusement Tordeur de Chaînes, qu’est ce que cela ! Je parie de la soulever comme un fétu de paille.
Ils essayèrent tour à tour, mais aucun des deux ne réussit à bouger la lourde pierre seulement d’un millimètre.
• Allons fit Jean de l’Ours en ricanant, vous ne voyez pas que c’est la pierre qui bouche le trou du monde ? La terre finit et commence ici, comme une orange finit et commence à la queue…. Mais laissez-moi faire ….. moi je vais la déboucher.
Et se servant de son bâton comme levier, il pesa pour soulever la pierre qui, au bout d’un moment bascula et découvrit un trou dont on ne pouvait voir le fond.
• C’est le trou du monde, répéta Jean de l’Ours très excité … je vais jeter mon bâton pour voir si c’est profond.
Il laissa choir le bâton dans le vide, mais ils eurent beau écouter, ils ne l’entendirent point toucher le fond.
• Il faut que j’aille le reprendre, dit Jean de l’Ours. Qui veut descendre avec moi ?
• J’irai bien seul, dit Tordeur de Chaînes, tout fanfaron.
• Non, c’est moi s’empressa de couper Meule de Moulin.
• Pas tous ensemble, se moqua Jean de l’Ours !
Ses deux amis descendirent chacun leur tour, mais ils revinrent bientôt tout penauds, disant que c’était trop noir et qu’on voyagerait pendant des jours dans ce trou sans en apercevoir le fond.
Jean de l’Ours haussa les épaules.
• Tenez, dit-il, je vais me mettre dans le panier qui nous sert à transporter notre bagage. Nouez cette corde solidement à l’anse et laissez-moi descendre. Quand je crierai : oh ! vous remonterez le panier.
• D’accord ! Et ils firent ainsi.
Jean de l’Ours descendit longtemps, longtemps …. Et, à la fin le panier s’immobilisa sur la terre ferme. Il se trouva dans une grande ville magnifique dont tous les monuments étaient de marbre ; au coin d’une avenue, il vit une vieille femme qui priait et pleurait.
• Que faites-vous là, ma bonne vieille, demanda Jean ?
• Je prie pour la Princesse qui est emprisonnée par une bête à sept têtes.
• Où est-ce ? …. Ne pleurez plus …. Car moi j’irai la délivrer.
• C’est là-bas dans ce château que vous voyez sur la colline. Mais vous n’y arriverez pas …. Milles chevaliers ont déjà essayé ; la bête est invincible, dit-on.
• Bah ! Nous verrons bien dit Jean avec insouciance.
Et il se dirigea vers le château. Dans la ville toute blanche, la prison de la princesse se dressait sur une butte et, sans portes ni fenêtres, ressemblait à un énorme tas de charbon. Un grand trou flamboyant servait seul d’ouverture ; sur le seuil se tenait accroupie une créature de cauchemar. De la taille d’un buffle, mais nue et lisse comme un ver enroulé, elle avait sept têtes pourvues chacune d’une paire d’yeux féroces, fendues d’une gueule menaçante d’où pointaient des crocs longs d’une aune et une langue affreuse, dégoulinante de bave.
Le monstre ne bougea pas un cil à l’approche de Jean de l’Ours qui escaladait bravement la colline. Il en avait tant vu de ces jeunes fous accourus de tous les coins du monde pour délivrer la belle princesse qu’il détenait captive ! Il en avait dévoré plus de mille, tous chevaliers bardés de fer. Il n’allait tout de même pas se déranger pour ce méprisable gamin qui s’avançait vers lui, dans sa blouse de paysan, nu-tête, sans armes et les mains derrière le dos.
Mais derrière ce dos, notre Jean tenait bien ferme son fidèle bâton qu’il avait retrouvé à l’atterrissage. Il aborda le monstre qui le regardait venir, les yeux paresseusement mi-clos, jouissant par avance de le laisser approcher pour n’en faire qu’une bouchée. Jean avançait toujours et voilà que, le corps penché, un pied en arrière comme s’il voulait saluer la bête, il prit un élan foudroyant et son bras, prolongé du bâton tournoya et s’abattit sept fois sur les sept têtes du dragon qui expira en vomissant des torrents de sang noir …. Sans plus s’occuper de sa victoire, Jean de l’Ours contourna le cadavre de son ennemi et pénétra dans le château. Là, au milieu d’une salle toute tendue de draperies pourpres, il vit couchée sur un lit de marbre blanc, une jeune fille si pâle et si belle, que son cœur s’enflamma aussitôt d’amour et de pitié.
• Belle Princesse, lui dit-il en s’agenouillant devant elle, je suis Jean de l’Ours et suis venu vous délivrer. Partez avec moi, quittons bien vite ce château maudit, je vous emmènerai dans mon pays où vous pourrez rire et danser à l’air libre ….
La princesse fut fort émue qu’un petit paysan sans autre arme qu’un bâton ait réussi à la délivrer des griffes de son geôlier, là où mille preux chevaliers avaient échoué, et elle consentit à le suivre. Ils retournèrent jusqu’au trou d’où Jean de l’Ours avait émergé, se hissèrent dans le panier. Jean cria : oh ! D’une voix de stentor. D’en haut, ses compagnons tirèrent la corde et le panier remonta.
La princesse mit pied à terre la première, mais quand ils virent surgir devant eux, dans sa féerique robe blanche ceinturée d’or, cette radieuse apparition, nos deux compères furent tellement éblouis qu’ils lâchèrent la corde et que le panier retomba brusquement avec Jean dans les entrailles de la terre ….
Jean de l’Ours se retrouva au coin de cette même rue de marbre blanc où il avait rencontré la vieille qui pleurait. Et cette même vieille s’y tenait encore, mais à présent, c’était lui, Jean, qui versait des larmes de rage et de dépit.
• Noble jeune homme, dit la vieille en s’approchant, pourquoi donc pleurez-vous quand c’est grande liesse dans tout le Royaume. On dit partout que vous avez abattu la bête immonde et que vous avez délivré la princesse. On dit aussi que vous l’avez emmenée dans votre pays et le Roi, son père, promet la moitié de son royaume à qui lui ramènera sa fille. Mais comment se fait-il que vous soyez tout seul ici et à pleurer, pauvre homme ?
Jean de l’Ours essuya ses larmes amères et se mit à raconter à la vieille femme compatissante ce qu’il était advenu de la jolie princesse qu’il avait sauvée. La bonne femme réfléchit un moment et lui dit :
• Vous ne pouvez vous présenter au Roi avec de pareilles nouvelles ! Quand il saura sa fille au pouvoir de ces paysans vos camarades, il sera si offensé qu’il vous fera jeter en prison. Mieux vaut que vous retourniez chercher la princesse pour ne revenir qu’avec elle. Attendez-moi ici ; je vais vous ramener un guide avec qui vous remonterez au pays d’en haut où vous avez dû laisser la princesse.
Elle revint peu après, tenant en laisse un corbeau de la taille d’un bouc, affreusement maigre et dépenaillé.
• Ce corbeau est sorcier, dit-elle. Il a le pouvoir de se transporter où il veut et d’y conduire qui il veut. Mais un enchanteur plus puissant que lui l’a condamné à avoir toujours faim. Il mange sans cesse et n’est jamais rassasié. Si vous voulez donc qu’il vous conduise à bon port, il faut le nourrir pendant le voyage. Chaque fois qu’il criera : «Couic», donnez-lui quelque chose à manger.
Jean de l’Ours courut jusqu’au château où il avait laissé la dépouille de la Bête. Il chargea sur son épaule le monstrueux fardeau et, toujours courant, revint au carrefour où la vieille l’attendait avec son énorme corbeau.
Notre héros et ses deux bêtes hideuses, l’une morte et l’autre croassante se casent tous dans la nacelle qui commence à remonter. « Couïc » fait le corbeau au bout d’un court instant. Et Jean coupe une des têtes de la Bête et la donne à son vorace compagnon de voyage. On monte …. On monte …. Mais le corbeau est insatiable ; aussitôt qu’une tête est dévorée, il lance son couïc lugubre pour en réclamer une autre. On monte toujours et Jean veut croire qu’il verra le bout de ses peines …. Encore trois têtes, encore deux, encore une ! La dernière est engloutie et Jean n’aperçoit toujours pas la lumière du jour …. Et le corbeau lance une fois de plus son « couïc » exigeant. Il ne reste plus que le corps décapité du répugnant cadavre. Jean de l’Ours coupe un tronçon de cette masse visqueuse et la tend au corbeau. Mais il faut croire que cette nourriture n’est pas du goût de celui-ci car il se détourne et bat des ailes avec fureur, menaçant de rompre la corde qui remonte le panier, tandis qu’au dessus de sa tête, Jean voit la lumière qui annonce le but tout proche …. Alors Jean serre les dents très fort et, dans sa propre cuisse, il taille une large tranche qu’il présente au corbeau. Celui-ci se repaît avec délices de cette chair saignante et il se tient tranquille, le temps que le panier aborde enfin au jour. Sans se soucier de sa jambe blessée, Jean de l’Ours s’élance hors du panier mais hélas …. Ni la princesse, ni ses deux compagnons ne sont en vue.
Il en fallait cependant plus pour décourager notre héros. Il fit panser sa blessure dans une ferme et partit à la recherche de ses infidèles amis. Ce fut après bien des jours de marche qu’il les retrouva, dans un village où la fête patronale battait son plein. Sur la place publique, des baraques étaient dressées ; des bateleurs attiraient les badauds par leurs parades grotesques ; des groupes joyeux circulaient en tous sens. Au milieu de la joie générale Jean de l’Ours errait comme une âme en peine, cherchant partout sa belle princesse. Tout à coup, il poussa un cri de surprise, dans un trio arrêté devant une échoppe, il venait de reconnaître Tordeur de Chaînes, Meule de Moulin et, dans la jeune paysanne qui les accompagnait, il reconnut avec stupeur sa princesse tant cherchée.
Fou de colère, Jean de l’Ours s’élança vers eux et, avant qu’ils l’aient seulement vu venir les deux félons se trouvèrent saisis au collet, soulevés à bout de bras par Jean de l’Ours dont la rage décuplait les forces. Ils auraient été lancés au-dessus des têtes de la foule comme deux vulgaires trognons de pomme si la princesse ne s’était jetée au cou de Jean, le forçant ainsi à lâcher prise.
• Mon doux Seigneur, disait-elle en l’embrassant, ne vous fâchez pas de la sorte contre vos amis. Ils ne sont coupables que de m’avoir obéi. Quand je suis arrivée sur la terre et que j’ai vu pour la première fois des arbres, des nuages, des oiseaux libres, toutes choses que je ne connaissais pas, j’ai été tellement émerveillée que j’ai voulu partir tout de suite à la découverte. J’ai demandé à ces deux braves garçons de m’accompagner et nous sommes partis à l’aventure. Mais nous n’avions pas marché plus loin qu’un chien ne va au bout de sa laisse, que je me suis mise à pleurer amèrement en pensant à vous, mon doux cœur, qui étiez resté dans le trou. Vos compagnons disaient cent choses pour me consoler : combien vous étiez fort et quelle malice était la vôtre pour sortir des plus mauvais pas. Mais moi, je pleurais toujours, songeant que pour un instant passé à admirer le beau pays qui est le vôtre, je vous avais perdu. Alors, comme nous étions à nous désoler, nous avons vu un grand corbeau qui volait vers nous et qui nous dit :
• « Princesse, celui que vous pleurez s’est sorti du péril … Je l’ai aidé mais lui, pour nourrir ma grande faim, a coupé une tranche de sa chair vivante et me l’a donnée à manger, me délivrant ainsi de l’enchantement qui me condamnait à manger toujours sans jamais pouvoir me rassasier. Jean de l’Ours est parti à votre recherche, belle princesse. Je vais voler en décrivant de grands cercles, marchez toujours dans la direction de mon vol et quand vous verrez me poser, c’est que je l’aurai découvert …. »
• J’ai pris ces habits de paysanne pour marcher plus commodément et nous avons suivi les ordres du grand corbeau. Vers le soir, nous l’avons vu se poser au sommet du clocher de ce village et nous y sommes venus pour la grande joie de nous y retrouver tous réunis
Jean de l’Ours désarmé par ces caresses et ces douces paroles, sentit fondre sa colère. Il accepta de se réconcilier avec ses compagnons d’aventure. Ils allèrent tous ensemble danser au bal qu’on avait installé sous la tente et ils s’y divertirent de compagnie. Mais quand l’aube parut, éteignant les lampions de la fête, Jean de l’Ours tenant dans sa main celle si blanche de sa princesse que les habits de paysanne rendaient encore plus belle, se sentit pris d’une grande tristesse sur le chemin du retour.
• Belle Princesse, dit-il en soupirant, voici que se termine notre première et notre dernière nuit de bonheur. Il faut que je vous ramène à votre auguste père, le Roi d’en bas et, comme je ne suis que Jean de l’Ours qui n’a pas encore trouvé la fortune, il ne vous donnera jamais à moi. Qu’importe …. Nous partirons au jour et je vous rendrai à lui comme je l’ai promis.
• Je ne veux pas, dit la princesse. Jamais je ne retournerai vivre dans ma ville de marbre, si dure et si nue. Ici, il y a des arbres, des nuages, des oiseaux libres. Je les ai vus et je les ai aimés. C’est votre pays : c’est lui que j’aime et c’est ici que je veux demeurer.
• Mais votre père ….. il vous cherche …. Il pleure !
• Mon père ne m’a jamais vue heureuse. Il donnerait son royaume pour que je le sois. Nous allons lui envoyer le corbeau avec un message et quand il saura que j’ai trouvé le pays du bonheur, ses larmes d’inquiétude deviendront des larmes de joie.
Ainsi firent-ils.
Jean de l’Ours cessa de poursuivre la fortune puisqu’elle lui était tombée en la personne de sa princesse bien-aimée.
Il employa désormais sa grande force à cultiver, à bâtir ; il fit de son pays le plus beau qui soit sur la terre.
Jean de l’Ours et la princesse vécurent dans l’abondance et élevèrent une nombreuse descendance de bâtisseurs : tous garçons forts et bons comme leur père, toutes filles joyeuses et belles comme leur mère.
Ainsi se conclut cette histoire de fantastiques aventures. Et, à nous qui l’entendîmes conter, il plaît à croire que le berceau d’où elle est née est notre beau village : pépinière, comme chacun sait, de garçons si robustes et de filles si avenantes, qu’ils pourraient bien être les descendants directs de Jean de l’Ours, le bâtisseur, et de sa belle princesse, arrachée de sa profonde et lointaine ville de marbre.
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Maux divers :
La vie besogneuse des manants de chez nous ne fut pas toujours exempte de maux. Au début du XIIe siècle, pestes, guerres, famines viennent anéantir les espoirs de nombreux habitants. Après les famines de 1106 et 1345, les pestes de 1349, 1400 et 1523, la terrible épidémie de peste noire d'août 1668 s'étend partout avec une rapidité effrayante. Dans les campagnes privées des secours de la science, les ravages sont énormes et la misère affreuse. Dans les villages voisins bas et marécageux tels Lesdain, Wez, Howardries, il reste à peine quelques familles. Tintegnies est aussi durement touché. L'enterrement des pestiférés a lieu la nuit, sans aucun cérémonial religieux par des équipes spéciales avec qui il est formellement interdit de communiquer. Divers itinéraires leur sont imposés; une ruelle qui relie l'ancienne rue des Chasses à la rue de l'Eglise en a conservé le souvenir : les vieux de chez nous l'appellent encore "l'voie des morts".
Loin d'améliorer la situation, le règne de Louis XIV amène des guerres désastreuses. Les soudards des diverses armées, traversant notre région, se livrent à toutes sortes d'exactions, pillant et mettant le feu aux habitations et aux fermes; c'est à cette époque qu'est mis à sac et incendié le château des Bernard. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, la famine apparaît très vite en 1694.
Ajoutons encore que la campagne de 1709, fut aussi pour la région excessivement meurtrière. Témoin cet extrait de la chronique d'alors.
"Une violente gelée, telle que de toute souvenance on n'avait jamais vue, commença la nuit de la fête des Rois, et dura jusqu'au 20 mars.
Après un dégel d'une journée, elle reprit avec une nouvelle vigueur et se prolongea bien avant dans le mois d'avril. Alors il tomba une neige abondante qui venant à se fondre à l'ardeur du soleil, glaçait la terre par le froid âpre des nuits …
Des personnes saisies de froid tombaient mortes le long des chemins; des sentinelles furent retrouvées gelées, des cavaliers tombèrent sans vie de leur cheval et l'on trouva des familles entières asphyxiées dans leurs chaumières. Les loups et les renards entraient dans les demeures pour se mettre à l'abri du froid. Dès qu'on vit qu'il n'y avait plus de moissons à espérer, le blé enchérit tout à coup et d'autant plus qu'il fallut fournir les magasins pour les armées.Aussi ce qui valait auparavant 8 et 10 livres la rasière, monta au-dessus de 80.
La disette fut très meurtrière et le magistrat de Tournai prit toutes mesures pour éviter la famine. De son côté Louis XIV prit contre les fermiers un édit qui ordonnait la visite des fermes et exigeait des fermiers, marchands et cultivateurs, une déclaration exacte de toutes denrées qu'ils avaient en magasin, sous peine de galères ou de mort. Il fallait que le mal fut bien violent pour recourir à de pareils remèdes."
Devant tant de vicissitudes, il est naturel qu'il y ait eu au Moyen Age, à Tintegnies, de nombreux indigents.
Il existait dans la paroisse, en 1437, une organisation de bienfaisance en leur faveur. C'était une fondation de Guillaume Bernard, chanoine de Tournai. La Table des Pauvres, dite aussi Table du Saint-Esprit, secourait les ménages considérés comme devant être "aidés de l'aumône commune".
La Table des Pauvres de Tintegnies possédait diverses rentes foncières en grains, affectées sur des héritages aliénés à cette condition et sur divers apports des fermiers. La distribution des secours était faite tous les ans, le 21 décembre, fête de Saint-Thomas. Les biens communs des pauvres étaient gérés et administrés par le bailli et le pasteur. Ce dernier avait mission d'annoncer la distribution des aumônes le dimanche précédent, au prône de la messe dominicale; c'était par la même occasion l'avertissement aux fermiers "qu'ils avaient à apporter leurs grains à l'ordinaire, dans l'église" où se faisait le partage.
A ces pauvres émargeant à la charité publique, "il était interdit de fréquenter les tavernes ou autres lieux où l'on joue et l'on boit, sous peine de fustigation, de privation de secours ou de bannissement".
Ces dons furent abolis par édit de l'Impératrice Marie-Thérèse le 22 décembre 1755; à titre privé, le baron Le Clément de Tintegnies continua les secours. Monsieur Henri Crombez était encore en 1941, le chevalier de cette œuvre charitable; ses protégés indigents touchaient chaque année vers la Noël un bon de 50 francs et quelques sacs de charbon ou de bois de chauffage.
D'autre part, le baron Le Clément de Saint-Marcq avait mis à la disposition des pauvres veuves du village, une maison sise au "Jeu de Balle" alors la Place. Cette maison qui prit le nom de l'abbaye Saint-Martin, présentait en 1865, des signes de vétusté et d'insalubrité très marqués. Il fut déjà alors question de procéder à sa reconstruction, mais on n'y fit que quelques réparations. En 1932, ce vieux bâtiment constituant un danger public, l'administration communale ordonna de le démolir et le terrain racheté par elle à l'Assistance Publique fut incorporé à la voirie.
En 1788, il y eut à Tintegnies une maladie contagieuse très grave. Les registres paroissiaux accusent à ce sujet une proportion particulièrement forte d'enfants fauchés par le fléau. On y découvre 54 décès dont 25 enfants de 0 à 15 ans, 5 jeunes gens de 17 à 20 ans, 24 personnes de 35 à 80 ans. Le mal avait pris tant d'ampleur que les Etats du Tournaisis envoyèrent les médecins Dumonceau et Maillet, ce qui leur coûta pour visites et remèdes : 168 florins 5 patars.
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Coutumes :
EN JANVIER :
Le jour de l’an : Comme partout, le jour de l’an continue à être fêté par grands et petits. C’est le jour par excellence des visites, des souhaits et compliments. Et nos petits enfants perpétuent la tradition des lettres de « bon an », lettres qui s’appliquent à la calligraphie de leur mieux sur des feuillets de fantaisie richement décorés. Ils le font avec d’autant plus de cœur qu’ils savent qu’au bout, miroitent les généreuses « étrennes » de parrain et marraine.
« Je vous souhaite une bonne et heureuse année et tout ce qui peut vous être agréable » entend-on invariablement dans chaque demeure, à quoi l’on répond « et vous pareillement ».
Sincérité des vœux ? Comédie ? L’une et l’autre, mais la coutume le veut ainsi. Chez nous, le nouvel an est aussi le « jour du facteur » qui, s’attardant plus que de coutume dans sa tournée, reçoit force gratifications en espèces, en reconnaissance de l’éreintant service qu’il s’impose durant l’année pour ses concitoyens.
Jadis, les enfants des familles moins aisées sonnaient à toutes les portes, y débitant la « formule consacrée » ; ce service spécial de « quémandeurs » a aujourd’hui disparu.
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L’épiphanie : Le soir de l’épiphanie, une belle tradition dont il faut déplorer la lente disparition veut que dans quelques familles l’on « tire » toujours les Rois.
Groupés autour du gâteau dans lequel le pâtissier a glissé la fève symbolique, les convives attendent gravement la minute de l’antique cérémonie où pour un soir, l’un deux sera Roi. On mange, on rit, on chante dans une atmosphère de chaude intimité, génératrice de folle et saine gaîté.
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Le lundi perdu ou lundi parjuré : Selon les historiens, cette fête pousse ses racines jusqu’aux temps moyenâgeux. En effet, au temps de Charlemagne, l’Empereur à la Barbe Fleurie, ce lundi qui suit l’Epiphanie, les Seigneurs assemblés en plaids généraux devaient prêter serment. Quiconque manquait à ce serment, était déclaré « parjure ». Un banquet clôturait la journée. Peut-être aussi s’en tient-on à la naïve légende suivant laquelle les « Rois Mages » qui avaient juré de révéler à Hérode la crèche de l’Enfant Jésus, prirent un autre chemin au retour et par là furent parjure à leur promesse.
Le lundi parjuré était à Taintignies le jour des « buveurs à l’œil », le cafetier régalant gratuitement ses clients. Jusqu’où va cette libéralité ? On ne le sait pas mais il semble toutefois qu’ils ne sont pas légion ceux qui en profitent. Les ouvriers d’aujourd’hui ont le respect de leur dignité et en général, ne voudraient nullement s’avilir en venant s’accouder au comptoir dans l’espoir et l’attente de « l’étrenne ».
C’est en famille que se passe surtout la soirée, par le traditionnel repas où le « lapin aux preonnes ou aux rogins » fait les frais de la table.
Il nous revient aussi, qu’il y a une cinquantaine d’années, le lundi parjuré était l’occasion pour les habitués de certains estaminets, d’un souper dit « fièt à moules ». Pour d’autres, c’était également un souper où l’on mangeait des haricots avec des tartines bourrées de saucisse.
Afin de mieux donner l’impression de « rempli » le centre des tartines restait libre mais par contre, deux bouts de saucisse dépassaient ostensiblement les bords. D’où le nom de « fièt’ à pierrots ou fièt’ à l’saucisse ».
Il va sans dire qu’on buvait force chopines dans la chaleur des gauloiseries et des chansons.
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EN FÉVRIER :
Février connaît encore, à la Chandeleur, les délicieuses crêpes dorées que les Tournaisiens appellent « Coucoubaques ».
La Mi-Carême s’efforce de réveiller un peu Carnaval mourant, bien pâle souvenir des grandes et bruyantes sorties d’autrefois et qui se manifeste pas un bal masqué assez endiablé où quelques travestis viennent semer quelques paillettes colorées de leurs chatoyants oripeaux et un peu de mystérieuse curiosité parmi les couples de danseurs.
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EN MARS :
Il y a à Taintignies, un sérieux concurrent à Saint-Nicolas : c’est Saint-Grégoire, principalement dans les écoles officielles, les écoles libres fétant Saint-Joseph.
Selon la tradition, la Saint-Grégoire, qui se célèbre le 12 mars, remonterait au Moyen-Age. L’usage voulait que les rares classes de l’époque fussent de l’effigie du saint.
Ce jour-là, il n’est, bien entendu, pas question de classe. Les enfants viennent toutefois à l’école. La matinée, ils se livrent à diverses attractions et jeux guidés par les maîtres. Qui de nous ne se souvient pas de Mathilde Leblanc à la démarche cahotante et de la toute ronde Rosa Dara qui venaient installer leur boutique ambulante sous le préau ?
En ont-elles vendu des « babeluttes » et des « surprises » ces braves vieilles amies des petits !
Une tombola gratuite organisée par l’instituteur en chef continue une ancienne coutume scolaire. Les lots consistent en objets utiles : livres de contes, cahiers, porte-plumes et quelques pièces d’argent. L’après-midi, si le temps est favorable, maîtres et écoliers s’en vont faire un tour de campagne et les échos répètent ce vieux refrain, lancé à pleine gorge :
In n’a cor jamais vu Saint-Grégoire
In n’a cor jamais vu Saint-Grégoire défoutu !
Vive Saint-Grégoire !
Saint-Grégoire est résolu !
Comme les maîtres sont aussi de grands enfants, ils continuent la fête enfantine à leur manière. Le soir, réunis chez le chef d’école, au milieu de copieuses libations et d’entraînantes chansons, ils enterreront proprement le grand Saint !
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DE MAI A SEPTEMBRE :
Pendant cette période s’échelonnent les quatre ducasses du village et de quartiers.
La « petite » du premier dimanche de mai coïncide avec un usage religieux toujours bien suivi : l’Offrande des fleurs à la Vierge. Le 14 juillet ramène la ducasse de l’Ecuelle. Le premier dimanche d’août, celle du Petit-Rumes et enfin le premier dimanche de septembre, la grande kermesse.
Les fêtes sont aujourd’hui trop nombreuses et trop communes pour qu’on s’arrête encore comme jadis aux ducasses qui constituaient à vrai dire, un événement sensationnel dans la vie villageoise.
Le public – la jeunesse particulièrement – est saturée de plaisir et ne bouge plus que sous l’attrait et l’aiguillon du « nouveau ». Nos petites kermesses locales s’en vont et là où, autrefois, il fallait jouer des coudes pour se frayer un passage parmi les bruyantes attractions de la place publique, il n’y a plus que quelques modestes échoppes foraines aux médiocres exhibitions, quelques étalages de jouets où s’attardent les mamans sollicitées par la pépiante marmaille qui, elle, réclame toujours.
La ducasse de l’Ecuelle a cependant tenté un timide essai de rénovation. Au souvenir de ce qu’elle fut dans le temps, un comité plein de bonne volonté mais auquel il manque une tête pour coordonner les diverses initiatives, s’est attelé à la tâche. Un pas encourageant a été esquissé et déjà l’on y revoit le retour de vieux jeux populaires, rendant à la ducasse de l’Ecuelle un atome du pittoresque d’antan.
Mais, c’est surtout la Fête du Petit-Rumes qui, éclipsant les autres, ressuscite une page de notre folklore.
Les Anciens Prisonniers de Guerre l’ont reprise à l’actif de leurs œuvres sociales et c’est sous le vocable de « Kermesse wallonne de la F.N.A.P.G. qu’elle s’impose au public qui ne manque pas de lui réserver ses faveurs.
L’endroit ? Ce n’est plus la rue, comme autrefois mais un verger aux voûtes basses créatrices de fraîcheur et de douce intimité, un décor familial où viennent s’installer chaque année toutes les attractions des Fancy-Fair modernes : manège enfantin dernier cri, luxueuses buvettes – terrasses, stands diversement et richement achalandés auxquels le sourire des lampions et lanternes vénitiennes ajoute un air de grande foire.
Un spectacle original y constitue le clou des attractions et la magnifique fête champêtre s’achève par un grand bal de plein air où la jeunesse, évoluant sur un plancher miroitant, s’en donne à cœur joie jusqu’aux approches de l’aube suivante.
Fraîcheur et couleur, sain divertissement au service d’une œuvre de splendide solidarité, telle se présente et telle vivra désormais pour la gloire de la F.N.A.P.G. et le commerce d’un vivant et remuant quartier, la Grande Kermesse wallonne du Petit-Rumes.
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NOVEMBRE :
La Sainte-Cécile fut très populaire à Taintignies au temps de la prospérité des trois harmonies.
La célébration de sa fête était attendue avec impatience par les musiciens. C’était l’unique occasion pour les harmonies catholique et libérale de se produire à l’église au cours d’une messe solennelle qui attirait toujours la grande foule.
Après quoi, fleur de circonstance à la boutonnière, musiciens et nombreuse suite de membres honoraires, déambulaient par les rues du village, au son d’entraînants pas redoublés et après la visite des cafés se retrouvaient à la brune autour d’un plantureux festin. Avec la dissolution regrettable des sociétés de musique, la nouvelle formule recueillit la faveur populaire et ainsi naquit la « Coecilia » dont les présidents durent Messieurs Achille Derasse et Valère De Vulder. Digne descendante du regretté philanthrope Henri Crombez, Madame P. de Bosque, châtelaine de Taintignies en accepta la présidence d’honneur. Sa sollicitude envers la nouvelle phalange se concrétisa par plusieurs dons et un splendide banquet, offert au château, marque le beau départ de la jeune harmonie communale. Malheureusement, minée par une sournoise politique ressuscitant d’anciennes querelles intestines, la « Coecilia » en qui l’on avait fondé les plus grands espoirs, mourut cinq ans plus tard.
Nos bruyantes Sainte-Cécile sont mortes avec elle. Nos processions, nos 21 juillet, nos 11 novembre sont désormais des cortèges monotones et sans âme, à figure d’enterrement.
Tout au plus, nous reste-t-il comme manifestation de l’art musical, la Chorale Saint-Amand dont les membres dévoués ont à cœur de rehausser la grandeur et le mystère des cérémonies liturgiques; une page de vie rurale, avec elles, s’en est allée.
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DECEMBRE :
Quant à Saint-Eloi, il est encore vénéré par les cultivateurs, les forgerons et quelques ouvriers du fer, qui après la messe qu’ils ont commandée en son honneur, clôtureront la journée par le traditionnel banquet où, l’un et l’autre convive retrouve et chante ce vieux refrain :
« Neon,neon,Saint-Eloi n’est pon mort,
Car il vit encor,
Et l’on intind din les camps
Les échos les pu charmants. »
Avec Saint-Eloi, nous avons tiré le dernier feuillet des usages profanes du calendrier villageois. Les chapitres que nous venons de vivre en feuilletant le livre constamment ouvert de notre histoire et de notre folklore où le passé, à tout moment surgit dans le présent, où il revit avec ses joies et ses regrets ne sont-ils pas la poésie sincère de deux vies qui se chevauchent et se complètent ; l’une qui fut … et l’autre qui continue.
C’est l’amour et le culte de la tradition auxquels nous restons fidèles et qui, par leurs racines incrustées dans le Temps, veilleront à ce que ne s’éteigne jamais le feu mystérieux de la race et du Souvenir !
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Croyances populaires :
Nos ancêtres étaient superstitieux ; chaque bourg connaissait ses « guérisseurs » et ses « conjurateurs » de sortilèges et mauvais sorts. Il nous a paru intéressant voire amusant d’enquêter chez les personnes âgées qui de père en fils se souviennent … Ce que nous donnons ici ne devrait plus être cité que comme fantaisies poétiques.
Superstitions :
- Donner un couteau en cadeau coupe l’amitié.
- Qui casse une glace a sept ans de malheur.
- La rencontre de deux pies annonce bonne nouvelle, d’une pie apporte mauvaise nouvelle.
- Se trouver treize à table, y renverser du sel, y placer cuiller et fourchette en croix, passer sous une échelle, tout cela porte malheur.
- Entendre huer la chouette présage un décès proche.
- Voir une araignée le soir c’est l’espoir, le matin c’est le chagrin.
- Qui cuit le pain le vendredi saint est béni, qui lessive est maudit.
Conjurations et sortilèges :
Certains « remèdes » se sont transmis de génération en génération. Les maux sont « guéris » par des plantes, des animaux et des objets assez inattendus ; les « soins » sont souvent accompagnés de formules et d’incantations « magiques ».
- Les maux de dents : mettre la pointe d’un clou dans ou sur la dent malade et l’enfoncer ensuite dans le tronc d’un arbre ; ce dernier meurt, la dent se désagrège et tombe.
- Les verrues : Il faut ouvrir un oignon en deux et frotter la verrue avec chaque moitié ; l’oignon refermé est enterré assez profondément dans le sol et, lorsqu’il est complètement pourri, la verrue est disparue.
- Blessure avec plaie ouverte : Tremper des pétales de lys dans de l’alcool et les appliquer sur la plaie qui est ainsi désinfectée.
- Conjurer l’alcoolisme chronique : Faire boire au malade une bouteille de vin blanc dans laquelle on a introduit … une anguille morte !
Quelques mots au sujet des inhumations :
Nous avons relevé qu'entre 1752 et 1794, elles se faisaient presque toutes le jour suivant le décès. D'après quelques éléments glanés dans les usages funéraires des XIVe et XVe siècles, le défunt était enseveli dans un linceul de toile; parfois posé sur de simples planches formant civière, il était ainsi transporté et mis tel dans la fosse. Mais l'usage le plus général consistait à se servir d'un cercueil de bois, alors dénommé luisel. On distinguait le plat luisel, formé comme son nom l'indique, d'une caisse longue avec couvercle parallèle au fond et le luisel à crête ou haut luisel dont le couvercle avait la forme d'un toit à double versant, que surmontait d'ordinaire un crêtage.
Sur le cercueil se posait le drap mortuaire dont la couleur, ainsi que celle de la croix qui le décorait, variait suivant les époques. Au cimetière, une simple croix de bois surmontait le tertre; rarement de monument, car il fallait une permission spéciale de l'évêque.
Il était alors assez fréquent, surtout chez les riches, d'inclure dans le testament, la volonté d'être enterré en cercueil découvert et revêtu du vêtement des religieux Augustins ou des Frères Mineurs. C'était, parait-il, dans un esprit de grande humilité et de pénitence que le testateur choisissait ce mode d'ensevelissement.
Telle fut inhumée à Tournai, en 1461, Marie de Coudeborch, châtelaine de Floraing et de Tintegnies. Nous reprenons un fragment de son testament :
…."je veul et ordonne qu'aux dépens de mes biens, soit faict ung palle de vingt quatre aulnes de drap noir, à tout une croix de drap gris, à mettre sur la chivière où mon corps sera mis sus en habit de Augustins, descouvert"
D'autres aiment plus de fastes pour perpétuer leur mémoire, et Laurent de Tintegnies testa comme suit en 1464 :
…."volt et ordonne iceluy testateur avoir fait et assis en la chapelle dudit hospital S.Andrieu une Annunciation de deux ymaiges de blanque pierre, et chacune ymaige de cinq piès et demy de long parmi les capitaulx. Et voelt avoir dedens leditte chapelle, mis unq tavlet de pierre ou mur dessoubz ladite annunciation auquel tavlet soit escrite toute la fondation qu'il fait audit hospital en bonne lettre de forme et estoffée d'or; aussy que les dites ymaiges soient estoffées de peinture à ses despens, et que audevant desdites ymaiges soient mis et stachiés à ploncq deux chandelers de keuvre, à chacun ymaige ung …."
Le deuil se portait en noir; la présence des femmes était interdite aux funérailles. Cependant au XVIIIe siècle cette mesure était abolie car d’après les actes paroissiaux on voit la femme assister aux côtés de son mari à l’inhumation d’un enfant.
De même, la mise en terre du mari se fait en présence de la veuve.
« 1766. L’an mil sept cent soixante-six, le onze d’octobre est décédé en célibat Noël Bonnet âgé de deux ans et demi, fils de Noël, manouvrier et de Marie Alexandrine Delcourt, sa femme et a été unhumé dans le cimetière de cette paroisse le jour suivant en présence de sa dite mère laquelle a déclarée ne scavoir écrire ni signer et de Simon Favier, clerc de cette paroisse qui a signé le présent acte ».
Du Pont, curé,
S.Favier
Nous n’avons rencontré la formule « décédé en célibat » pour des enfants que sous le pastorat de l’abbé Du Pont. Sans doute s’agit-il d’une formule personnelle ?
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Le langage des lieux-dits, poésie des vieilles choses, menus faits historiques :
- La plaine du Pèlerin et le « Café du Pèlerin ». 
Il était jadis très fréquenté, car c’était le plus court chemin menant à Tournai. De nombreux pèlerins l’empruntaient pour se rendre au Mont de la Trinité. Il va sans dire qu’une petite halte au cabaret fraîchement blotti sous les tilleuls, s’imposait. Les années ont passé …. D’autres chemins sont nés …. Les pélerinages ont diminué et le cabaret a fermé sa porte accueillante.
La plaine du Pèlerin fut le théâtre d’autres combats. C’était dans l’après-midi du 24 août 1914. Les Territoriaux Vendéens qui défendaient Tournai se repliaient, talonnés par les soldats du Kaiser. Leurs effectifs, décimés, fuyaient en désordre vers le Sud. Et ce fut dans cette plaine, entre Willemeau et Taintignies qu’ils eurent un nouvel accrochage avec des Uhlans, éléments avancés de la 3e division de cavalerie allemande. Les « diables verts et gris » pénétrèrent dans notre village. De Willemeau, ils arrivèrent par les « jardins » et débouchèrent dans la Drève de Florent. Les soldats français épuisés, harassés, chancelant sous leurs « barda » fuyaient vers Clermaie et la frontière toute proche.
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- Sur la gauche, ce mamelon qui s’étire vers les terres de Longuesault dont on aperçoit l’élégante tour au travers d’un rideau de peupliers, c’est le Mont des Tombes. Cet endroit est reconnu sous ce nom au sommier du cadastre et dans de très vieux titres de propriété. Ici la tradition rapporte que, dans les temps anciens, fut livrée une des grandes batailles de l’Histoire. « Une armée royale, commandée par un guerrier de grand renom, y fut exterminée et le nombre de morts fut si grand qu’on creusa pour les enterrer des fosses profondes au pied de la montagnette qui depuis a conservé le nom de Mont des Tombes ». Cette légendaire bataille était appelée « Bataille de Dolant-Mont. Cela se passait en 575 et les deux armées en présence étaient celles de deux frères ennemis : Chilpéric, roi de Neustrie et Sighebert, roi d’Austrasie, petit-fils de Clovis. La reine Frédégonde, épouse de Chilpéric, apprenant que les troupes de Sighebert étaient en marche pour attaquer Tournai, soudoya deux jeunes officiers qui réussirent à s’introduire dans la tente de Signebert et le tuèrent. Les deux armées se rencontrèrent dans cette plaine et la victoire resta aux soldats de Chilpéric.Ce mot Dolant-Mont vient d’un vocable latin qui signifie Mont de la Douleur. L’évêque Mouskes, poète du chroniqueur du IXe siècle, n’ignorait pas le sentiment que réveille l’aspect des tombeaux. A cette montagnette anonyme recouvrant les dépouilles de nombreux soldats, il a voulu associer la douleur et la tristesse que sa vue doit évoquer dans le souvenir. Il l’a appelée Mont Dolens. Depuis le mot est devenu Dolant – Mont et Mont des Tombes.
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Le « Bosquet à fosses » ou plutôt ce qu’il en reste. Dans le temps, les paysans de Taintignies usaient beaucoup de la chaux pour amender leurs terrains. Or, le transport de celle-ci était très frayeux car il fallait aller la chercher sur les lieux de fabrication, à plusieurs lieues du village.
Les paysans-fermiers riverains de ce petit bois y découvrirent une terre qui, expérimentée, se révéla remplacer avantageusement la chaux si onéreuse. Ainsi la « marnette » du bosquet rendit service à leurs champs comme à leur escarcelle.
C’est depuis lors que l’on a dénommé cet endroit « Bosquet à fosses » à cause des excavations laissées par l’extraction.
Il faisait un été particulièrement tropical en cette fin d’août 1914 et presque partout les puits étaient à sec. On en retirait difficilement qu’une eau boueuse à l’aspect de café au lait et quelques âmes charitables et compatissantes tendaient à ces malheureux amis, cette mixture qu’avalaient pourtant avec délices leurs lèvres et leur gorge brûlantes de fièvre.
Plusieurs escouades de fuyards aux pantalons rouges avaient atteint le bois de Clermaie, quand éclatèrent les tac-a-tac nerveux et meurtriers des mitrailleuses auxquels répondirent quelques coups isolés des Lebel. Les Vendéens, croyant avoir trouvé une sécurité momentanée sous le couvert de la futaie, venaient d’être pris à revers par des éclaireurs ennemis en automobile.
Un de ces braves, grièvement blessé et perdant son sang en abondance, se traîna jusque chez Colette Morlighem. Etendu, dans la grange sur une couche de paille, il fut pansé, réconforté, mais il ne devait pas tarder à mourir. Le lendemain matin, des ouvriers de Guignies vinrent enlever sur une charrette, son corps rigide et glacé. Ses yeux vitreux que l’on avait omis de fermer regardaient fixement le ciel et reflétaient encore l’horreur du combat et des souffrances endurées.
En septembre 1944, lors de la libération de Taintignies, des soldats nazis qui dans un dernier sursaut de défense faisaient encore parler la poudre, se réfugièrent dans le Bosquet à Fosses. Des éléments de la Résistance qui s’étaient joints aux soldats américains les cernèrent et en captivèrent plusieurs. Quelques-uns de nos Taintigniens participèrent à ce coup de main ainsi qu’aux combats du Bois d’Ere …..
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- Le Trieu de Wailly. Avec la « rue de la Cavée » et « As Tumbes » (mont des tombes), la « rue de Wailly » figure sur une charte de l’abbaye de Saint-Martin de l’an 1264. A Wailly, le paysage change d’aspect.
On a l’impression d’être entré en Ardenne. Ce petit coin charmant est la petite Ardenne de Taintignies, tout comme la région de Renaix se nomme l’Ardenne flamande. Il faut y venir au printemps pour jouir du coup d’œil féerique de la floraison. C’est un coin de paradis blanc qu’offre le tableau des pommiers et des cerisiers en fleurs quand Mai est revenu.
Descendant le petit ravin, la tache d’eau qui miroite au soleil.est la Fontaine Saint-Amand, au fond du Marais Bauduin. Fontaine plus que millénaire au débit intarissable qu’ont ainsi nommées les moines qui exploitaient jadis les fermes de Taintignies. Les abbayes de Saint-Amand et de Saint-Martin y avaient plusieurs métairies fort importantes. On a conservé les vestiges de la ferme Saint-Martin, au Jeu de Balle ; la maison de Madame Jean Vermeulen et le vieux « fournil » de la maison dite du « Roknil ». De larges fossés et le « vivier » entouraient les bâtiments et les « Plats fossés »
Il en reste très peu de choses suite à la défaite de la Chevalerie française en 1302, à Groeninghe, défaite restée célèbre sous le nom de « Bataille des Eperons d’Or ». Dans le conflit qui opposait les Flamands à leur suzerain le roi de France, Tournai avait conservé ses sympathies à la France.
Or, au printemps 1303, les Flamands qui ont la rancune tenace s’attaquèrent à la ville et la sommèrent de se rendre. Les bourgeois de Tournai refusèrent et opposèrent une résistance opiniâtre. Le siège de la ville dura six semaines. Mais entretemps, le roi de France vint à son secours et il y eut une suspension d’armes qui dura jusqu’en mars 1304.
La trêve expirée, le roi de France, à qui il tardait d’effacer par un coup d’éclat la honte essuyée à Groeninghe, reprit les hostilités. Le 9 août, les Flamands se retirèrent vers Saint-Amand qu’ils livrèrent aux flammes, puis marchèrent sur Tournai. Ils se montrèrent sur les hauteurs de Warnave, rangés en bataille et prêts à combattre. Le manque de vivres les obligea bientôt à abandonner leurs positions et ils se replièrent vers Courtrai, non sans avoir incendié, la nuit qui précéda leur départ, les fermes qui appartenaient pour la plupart à l’Abbaye de Saint-Martin. La ferme de Taintignies n’échappa pas au pillage et aux flammes ; elle ne se releva jamais de ses ruines.
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- Le « Jeu de Balle » Les jeunes gens du village se livraient là, bien tranquillement au plaisir de la balle pelote. Mais le jeu de balle était autrefois la Place du village. De beaux platanes lui faisaient un magnifique dôme de verdure. Cet endroit était encore place publique en 1872. Il s’y trouvait une « Maison des Pauvres », en quelque sorte un hospice. Cette maison, longue et basse, s’élevait au bord du « Vivier » que longe le sentier. Les trois logements qui la constituaient étaient particulièrement destinés aux pauvres veuves de la Seigneurie de Taintignies. Telle était la volonté des chevaliers Le Clément de Saint-Marcq et de Taintignies. C’était le « Veuvet ». En 1932, cette habitation vétuste et menaçant ruines, a été rasée par ordre de l’Autorité communale.
Le nom du lieu est resté et il n’est pas un Taintignien adulte qui ignore où se trouvait le Veuvet.
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- les « Prés fleuris ou Prés féris ».

A gauche, la cuvette de l’Ecuelle,
à droite, le bas du Petit-Rumes où naît le Rieu des Prés qui, dans ce lit embaumé de menthes et de cardamines, dans le bourdonnement des abeilles et des libellules, promène son filet cristallin et chantant.
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- Le hameau du Petit-Rumes.
Les Petits-Rumois dépendaient jadis de la baronnie de Rumes. Il faut croire qu’ils se plaisaient mieux au contact des gens de Taintignies car ils réclamèrent à plusieurs reprises leur détachement de Rumes. Leur désir se réalisa en 1866 et dès lors, ils sont devenus Taintigniens. Ce sont de gais, vivants et bruyants concitoyens qui aiment rire, boire et chanter ! 
Dans la seconde moitié du XVe siècle, le Roi de France, Louis XI, était en guerre avec Marie de Bourgogne. Le Tournaisis dont faisait partie Saint-Amand, prit partie pour le Roi de France. Les Bourguignons résolurent de se venger et ils le firent en désolant le Tournaisis par leurs incursions au cours desquelles ils enlevaient meubles, bestiaux et même les habitants. Ils s’étaient emparés de Saint-Amand et la nuit, battaient souvent l’estrade des alentours.
A ce sujet voici donc ce que révèlent les pages de vieux parchemins :
« 1477, vendredi 14 novembre. Le vendredi quatorziesme dudit moys vindrent les Bourghegnons à Taintegnies, à Rumes et à Fromont, mais les paysans desdits lieux se assemblèrent et résistèrent à eulx tellement qu’ils en occhirent plusieurs et en prindrent chincq.
1478, mercredi 1er avril – Le mercredi premier jour du moys de apvril mil quatre cens soixante dix uit, après Pasques, environ quarante Bourguégnons bien montez vindrent à Rume et en plusieurs places et lieux de là entour, et y tuèrent aulcuns paysans quy se cuidèrent deffendre contre eulx, et en prindrent et en menèrent plusieurs autres et s’en rallèrent franchement chargés de butin.
1479, mercredi 29 octobre – Ce dit jour vindrent aulcuns Bourghegnons de devers Bercus, cuisans prindre le bestail de Rume et de Taintegnies, et de fait prindrent et emmenèrent ; mais les paysants les poursuievirent tellement que ils recouvrèrent leurs bestes et tuèrent aulcuns de yceulx et en amenèrent trois prisonniers à Tournai, desquels le ung estoit à car ayant la teste toute espautrée ».
Il parait aussi, qu’au Petit-Rumes, en 1815, quelques jours après la bataille de Waterloo, Napoléon au cours de sa retraite se serait arrêté et aurait déjeuné dans la maison qui porte actuellement le n°65, propriété du cultivateur Paulin Duplat. La demeure était alors occupée par un de ses ancêtres qui était cordonnier.
Encore au Petit-Rumes ….. Au terminus de la Digue, juste à la limite de Rumes et de Taintignies existent les restes d’un petit pont sur lequel tout le monde passe sans se soucier qu’il y eut à cet endroit bataille pour sa possession : c’est le Pont Délivré.
Selon Madame Catherine Debaucque, une vénérable vieille, ce pont avait, avant d’être détruit, fort belle allure avec des garde-corps et des ornements de bronze et de cuivre. On retrouverait certainement des tombeaux et des armes si on faisait des fouilles alentour, raconte la vieille dame qui dit tenir ces renseignements de son grand-père.
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- La rue Bonnet.
Autrefois, là, il ne passait qu’un petit sentier reliant un coin de l’Ecuelle à la rue des Bois, en croisant le sentier de Pont-À-Planard. C’était alors « l’voie d’messe ». Tu devines aisément pourquoi ?

Vers 1870, le sentier fut élargi, donnant naissance à la rue Bonnet en souvenir d’un des premiers et grands bienfaiteurs de Taintignies : le Docteur Bonnet.
- Et cette histoire de fabuleux héritage dont on a, paraît-il, tant parlé il y a quelques années ?
L’affaire Jean-Claude Bonnet a, en effet, beaucoup défrayé la chronique. Légende ou réalité ? Histoire qui tient de celle des « Oncles d’Amérique » !
Jean-Claude Bonnet serait né en 1708, à Taintignies.
Alors qu’il était encore un gamin âgé d’une dizaine d’années, Jean-Claude, petit espiègle comme beaucoup de garçonnets de son âge, tua le chat du curé.
Ce n’était pas un bien grand crime, mais ses parents ne l’entendirent pas ainsi et il fut rudement fustigé.
Sans plus réfléchir, le petit gars quitta la maison paternelle, erra dans le pays et vint échouer à Anvers où il fut engagé comme mousse sur un navire faisant route vers les Indes.
Le bateau fit naufrage et Jean-Claude, fait prisonnier par les Malgaches, fut vendu comme esclave à une princesse de l’île. Quelques années plus tard la princesse trouvant fort à son goût son esclave européen, l’épousa.
Et voilà notre Jean-Claude devenu immensément riche !
Sans doute eut-il la nostalgie du pays natal ? Peut-être sa fugue du toit paternel le tenaillait-elle à l’idée du chagrin qu’il avait causé à ses parents ? Il leur écrivit, mais jamais n’eut de réponse. Furieux, il prit le parti de déshériter sa parenté de Belgique, pendant plusieurs générations. Jean-Claude le milliardaire mourut vers 1790. Les années passèrent …. Comme son testament d’héritage ne rendait sa fortune disponible qu’à partir de 1936, une nuée de Bonnet se lança à la curée. Tous les Bonnet de Taintignies, tous les Bonnet des environs, tous les Bonnet de France et de Hollande se découvrirent un parent en Jean-Claude et tous se prétendant héritiers avaient naturellement dressé leur arbre généalogique !
Pensez donc, une fortune aussi colossale – dont on ignorait évidemment le chiffre – ne pouvait être laissée à Madagascar !
Nous sommes en 1953 ; la fortune malgache n’a pas encore daigné sourire à la pléïade des Bonnet. Leurs illusions seraient-elles en passe d’être détruites ? Il paraît que de son mariage avec sa princesse malgache, Jean-Claude a quelques douzaines de descendants de couleur locale et qui, bien entendu, vont se disputer sa fortune là-bas.
Alors ? Fauché le rêve ! Fauchés les espoirs des Bonnet d’Europe !
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- La Déroderie Notre-Dame.
Jusqu’au XVIIIe siècle, les bois couvraient une grosse partie du village. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la carte de Taintignies relevée dans le chartier de Saint-Martin au XVIIIe siècle. La « rue du bois, dit Petit-Rumes » y mentionnée, ne paraît avoir aucune autre origine, à moins, disent certains, qu’elle n’ait un rapport avec le baron et seigneur de Taintignies de l’époque : Nicolas-François Bernard et du Bois.
Les ordres des maîtres du fief et les besoins de la culture amenèrent le défrichement progressif et continuel des futaies et taillis. De là le nom de « déroderie » découlant de l’action des manants. Le chapitre de Tournai y possédant des biens, le hameau prit le joli nom de «Déroderie Notre-Dame». Quant à Clermaie, il tire son nom de cette même action de « déroder » de l’habitant et avant tout des Seigneurs de Clermès dont il était le fief. Il eut jadis à la Seigneurie de Clermès plus de 80 hectares de futaies sur taillis. Le magnifique bois domanial est maintenant bien clairsemé.
Plus rien ne rappelle la vie seigneuriale d’antan et le moulin qui chantait dans son ciel est mort lui aussi, depuis bientôt un demi-siècle.
Le sentier continue sa course, tantôt se faufilant sous les tiges fluettes des herbes folles, tantôt réapparaissant avec sa vieille carcasse de pierre bleue qu’un rayon de soleil effleure.
Tout proche, voici la masse violacée du Domaine de Flines ; l’antique sentier s’y engouffre et se perd sous ses frondaisons. Ici, finit Taintignies.
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Par la « carrière » qui longe le parc, jadis dans ses bois, ses taillis et ses prés retentirent des longs appels des trompes de chasse et des aboiements des meutes poursuivant quelque cerf aux abois. C’est la Rufaluche aux confins de Taintignies, La Glanerie et Rumes. Des champs, des prés que coupent ou encadrent ça et là de sauvages îlots de verdure, des buissons épineux dont les ronces enchevêtrées accrochent leurs tentacules là où ils décident de rester …
Il y a bien longtemps déjà – c’était vers la fin du XVIIIe siècle, Damoiselle Phélippa, fille du Seigneur de Rumes, épousa le Chevalier Théri de Houffalize. Elle eut en dot une grande terre de trente et un bonniers, couverte de bois, à laquelle son mari donna le nom de Fief de Houffalize ou Hufaluise.
Plus tard, l’héritage passa aux Sires de Clermès et devint par la fantaisie des tabellions du moment : Hurphalus, Urphalus, Hurphalu, du Falu et finalement Rufaluge et Rufaluche.
Le rieu qui sépare un moment Taintignies et La Glanerie avant de se jeter dans l’Elnon, a pris le même nom.
Cela, c’est la réalité historique. Mais il est d’autres versions. Selon certaines personnalités, entr’autres Monsieur le Pasteur Amé Delcourt qui s’est livré aussi à des recherches au sujet de son village natal, Rufaluche proviendrait de la déformation d’un mot germain se traduisant par « Forêt antique ».
De vieilles personnes prétendent que la Rufaluche était le chemin qu’empruntaient jadis manants pour porter la dîme à leur seigneur, dîme qui consistait en une faluche. En notre patois une faluche est « une tindue ».
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- Taintignies possède un nombre imposant de ruelles et encore beaucoup d’entre elles ont été supprimées au cours des dernières décades.
- Ces ruelles portent toutes un nom caractéristique ; certaines sont désignées sous le vocable de « cache ». Ainsi disons-nous en patois l’cache de Florint, l’cache d’Etréelles, l’cache Madgi, l’cache du Moulin, l’cache Saint Martin et d’autres encore. Ce terme viendrait d’un mot allemand. Or, en allemand une petite ruelle étroite est une « gasse » les nombreux sentiers et ruelles qui sillonnaient notre village ont du être ainsi renseignés sur les cartes d’Etat-major durant les périodes de domination autrichienne. Notre langue qui n’aime pas le guttural aura vraisemblablement traduit par « cache » le terme « gasse » trop dur à l’ouïe.
- La rue des Chasses, aurait donc aussi la même origine Les vieux ne disent-ils pas toujours : « à zé caches? » C’est pourquoi, la rue des « Chasses » ne doit pas avoir un rapport avec la limite des terrains de chasse des anciens seigneurs de Taintignies, Guignies et Clermès.
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- la rue Muchevache. Il paraît qu’au temps des occupations autrichiennes et napoléoniennes, cet endroit alors très broussailleux de l’Ecuelle, aurait été une cachette idéale où l’on camouflait des bovidés réquisitionnés par l’occupant …
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Voici mentionnées ci-dessous quelques personnes âgées et certainement décédées qui ont permis de citer ces quelques renseignements sur les lieux-dits :
Casimir Debaisieux, dit Tintin, le chef de file des grands-papas du village, invariablement coiffé de son petit béret noir, faisant à pas menus sa promenade quotidienne. Casimir porte allègrement ses nonante ans. Il a bien travaillé et bien peiné, le bon vieux ! Il a bien voyagé aussi ce rude maçon qui porta la renommée de nos ouvriers jusqu’à Moscou.
« Le travail, aimait-il à raconter, n’a jamais tué son homme et d’ajouter avec une pointe malicieuse : « la petite goutte non plus ! Oh ! ce que j’en ai avalé …assez pour faire tourner un moulin ! Et voyez-vous, je suis toujours là … bon pied, bon œil ! »
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Louise Duquesne ou « Maman Delrue » était de quatre ans son aînée. Elle aussi, malgré les outrages du Temps et les vicissitudes de la vie, n’a pas courbé l’échine.
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Droite comme un I, elle paraît bien décidée à marcher sur les traces de notre vénérable Rosalie Moutury, la fascinante aïeule qui a atteint et dépassé le cap de ses cent ans.
Cent ans ! Une bien longue chaîne d’années qui comptent dans la vie de celui qui en porte le poids. Et bien rares sont les bourgades de notre pays qui célèbrent de tels anniversaires de leurs enfants.
Taintignies a eu cette bonne fortune. Aussi, les cérémonies qui marquèrent ce couronnement d’un siècle accompli et cette victoire remportée sur le temps, le mal et la mort, constituent-elles un remarquable fait historique local que les générations futures entendront conter avec plaisir.
Il y eut cependant, voici près de deux cents ans, une centenaire à Taintignies. Elle avait nom Clauda Devienne. C’est en feuilletant les pages poussiéreuses de nos registres paroissiaux qu’apparut son laconique acte de décès, lequel disait : « le 14 mai 1755 obit de Clauda Devienne âgée de cent ans. »
Mais revenons à Rosalie Moutury, grand tante d’Eloi Minet, et que Madeleine Gevers, poétesse tournaisienne, a surnommée la Rose de Décembre.
Rosalie vit le jour, en notre village le 9 mars 1852, dans une fermette de Clermaie toute proche des grands bois dont la masse sombre cache la frontière française. Fille de travailleurs de la terre, elle apprit de très bonne heure à peine dur. A 29 ans, elle unit sa destinée à un brave ouvrier maçon « Louis Pont-à-Chin…..
Depuis de longues lunes, les belles années de sa jeunesse et de l’âge mûr se sont envolées. La vieillesse est venue ; la solitude aussi car elle a perdu son compagnon de labeur.
Elle vivotait au fil des jours, en sa maisonnette du « Paradis » acquise jadis sou par sou et bâtie pierre par pierre.
Mais à cet âge vénérable un accident est si vite arrivé. Emu d’un isolement qui semblait crier à l’injustice, son petit-neveu, le bourgmestre Eloi Minet, la prit sous son toit.
Rosalie entendit sonner au vieux cadran
L’heure qui vint éclore une aurore bénie
D’où naquit radieux, le jour de ses cent ans !
Dans Taintignies en liesse, ce grand jour de la Centenaire allait dérouler ses fastes au sein de l’allégresse générale.
La rue de l’Eglise, la Place et la rue des Bois avaient revêtu leur parure des grandes fêtes : pas une maison sans drapeau ; des oriflammes partout, des arcs de triomphe et des fausses portes aux tresse de lierre piquées d’innombrables drapelets tricolores, des calicots de bienvenue où se lisait en lettres de feu : « Honneur à la Centenaire ! »
Il n’est que 9 heures et déjà, devant la demeure du premier magistrat de la commune, une foule grouillante est massée. Le temps est gris et d’aucuns craignent l’ondée. Mais Rosalie n’a-t-elle pas dit la veille, dans son plus savoureux patois : « Ben oui, qui va faire bé. L’Bon Dî est avé mî et i m’a toudi donné c’que j’li ai demandé. »
9h.45, les cloches paroissiales sonnent à toute volée et le long ruban du cortège se déploie. La gendarmerie ouvre la marche et derrière elle, quelques cavaliers précédant la longue colonne des enfants des écoles. Voici que s’élèvent dans le matin gris, les claires sonneries de la Fanfare de Froidmont. Allègrement entraînés, jeunes et vieux scandant le pas, remontent la rue des Bois, toute jonchée d’herbes et de fleurs. Voici les chatoyants drapeaux aux ors rutilants de la F.N.C. , de la F.N.A.P.G. , de la Résistance et des « Coulonneux » qu’accompagnent de nombreuses délégations. Plus lentement, mais voulant se mettre au diapason, s’avancent les pensionnés, honorables vieux et honorables vieilles dont les yeux brillent de joie et de fierté. Voici le personnel des Postes et des Contributions, le Comité de l’Assistance Publique, le Clergé et l’Administration Communale, voici enfin, notre centenaire, Prospérine-Rosalie dans ses atours du bon vieux temps.
Toute fière, toute heureuse, elle trône auprès du Bourgmestre dans la luxueuse voiture décapotable que le Docteur Bastien a mise à sa disposition. La limousine roule lentement, sans heurts. Répondant aux vivats qui fusent de toutes parts, la Centenaire agite gentiment la main et arbore son plus beau sourire. Spontanément, une haie d’honneur s’est formée. De tous les seuils, de toutes les fenêtres partent des « Vive Rosalie, vive la Centenaire. Et ainsi arrivera à l’église, le joyeux cortège.
La coquette église de Saint-Amand est archi-comble et jamais, de mémoire d’homme, elle n’avait connu une telle affluence de monde. La Centenaire a pris place dans le chœur, où elle entendra une messe solennelle chantée en son honneur par la chorale paroissiale …
L’office est terminé et c’est à présent, une indescriptible cohue à la sortie, malgré le service d’ordre qui s’efforce de contenir cette foule manifestant son admiration et dont les éléments veulent tous être en première loge.
Madame Rosalie Moutury s’arrête un instant sur le perron. On a tout loisir de la contempler et les reporters d’enregistrer de nombreuses images du souvenir.
A l’école communale des filles où va se poursuivre la cérémonie d’hommage, la vénérable vieille est installée sur le seuil, encadrée par les étendards patriotiques. Près d’elle, tout souriant le Bourgmestre vient de ceindre l’écharpe. On se presse, on joue des coudes, gendarmes et agents eux-mêmes sont pris dans le remous et force est bien à l’autorité de rester prisonnière dans cette sympathie débordante. C’est le moment des discours. Et voici un jeune élève qui, au nom de ses petits condisciples, va dire à Rosalie ce que les enfants ressentent pour elle en cette mémorable journée. Ecoutons-le …, tandis que les yeux restent fixés sur l’aïeule que l’émotion gagne au fur et à mesure que les phrases expriment la pensée de l’enfant :
Chère Centenaire,
En cette matinée dominicale, Taintignies est en fête. La joie court par les rues. Toute la population est fière de vous et les cœurs battent à l’unisson pour acclamer sa vénérable Centenaire. Tantôt l’imposant cortège qui vous escortait vous a permis de parcourir une fois encore le centre de votre cher village. Par les rues soigneusement pavoisées, sous les arcs de triomphes édifiés, il vous a conduite à l’église où vous vîntes si souvent jadis. Les notes joyeuses de la musique, le son de la cloche paroissiale, la voix grave des orgues, tout cela a bien dû vous émotionner et vous dire toute la chaude sympathie dont nos concitoyens vous entourent . Au nom de la jeunesse scolaire de Taintignies, permettez-moi de vous adresser toutes nos félicitations, de vous apporter le témoignage de notre profond respect et l’assurance de nos vœux de santé.
Tendres fleurs à peine éclosent à la vie, nous n’avons qu’une vague notion du temps. Insouciants, inexpérimentés, nous avons peine à réaliser la somme de joies, de soucis que comporte une vie séculaire. Trop jeunes encore pour vous bien connaître, vous n’êtes cependant pas une étrangère pour nous. Nos parents, nos maîtres nous ont parlé de vous. D’ailleurs, en ce jour béni de votre anniversaire où il nous est donné de vous contempler de près, bien des choses nous parlent : les bandeaux d’argent de vos cheveux, les rides qui sillonnent votre front, le clair regard de vos yeux bleus, le fin sourire malicieux de votre figure joviale, tout nous fait deviner les traits dominants du long déroulement de vos jours sur la terre. Il nous est facile d’y lire l’histoire de votre vie et de relever les vertus qui l’honorent : l’amour du travail poursuivi avec persévérance, ténacité, le goût de l’ordre joint au souci d’une propreté méticuleuse, âme simple, droite, probe, pieuse, aimant à vivre en paix.
Tout ce faisceau de nobles qualités constitue sans aucun doute le secret de votre bonheur et de votre long pèlerinage terrestre. Pour nous, jeunesse, nous y trouvons aussi un riche héritage de beaux exemples à suivre et de vertus à imiter.
C’est pourquoi, Chère Centenaire, vous avez bien droit à tout notre respect, à notre profonde vénération. Ce sont les mêmes sentiments qui nous animent en ce beau jour et forment en votre intention des vœux ardents de santé. Que la divine Providence continue à veiller sur vous, à vous accorder une vieillesse heureuse, afin qu’il vous soit donné de conduire votre barque le plus loin possible par une mer calme et sereine. Votre nouveau foyer familial y contribuera certainement.
« Fasse que votre vieillesse longue et toujours honorée,
Soit, comme vos beaux jours, de nous tous entourés,
Que les doux sentiments écartent vos douleurs.
Et que vos derniers jours soient parsemés de fleurs. »
A ces souhaits, Chère Centenaire, nous ajoutons ces fleurs que nous vous offrons comme gage de notre admiration et de notre respect.
Et vive notre Centenaire ! »
Une bruyante ovation et une vibrante Brabançonne ponctuent ce charmant discours et la remise d’une superbe potée de cyclamens.
Madame Delrue, la doyenne en second, vient alors offrir à son chef de file, de magnifiques fleurs et l’embrasse, tandis que s’élève des rangs des garçons, le beau chant de Jacques Dalcroze : « Ma grand’mère ».
Et voici, à son tour, le Bourgmestre qui exprime le sentiment de la masse de ses concitoyens :
« A titre de Bourgmestre de la localité, aussi comme parent et ami, je me fais un impérieux devoir de vous féliciter et de vous adresser au nom de toute la population, un hommage affectueux et sympathique. Tout un siècle a passé : les jours, les mois, les ans, ainsi que les orages emportés pas le vent. Mais vous, chère concitoyenne de Taintignies, vous, fille de travailleurs de la terre, vous à laquelle les journaux régionaux et locaux ont fait une renommée nationale, vous, notre bonne Rosalie, vous avez, tout comme le chêne de la forêt, qui ombrageait votre jeune existence, vous aussi vous avez résisté …. »
Monsieur Minet poursuit en lui souhaitant vivement de rester encore de nombreuses années au sein de notre gai et bon village.
« Où sont, Rosalie, les belles années de votre tendre enfance ? Où sont vos amis, vos chers parents, votre mari ? Où sont tous ceux de votre génération ?
Tous reposent en paix, à l’ombre du clocher, clocher que vous avez vu s’élever et d’où sonne aujourd’hui allègrement l’heure heureuse de vos cent ans, dans un rayon de grande paix et de liberté.
Il lui dit sa joie de constater que le ciel l’a dotée d’une longue vie pleine de santé, exempte d’infirmité, vie toute sereine et lucide, au cours de laquelle elle a tant travaillé et qui connaît aujourd’hui la belle manifestation de tous les habitants accourus pour la fêter. Car tous sont là : du plus petit au plus grand, du plus jeune au plus vieux, tous sont venus pour la voir et la fleurir.
« Avec les enfants des écoles conduits par leurs instituteurs et leurs institutrices, continue le Bourgmestre, nous saluons les braves et vaillants combattants de 14-18 qui ont tout donné pour que la liberté nous soit rendue ; oui, ils sont là sous les plis de leur drapeau, avec une pensée toute pieuse et un gentil souvenir. Nous saluons aussi les courageux prisonniers de guerre et résistants, tous ceux de 1940, le cœur encore serré du souvenir de leurs souffrances. Plus jeunes, oui, mais mûris avant l’âge, eux aussi ont tant souffert pour que la paix soit reconquise.
Et près, les membres du Clergé, Monsieur le Curé et le Vicaire, toujours dévoués comme le bon curé de vos premiers printemps, et qui, comme lui, continuant la tradition sont venus vous saluer. Et pêle-mêle, jeunes et vieux, parents et amis, tous sont accourus de tous les coins du village afin de vous entendre, de vous écouter.
Rosalie, cent ans c’est si long pour un bambin de six à huit ans. Rosalie, un an c’est si long pour le combattant dans sa tranchée, Rosalie, un an c’est un siècle pour un prisonnier en son camp de concentration. Et vous, vous avez encore connu les combattants de 1830, ceux qui luttèrent pour notre indépendance nationale.
Enfin le Bourgmestre traduit ses remerciements :
« A vous tous, merci d’être venus, merci de votre générosité, merci de votre geste spontané et fraternel. Merci aussi à Sa Majesté notre jeune Roi Baudouin, qui a daigné s’associer à la fête de la jubilaire, en offrant un précieux présent que nous contemplons avec émotion et que nous apprécierons longuement.
Mais comme il convient de sceller cette amitié qui cimente les membres de toute une famille comme les habitants de toute une commune, l’Administration communale décide de vous faire don d’un gentil fauteuil dans lequel vous vous reposerez souvent. »
En souhaitant à la chère centenaire que ses dernières années soient exemptes de tout souci comme de toute infirmité pour qu’elle continue un agréable séjour parmi nous, le Bourgmestre, fortement ému, se penche enfin vers Rosalie :
Permettez-moi de vous embrasser au nom de toute la population fière et heureuse de compter une centenaire en son sein. »
De nouveau la Brabançonne et d’innombrables vivats qui partent de toutes les poitrines s’ajoutent aux applaudissements frénétiques. Rosalie qui vient de recevoir une magnifique gerbe de l’Administration Communale, décide de l’offrir en hommage à la mémoire de ces enfants de Taintignies qu’elle a tous vu naître et qui s’en sont allés dans l’Au-delà bien longtemps avant elle. La voici donc qui se fait transporter au pied de la stèle du Souvenir, toute proche, où de nouveau, une foule innombrable l’entoure. Deux anciens prisonniers de guerre l’aident à déposer religieusement ses fleurs. D’une voix chevrotante et toujours dans le patois qu’elle aime, elle prononce ces dignes paroles que les proches entendront :
« Cha, Ch’est pou les afants du village morts à la guerre. »
Elle revient à la salle communale où le vin d’honneur vient d’être servi. Dans son nouveau fauteuil de velours rouge, la Centenaire, toute rayonnante, lève son verre en disant : « A vo santé mes afants » ! Le vin pétille, les verres se vident et se remplissent, les voûtes de l’école résonnent des accords des valses, des mazurkas, scottisch, … La joie et l’entrain se donnent libre cours : la fête bat son plein et chacun, avec la brave vieille d’échanger et de tourner les feuillets du souvenir.
Elle s’y prête de bonne grâce, ayant souvent pour l’un ou pour l’autre quelque originale répartie. De la main, agitant son mouchoir blanc, elle scande la mesure de la danse.
« Il n’y a pas à dire, confie-t-elle à ses voisins de table, une musique ça fait vivre une société qui, autrement serait un enterrement. Ah ! J’ai bien dansé aussi, vous savez ! C’était le bon temps. » …
Et la fête continue …. Mais tout à une fin. L’heure du déjeuner est depuis longtemps passée. Le soleil jusqu’alors boudeur, vient de crever la nue et sourit à présent dans tout son éclat. Peut-être regrettant son humeur maussade du matin, a-t-il voulu lancer sa note joyeuse et c’est sous cette impression de clarté que chacun s’en retourne heureux de cette manifestation « jamais vécue » à l’honneur et à la gloire d’une brave aïeule du village.
Et beaucoup fredonnent en chemin, ce gai refrain qui rappellera longtemps encore qu’une femme de Taintignies a soufflé les cent bougies de son grand âge et monté la première marche d’un second siècle :
« Faites-en autant jeune graine,
Petites femmes du temps présent.
Faites-en autant, faites-en autant
Jeunes graines du printemps. »
Journée inoubliable ! Journée toute frémissante de la timide ardeur de mars et toute vibrante de la profonde affection de gens simples et bons qui ont mis tout leur cœur dans le délire de leurs acclamations. Journée enfin d’apothéose couronnant la gloire d’une bonne vieille de notre terroir et qui s’inscrira en lettres d’or dans es annales ….
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Anthroponymie et langage du terroir
Anthroponymie
L’anthroponymie est la science qui traite de l’origine, du sens, de la répartition et des transformations des noms de personnes. Disons tout de suite que, si la plupart de ceux-ci s’expliquent assez clairement, il en est beaucoup dont la provenance nous reste cachée soit par suite de leurs modifications, soit parce qu’ils sont dus à des circonstances que nous ignorons, à des fantaisies inexplicables dont nous ne pouvons retrouver la tradition.
La conquête romaine avait implanté chez nous le système anthroponymique en vigueur à Rome. Un individu était alors porteur de trois noms : un praenomen ou prénom, un nomen gentilicum ou nom de famille et un cognomen ou surnom.
Mais dès la fin du IIIe siècle, le christianisme, qui voulait faire disparaître ce souvenir du paganisme, le battit en brèche et s’efforça de lui substituer l’habitude d’un seul nom qui serait celui du baptême.
Du Ve au Xe siècle, cette appellation unique triompha. Cependant, il était très difficile de savoir qui était Joseph, Pierre ou Jean lorsque dans un même bourg, il s’en trouvait plusieurs porteurs de ce nom. Aussi, dès les premiers temps, le peuple, voulant distinguer l’un de l’autre, les nombreux Joseph, Pierre ou Jean, leur donna des surnoms tirés d’une particularité quelconque.
Du XIe au XVe siècle, s’implanta le système du double nom : nom de baptême suivi d’un surnom qui tendit bientôt à devenir héréditaire. Par l’organisation de l’état civil au XVIe siècle, les noms de famille (anciens surnoms furent définitivement constitués et les noms de baptême, dont le nombre devait aller en se multipliant, furent désormais nos prénoms.
A Taintignies, beaucoup de sobriquets sont encore d’actualité : nous avons procédé par classifications mais il appert que, si la plupart des étymologies proposées paraissent évidentes, d’autres sont beaucoup plus problématiques et il nous est quasiment impossible d’en proposer une explication quelconque.
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Noms donnés par diminutif du prénom :
- L’Avinture : Bonaventure
- Baptisse Gus : Baptiste et Auguste
- Bébert : Philibert
- Bénou : Benoît
- Béric ou Bérique ou Bérito : Albéric
- Berna : Bernard
- Cadi : Léocadie
- Cazi : Casimir
- Charlois : Charles
- Dami : Damien
- Dodor : Isidore ou Théodore
- Fifine : Joséphine
- Floribonne : Floribonde
- Florin : Florent
- Gélique : Angélique
- Gidore : Isidore
- Gustin : Augustin
- Gustine : Augustine
- Lalie : Rosalie
- Liénard : Léonard
- Lintinne : Florentine
- Loulou : Louis
- Manwis : diminutif de Maman Louise
- Marionne : Marianne
- Mathié : Matthieu
- Mérinne : Omérine
- Millier : Maximilien
- Minique : Dominique
- Monthé ou Mothé : Thimothé
- Néness : Ernest.
- Pryin : Cyprien
- Quaquinne : Catherine
- Riette : Henriette
- Sisile : Cécile
- Tasie : Anastasie
- Tibert : Philibert
- Tintin : Constantin ou Florentin
- Titisse : Baptiste
- Tuné : Fortuné
- Zari : Azarie
- Zef : Joseph
- Zénop : Zénoble
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Noms apparus d’un lieu bien défini :
- Au Taure : lieu dit à Taintignies
- D’l’Ecueux : Rue de l’Ecuelle
- D’eul Cafouillette : lieu-dit de la rue Crombez
- A l’descente de Guegnies : Rue descendant vers la place de Guignies = rue de Wailly
- D’Eperchin = originaire d’Esplechin
- De Floraing : de la rue de Florent
- Mont au Gris : lieu dit du village d’Ere
- D’Remme : originaire de Rumes
- Du Roknil : emplacement de l’ancien Roknil de l’Abbaye Saint-Martin
- Du Rossignol : lieu dit de Guignies
- D’Verdun : Originaire de Verdun
- Du Moulin : habitant face à un moulin
- Du Corbeau : domiciliés à la rue du Corbeau
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Noms tirés d’une profession :
- du Vicaire
- Tonnelier
- Marchand d’toiles
- Du Tailleur
- Sincier : fermier
- D’eul serre : il mettait les légumes dans les serres
- Au lancier : personne soldat chez les lanciers
- Receveur
- De la poste
- Pétrole : il vendait du pétrole
- Du peintre
- Du paveu : paveur
- Panneteux : fabricant de « pannes » (tuiles)
- Du Gor’lier : fabricant de harnachements de chevaux
- Du Gard’ : garde chasse
- Elagueur
- Docteur
- Eul’curé protestant : pasteur
- Du cordonnier
- Chambranl’ : fabricant de chambranles de portes
- Du bouchi : boucher
- L’abatteu : abatteur d’arbres
- L’accoucheuse
- Eul’champêt : garde champêtre
- Du clerc : clerc paroissial pendant 5 générations
- Poids et m’sure : il réglait les balances
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Noms nés par suite d’une particularrité physique, morale ou autre
- L’Anglaise : originaire de Flande occidentale, la population ne comprenait pas sa langue et croyait qu’elle parlait anglais
- Bas d’soie
- Bas bleus
- Basse patte
- Baudet
- Bazin : fabricant de vêtements en Bazin (matière utilisée à cette époque)
- Beckaert : ouvrier ayant remplacé sur son lieu de travail un chef de chantier nommé Beckaert
- L’Beusse : chaque fois qu’il partait travailler, il disait qu’il partait à l’beusse (à la besogne)
- Bonbons : tenancière d’un magasin chez qui les écoliers se rendaient lors de la Saint-Grégoire pour y acheter des bonbons
- Bonièome : homme gentil
- Du Bouc
- Bourbotte : il s’improvisait joueur de football comme un joueur de football de Lille de l’époque : un certain Bourbotte
- Eul’Brandlou : à l’école, il avait conjugué de la façon suivante : je brandèle avec un brandeloir
- Broc : Ce surnom provient d’un « exploit » qui a été réalisé par un couple CARETTE-BONNET qui, lors d’un concours de tir à l’arc a atteint et donc abattu la cible la plus haute du mât, cible que l’on appelait « le broc ».
- Ça biche : expression utilisée par Paul Debaisieux lorsqu’il rencontrait quelqu’un en route au lieu de ça va ?
- Calimèn’ : diminutif de caliménou (gâteau aux pommes: spécialité de Taintignies)
- Cantine : son habitation servait de cantine pour les ouvriers de la région
- D’eul capuche : en hiver, il se promenait toujours avec une capuche à grande visière sur la tête
- Draguéon : aïeule grande et forte à qui rien ne faisait peur
- Draguesse : cette personne dormait très peu, elle faisait son ménage la nuit après avoir travaillé toute la journée à l’extérieur. Elle était donc forte comme un dragon. Etant une femme : dragon devint draguesse.
- Des flamins : personne originaire d’Audenarde
- Fou
- Gaga
- Gentil ou genti ou gintil
- Gouja
- Grand Bâtise
- Grand Bri
- Grand Charles
- Grand Fleury
- Grand François
- Grand Jules
- Grand Roux
- Du Gris
- Gris Célin
- Gris Poil
- Gros Bec
- Gros Germain
- Laïoute : personne qui avait un défaut de prononciation et qui demandait « la route »
- Eul’Petit Homme
- Le Millionnaire : il aurait gagné 1 million de francs en jouant aux pronostics pendant ou avant la guerre 1940-1945
- Min bieau
- Monnou : la grand-mère de DEBAISIEUX Adèle, épouse LEMAINE François, tenait un café et Adèle devait aller chercher deul’ monnou (de la monnaie) pour les clients du café.
- Du Muet : muets de père en fils durant 3 générations
- Du nouvié jeu : le café, tenu par cette famille, a inauguré le premier jeu de fer au village.
- Lamour : la grand-mère chantait toujours la même chanson d’amour
- Patt’en l’air : cette personne était fortement boiteuse
- Petit Charles
- Petit Gros
- Queurtoudis : personne qui se dépéchait toujours
- Del’Rouss’
- Du Roux
- Petit Roux
- Grosse tête
- Tiett’de Bos = têtu
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Noms divers dont l’origine lointaine paraît inexplicable
Au Quinck, Baballe, Babasse, Badjette, Badou, Bagnon, Bahuy, Baillu, Bareon, Bassecour, Bateon, Du Baudin, Bazène, Béhot, Bélisse, Belle-Vue, Bénou, Bergié, Bergii, Bertielle, Bertchiell’, Berto, Beudeule, Bibi, du Bidet, Bigot, Bijanne, Bijette, Binette, Bit, Blanc, La Blanche, Eul’Blandara, Bois d’Boulogne, Boland, Bonjean, Bonsiva, Bouderlu, Boudule, Boulevard, Boutzan, Bouvier, Brandlou, Brésette, Brété, Brin d’glenne, Brinis, Brismure, Broud, Brunswick, D’eul Buresse, du Ca, Cabu, du Cacheux, Cacu, Cadebos, Caîn, Cajule, Carbonnelle, Carlintin, Carniel, Casino, Catesse, Catio, Céot, Chaize, Changomme, Chin, Chini,Chirot, Chou, Choulili, Cirque, deul’Clé, Bon Coin, Compère, Coq Poule, du Cordier, Coucou, mon Cousin, eul’couss, Crapeau, Croteux, La Cueillette, Dadoir, Damy, Daras ou Dara, Darqué, Degand, Degosse, Delattes, Delépienne, Delnatchi, Delobel, Denvinne, Desgosses, Eul’ Djun, Didin, Didine, Doudé, Doyen, Dropy, Duc, Dudarme, Duduc,Dulapin, Dulureon, Dunier, Duremmet, Durmeau, Dutcho, Dutiquet, Du Un, L’Escarbile, Estin, Etendard, Etout, Fan, Fergu, Fleur, La Fontaine, Fossier, 15 Francs, Frimentier, Furon, Gaillette, Garcheon, Garchou, Genvlu, Go, Graisse, Grévisse, Guénès, deul’Guogue, Houplain, Jambet, Jean Leck, eul’Joc, Jossinchou, Jouga, Juillet, Kidnou, Kien, Labedot, Lachou, Laguerre, Laitquio, Lapin, Lapiste ou Lapize, Laquette, Laquin, Laricot, Latutt’, Lautieau, Leck, Leuro, Lévêque, Lézime, Ligori, Lizette, Lodgieu ou de Lolieux, Lolomme, Louette, Luron, Mablonne, Madié, Mageotte, el’Magister, Magloire, Magnett’, Maître, Mangenne, Manique, Manna, Manné, Manwis, Maquère, Maréchal, Matgi, Mère de Dieu, Min Roi, Missaire, Monchois, Monn’doch, Monsier, du Moron, Mougine ou Mugit, Nanasse, Natchi ou Naqui, Neer, du Nierd, Ninin, Nisque, Nounou, L’Ogio, Ogette, Du Page, Paillasse, Paillou, Paisine, Panpan, Part, Pavillon, Péhot, Pélot, Pélou, Pendour, Pentchière ou Pett’ère ou Petchière ou Penn’tière, Péperss’, Perluquette, Perruque, Pétard, Pet’cho, Peutereut, Peut’peut’, Philogonn’, Piat, Piche, Pidinck, Pierre Talus, Piquet, Piquette, Pir’mett’, Piro, eul’Planeu, Poiff’, Pougnot, La Poussière, Pouyouyou, Préys, Prix un, Quaquinne, Quédic, Quélière, Quéline, du Queurt, Quifaitcha, Quine, Quinquin, Quinck, Raviett’, Riquiqui, Roguste, du Roi, Roross’, Rosette, Rucheot, Sagué, Saquin, eul’Sauré, eul’Sèque, ma Sœur, Soyeux, Spart, Stien, Suisse, Talus, Tasie, Tassou, Tatarte, du Taupier, Tchin, Tchio ou Tcho, Tiane, Tifélène, Tigens, Tinard, Tinette, Tinor, Tintine, du Tiquet, deul’Tiroir, Tirorosse, Tonneau, Toto, Toutou, Au Traineur, Tricot, Tron, Vazi, Ventde bise, Verdière, Vérin, Vinchent, Violon, Volant, Bonne Volonté, Wandrecq, Wintou, eul’Zéplin, Zinzin, Zoui.
Voici un mot de consolation pour ceux dont le nom leur rappellerait une origine trop triviale à leur goût ; qu’ils méditent ces deux vers de Voltaire :
« Les mortels sont égaux ; ce n’est point la naissance,
C’est la seule vertu qui fait leur différence. »
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Langage
La langue du terroir paraît être une combinaison des patois tournaisiens et d’Outre-frontière. Certains mots et expressions sont d’ailleurs totalement incompréhensibles pour les étrangers. Le parler « Taintignien », expressif et savoureux d’humour, n’est plus mis en pratique que par nos « anciens ». Nous ne pouvons ici, établir un dictionnaire complet des noms communs locaux ; nous nous bornerons seulement à citer ceux qui paraissent les plus significatifs.
- adeon : alors
- amon : chez
- au-dseur : au-dessus
- aveture : ensemble de champs
- banse : manne
- béote : chassis de toit
- bin seur : bien sûr
- birlouet : verrou
- brandlou : rouleau de pierre ou de fonte servant à aplanir le sol
- brokti : porte manteau
- cache : chasse
- cachi : chercher
- calimènou : tarte aux pommes
- camuche : clapier, niche à chien
- canterloi : pièce de charpente reliant 2 fermes
- caraco : pull
- carnarin : canari
- clitchett’ : crêpe
- cotron : jupe
- doxal : jubé
- écourchu : tablier
- facheauw : stère
- fourtchi : fourche
- galu : grand pot, gourde
- gardin : jardin
- grébillon : trottoir en dalles de pierre
- hoeuw : houe
- loeillot : œil de bœuf
- maroit : rouge-gorge
- pincheon : pinson
- quertin : panier d’osier
- rafourée : herbe destinée aux lapins
- rassarssir : repriser
- rinmucter : remonter la terre aux pieds des pommes de terre
- roctoir : rasette
- sarquéler : sarcler
- tchaiyère : chaise
- tortchett’ : petite torche en paille servant à allumer le poële.
- tourtelée : gaufrette
- tronème : trèfle.
Expressions :
- Y faut que j’voiche : il faut que j’aille
- Y againe : il regarde
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TAINTIGNIES DE 1830 à 1945
La dernière décade du XVIIIe siècle s'achève et dans l'ouragan révolutionnaire, s'effondrent les privilèges de la noblesse et du clergé. Le glas sonne sur tout un long passé de traditions séculaires qu'un peuple opprimé fait crouler. Les armées françaises annexent et occupent notre territoire. La jeune République confisque les grandes propriétés et les déclare biens nationaux.
A Taintegnies, les avoirs du Chapitre de la Cathédrale de Tournai, des Croisiers et de l'Abbaye de Saint-Martin sont morcelés et vendus aux petits cultivateurs pour une "bouchée de pain". Les biens du baron ne sont pas tellement réduits puisqu'en 1812, nous le trouvons encore propriétaire d'une respectable étendue de 150 bonniers de terre autour d'un magnifique château, remplaçant le vieux castel féodal, incendié, des Bernard.
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La révolution de 1830 et ses conséquences :
En 1815 la Belgique est réunie à la Hollande et ce mariage forcé ne s'avère pas heureux. Lassés d'être traités en parents pauvres, nos ancêtres déclenchent vite leur propre révolution et en 1830, forcent l'occupant à regagner son propre sol. Dans un écrit de l'époque nous relevons que trois volontaires de Taintegnies s'engagèrent et participèrent à la libération de la capitale.
Dès ce moment, le village connaît un nouvel essor. En 1807, Taintegnies comptait 1447 habitants; en 1812, on y trouvait 1468 personnes et 367 maisons. Le recensement de 1833 accuse une sensible augmentation puisqu'il fait apparaître 1929 habitants et 413 logements.
Comme monuments publics nous notons : l'église paroissiale et l'école primaire. La commune est aussi la résidence d'un notaire et d'un médecin.
L'agriculture occupe toujours une partie de la population. Les rapports statistiques révèlent 4 grandes fermes, 77 chevaux, 10 poulains, 450 bêtes à cornes, 20 veaux, 150 porcs, 300 moutons, 10 chèvres, 8 ânes et 4 mulets. La terre n'est pas très productive mais par le travail tenace des cultivateurs, elle devient vite rentable; l'amendement du sol se pratique au moyen de chaux et de marne.
Le dénombrement de nos industries, toujours en 1833, signale une briqueterie, 4 brasseries et 1 raffinerie de sel dénommée "l'Salinque"; 3 moulins à farine, 2 à drêche et 1 pressoir à huile, tous mûs par vent.
La frontière toute proche attire certains habitants à exercer une "profession" très lucrative: ils se livrent au trafic de denrées avec les contrebandiers français.
C'est aussi l'époque où quelque huit cent Taintegniens adoptent les métiers plus rémunérés de maçon, charpentier, carreleur, plafonneur et pratiquent l'exode journalier vers Tournai et les environs. Cette industrie du bâtiment est restée traditionnelle chez nous et l'expression "Taintignies, pays des maçons, foyer des ouvriers du bâtiment" a de longue date établi et consacré chez nos voisins d'Outre-Quiévrain et ailleurs, la solide renommée de nos ouvriers. Les diverses briqueteries et panneries locales sont d'ailleurs nées des besoins réclamés par ces "bâtisseurs". Nous reviendrons plus loin et en détail sur l'origine de ces derniers, leur mode de vie et leurs problèmes.
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La seconde moitié du XIXe siècle marque une avance constante dans le sillage du progrès : l'évolution accélère la mise en place d'institutions et de groupements nouveaux, le bien-être s'installe dans de nombreux foyers.
En 1850, Taintegnies possède une Garde Civique; en 1853, cette dernière forme, avec celle de Wez-Velvain, une compagnie commune. Les archives citent les noms du capitaine Pierre Devienne, du lieutenant Casimir Morlighem et du sous-lieutenant Jean-Baptiste Dubocage; les cadres comprennent dix sergents et caporaux. La Garde Civique va subsister jusqu'au 24 août 1914, date de l'arrivée de l'armée allemande au village.
En 1865, la commune compte déjà un bureau des contributions, un poste d'employé des Accises, une brigade de douane composée d'un lieutenant, d'un brigadier et de six hommes, une maison religieuse cent cinquante patentables et quelques gros propriétaires.

Ces raisons militent en faveur d'un bureau de postes et incite l'administration communale en 1867, à entreprendre les démarches qui aboutissent à l'établissement d'un bureau ayant rang de perception et qui devient le siège de transmissions télégraphiques.
Pour joindre la ville, une grande partie de la population emprunte l'ancien chemin d'Orchies à Tournai, par le Pèlerin, le Cavon et les Trois Tilleuls; comme bien l'on pense, le moyen habituel est la marche. Les plus aisés utilisent la diligence partant de la place et rejoignant la route de Douai-Tournai; prix des places : 0,50 francs. L'almanach du Hainaut de 1864 fait mention d'un service de messagerie qu'exploite le sieur Morlighem; le samedi, un attelage avec chariot relie Taintegnies au Parlement de Flandre, rue Saint-Martin à Tournai; on trouve encore trace de ce service en 1905. Reconnaissant sa grande utilité publique, l'administration communale l'amplifie et adjoint à l'exploitant les sieurs Jean-Baptiste Debaisieux et Philibert Rasseneur. La liaison fonctionne alors les mercredi et samedi de chaque semaine ainsi que les dimanches de la foire de la ville.
Tel est le visage de Taintegnies au moment où il effectue son entrée dans le siècle nouveau.
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Ce début du XXe siècle accentue la période de belle aisance commencée vers 1890.
L'ouvrier taintegnien vit heureux : il travaille dur certes mais il économise; beaucoup bâtissent leur maison et ce uniquement de leurs propres deniers.
L'année 1910 voit l'installation des premiers téléphones; apparaissent aussi les vélos et de curieuses machines révolutionnaires aux noms d'automobiles et de motocyclettes. Mieux!
Le fils de Monsieur Crombez, qui eut l'honneur d'être le pilote personnel du Roi Albert pendant la guerre 1914-1918 est un "mordu" de la mécanique volante. Son atterrissage, le 14 janvier 1913, à la pâture de Templeuve à Florent et ce, dans l'enthousiasme populaire, est resté légendaire. 
Dans le but de favoriser l'implantation de quelques industries rentables et accroître le développement local, Monsieur Adolphe Brébart, président du Conseil provincial, entreprend des démarches tendant à faire passer la ligne sur le sol du village. Il se heurte à la vive opposition des représentants de Froidmont, Esplechin et Rumes qui finalement, par autres influences, emportent la décision ministérielle du passage à Rumes via Willemeau-Froidmont.
En 1901, Monsieur Crombez, alors Bourgmestre et député, soutient un autre projet souhaité et admis par les autorités communales. Il s'agit cette fois, de la pose d'un chemin de fer vicinal reliant Péruwelz à la frontière et passant chez nous; une défavorable incidence budgétaire … bloque provisoirement le dossier dans les cartons administratifs! En 1911, le projet est repris, puis remanié sous la forme d'une extension de Wez à Rumes; mais là encore, la chance est réticente : les graves événements de 1914 annulent définitivement la réalisation du travail.
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La première guerre mondiale vient interrompre durant plusieurs années l'ère d'abondance où se complaisaient les habitants et paralyse de nombreuses activités. Le 4 août 1914 plonge maintes familles dans la désolation, leur arrachant soutien et gagne-pain : sur les 108 Taintegniens appelés à défendre le territoire envahi, six ne reviennent pas. Le 24 août, une terrible bataille, met aux prises les héroïques défenseurs de Tournai avec des éléments avancés de la 3e division de cavalerie allemande : 4 habitations sont détruites chez nous. A peine installé, l'occupant prend des mesures draconiennes et réquisitionne : il décrète la livraison immédiate de céréales, de 18 bœufs et vaches, de 15 porcs, de 10 veaux ainsi que de 15.000 kilos de foin. C'est le commencement d'un long calvaire de vexations, de cruautés, de privations jusque la victoire de 1918. Sur les "Champs d'El'Bail", situés Drève Saint-Martin, ils aménagent un vaste champ d'aviation d'environ 16 Ha, d'ailleurs intelligemment camouflé; malgré ce stratagème il sera quand même bombardé par les Alliés en 1918.
A côté du fermier, le petit journalier ne possède qu'un carré de terre et son jardin. Il élève soit une vache, soit quelques moutons ou porcs. A défaut de prairies, son unique vache tenue en laisse, paît journellement l'herbe le long des chemins; elle va, selon une vieille expression locale, "brouter ou pâturer à crête".
L'année 1916 voit la déportation des chômeurs. Quatre levées prennent 168 jeunes et adultes : 93 sont dirigés sur Sedan, le reste alimentent le bataillon disciplinaire Z.A.B. De ces martyrs, 18 perdent la vie et reposent à jamais en terre étrangère. Pour ajouter à l'horreur de la situation, la même année, l'ennemi prélève 108 têtes de bétail et 50 chevaux; de même, tous les objets en fer et en cuivre, la laine et autres produits sont livrés. De plus, suite à diverses perquisitions, de nombreux habitants doivent payer des amendes; l'administration communale est également taxée de 700 marks. Le pillage systématique des biens personnels continuera jusque la libération du sol national.
La population est affamée, sans ressources mais espère. En octobre 1918, les armées du Kaiser sont au seuil de la défaite; devant l'avance alliée, elles forcent encore les hommes valides de 16 à 60 ans à les suivre dans leur retraite et ce, durant trois semaines, moment de la capitulation de l'Allemagne. La joie est générale et en pensée avec les chers disparus, chacun panse ses plaies ou fêtes des retrouvailles.
Durant ces quatre années de terreur et de maux divers, nous ne pouvons clore ce récit sans faire état de certaines œuvres sociales nées du dénuement complet dans lequel vivaient la plupart des foyers:
1914 - Plusieurs organismes viennent en aide, aux nombreuses familles ouvrières affamées et sans ressources, situation pénible causée par la suppression totale de l'industrie du bâtiment.
1915 - L'administration communale réquisitionne du blé et des pommes de terre et distribue des rations équitables aux habitants. Elle organise aussi l'aide aux chômeurs et s'affilie au Comité National de secours et d'alimentation.
1916 - Les autorités communales toujours, créent le secours - travail; cette décision permet la mise en occupation des chômeurs et de pallier en leur déportation. L'aménagement de certains chemins est entrepris : un revêtement de graviers est ainsi constitué de la Digue à Florent, rue El'Bail, rue Cavée. Dans la même année, pour réprimer les nombreux vols et rapines dans les champs, elle instaure une police civile de nuit.
1917 - L'hiver 1917-1918 est excessivement rigoureux; la population, déjà bien rationnée en combustibles, obtient l'autorisation de ramasser le bois mort dans les diverses propriétés plus aisées.
1918 - À la fin des hostilités, la situation lamentable des familles, privées de tout, inquiète fortement les autorités responsables du pays. Elle amènera en 1920, la création de la "Goutte de lait" (organisme d'aide aux mères et nourrissons). A titre d'information, cette oeuvre disparue en 1930, sera remplacée par un contrôle mensuel des enfants en bas-âge par des infirmières spécialisées.
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Entre deux guerres …
La paix retrouvée ramène la prospérité. Le pays, ainsi que le Nord et l'Est de la France ont cruellement souffert; de vastes régions dévastées ont besoin de bras expérimentés pour effacer les ruines.
C'est à nouveau l'âge d'or où nos maçons, charpentiers, menuisiers, carreleurs et plafonneurs travaillent aux pièces, amassant des salaires inimaginables pour l'époque : 100 francs et plus par jour! Aussi, les cas de gaspillages sont-ils fréquents : dans les cafés, de jeunes écervelés allument ostensiblement leurs cigarettes avec des billets de cent francs.
Qui ne se souvient de ce taintignien qui, possédant une quarantaine de maisons dans le Pas-de-Calais, payait royalement des tournées générales de pétillant champagne et clamait en levant son verre tout pétillant : « Après moi, la poussière »!
Le nom, pas banal lui resta. Mais ce ne fut pas à sa gloire, ni à son honneur et encore moins à son bonheur, car, après « les avoir si légèrement dispersés », c’est dans la misère qu’il termina sa carrière.
Mais, en général, la majorité des habitants est heureusement plus sage. Ces derniers ont compris la nécessité et les avantages de l'épargne. De ce chef, beaucoup parviennent à améliorer leur situation matérielle en devenant propriétaires de leur maison; ils aspirent aussi à doter leurs enfants d'une meilleure situation tant intellectuelle que sociale.
Dès 1920, la classe ouvrière, soucieuse de la défense de ses intérêts, voit avec plaisir l'extension des organisations syndicales et des sociétés de secours mutuels auxquelles des membres adhèrent en masse. En 1926, une loi ayant réorganisé le service des pensions, une grande partie de la population inquiète de l'avenir, se fait un devoir de verser à la caisse de retraite.
L'agriculture connaît elle aussi, une sensible évolution grâce à un accroissement sérieux et constant : de nombreux bois défrichés livrent aux paysans de nouvelles et bonne terres cultivables.
Où est maintenant la charrue en bois à un seul versant ?

Et la sape ? Et le binoir ?
Pour ses champs, tout métayer a au moins sa jumelle en fer à double versant,
 
son extirpateur, sa moissonneuse-lieuse,
sa déterreuse et … pour les plus cossus, le tracteur qui éclipse la traction animale.

Hache-paille,machine à battre, trayeuse,

machine à moudre ont suivi la voie du progrès et dans plusieurs de nos métairies sont mûs par la force motrice.
Le sol est savamment et scientifiquement cultivé. Une intelligente et meilleure compréhension du métier guide les fermiers dans l’emploi judicieux des engrais, d’où intensification et rendement progressifs des récoltes.
1930 - Brusquement, après l'abondance dorée surgit la crise au visage noir et sa conséquence directe : le chômage. Et comme un malheur ne vient jamais seul, nos ouvriers ne peuvent plus travailler librement en France. La lutte pour la vie amène ainsi un exode vers les grandes villes belges; Bruxelles, Mons, Charleroi et Liège attirant des familles entières. Nous verrons plus loin, en diagramme, l'étude de la population : c'est dès 1932 que l'effectif total amorce un fléchissement régulier. La crise devient d'ailleurs un mal généralisé s'amplifient de jour en jour. L'Europe connaît des remous politiques profonds; certains pays voient s'agiter leur masse populaire en de sanglantes manifestations contre la vie chère et la faim; d'autres nations revendiquent des territoires et produisent des armes; un malaise inquiétant frappe les populations et ralentit les activités privées. Chacun se dit "De quoi demain sera-t-il fait? Et soudain …..
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La seconde guerre mondiale, moins d'un quart de siècle après la première, fait à nouveau déferler les revanchards allemands sur notre sol.
De suite, l'ennemi réédite avec un cynisme accru les tristes et douloureux exploits de la campagne précédente. Nos parents ont encore, fraîche au cœur, la souvenance des privations et des horreurs de ce qu'on a communément appelé "la drôle de guerre".
Environ six cents mobilisés, de nombreux prisonniers et déportés : une nouvelle liste de sept héros vient s'ajouter à celle, déjà trop longue du dernier conflit. Nous ne nous étendrons pas ici sur l'obscur et grandiose sacrifice de ceux qui sont tombés; nous ne relaterons pas non plus les mérites de ceux qui se sont battus au service de la Patrie; nos Soldats, Résistants et Réfractaires; nous ne retracerons pas les angoisses et les déchirements de notre population civile, durant cinq interminables années, sous la botte de l'arrogant occupant nazi. Tout simplement, pour tous ceux qui ont souffert et ne sont pas revenus, pour tous ceux qui ont "servi" sans défaillance et loyauté, deux mots ont tressé pour la postérité la plus belle et immortelle couronne de lauriers : "Honneur - Patrie".
Plus loin, avec le fonctionnement d'une administration communale et ses réalisations, le lecteur comprendra mieux le rôle joué par l'édilité qui a fait beaucoup, pour donner à Taintignies son visage d'aujourd'hui.
L'organisation d'une commune soulève des problèmes et connaît souvent des déceptions.
Et l’on songe avec regret et amertume à cette chute de population à 2777 unités en 1947 parmi lesquelles on compte encore aujourd’hui quelques centaines de chômeurs. Certes, de par sa situation particulière d’ouvriers du bâtiment, la commune ne peut atteindre l’échelon des économiquement riches ! La situation, malgré la crise eût été sans doute meilleure et l’essor plus grand, si nous avions eu quelques industries rentables et si le projet de chemin de fer passant chez nous, avait été retenu.
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TAINTIGNIES : "FOYER DES OUVRIERS DU BÂTIMENT".
1885 : Il n'y a pas de travail pour tout le monde dans la région. Force est aux jeunes de passer la frontière pour aller gagner leur pitance en France. Taintignies voit ainsi partir, l'un après l'autre, ses "gars du bâtiment".
Depuis longtemps la localité, comme les communes riveraines d'ailleurs, a été le berceau de ces spécialistes. On y trouve la terre glaise idéale pour fabriquer briques et tuiles. Les briquetteries et panneries de la Déroderie , de la rue des Bois, des Champs pourris, de Wailly et du Cimetière sont nées des besoins réclamés par la construction.
Il est donc logique que nombre d'habitants soient passés maîtres dans l'art d'utiliser cette ressource naturelle et par conséquent, dans celui de la construction.
Ce début d’un siècle nouveau fut pour notre riant village l’épanouissement d’une période de belle aisance qui avait commencé vers 1890.
L’ouvrier taintignien vivait heureux. L’économie n’était pas alors un vain mot. Son salaire était proportionnellement supérieur à l’actuel et le pouvoir d’achat bien plus étendu. Un petit exemple suffira à nous éclairer.
En 1903, un ouvrier de bâtiment gagnait 0,60 franc l’heure et faisait régulièrement ses dix heures. Ces six francs de « bon argent » correspondraient aujourd’hui (en 1974) à un salaire journalier de 250 francs. Quel ouvrier peut prétendre actuellement à telle aubaine ?
« C’était l’bon temps, soupirent avec regret, nos vieux ménages ».
La construction de l’habitation rurale était d’ailleurs fort encouragée et pour les foyers moins aisés, dès 1910, la Commune adhéra au « Foyer Tournaisien » pour l’érection des habitations à bon marché. Cette participation cessa en 1915 par suite de la crise financière créée par la guerre, mais reprit son activité en 1920, sous l’administration du premier bourgmestre d’après-guerre, le Docteur Moutury.
Les raisons d’un pareil essor sont aisées à déterminer. C’est l’époque où les charbonnages du Nord de la France et du Pas-de-Calais sont en pleine ascension. Leurs services métallurgiques progressent d’une façon rapide et continue et nécessitent dans leur périphérie la construction de nouveaux villages. Or, nos ouvriers se sont taillés une solide renommée auprès des entrepreneurs français qui se les arrachent littéralement.
Nos pères se souviennent toujours avec beaucoup de reconnaissance, du beau geste de leur châtelain Henri Crombez qui, pour manifester sa sollicitude envers la classe ouvrière, intervint avec succès auprès de Monsieur Dron, député-maire de Tourcoing et vice-président, de la Chambre française. Ses démarches furent beaucoup dans l’aboutissement de la Convention franco-belge de 1899, par laquelle nos frontaliers furent exempts du visa de passeport. Dès lors pour eux, l’entrée en France était libre, sans autre obligation que l’inscription au lieu de travail.
C'est l'époque héroïque. Tout jeune, nos maçons sont dressés dans le métier « qu’ils ont dans le sang ». Ces courageux partent pour trois ou quatre semaines, parfois plus. Les déplacements se pratiquent en train et à vélo; il en est même qui se rendent à pied jusqu'au chantier du moment! Ils sont sûrs d'être embauchés : "J'suis d'Tainchnies" disent-ils et … l'affaire est conclue!
Une vie de "chien" néanmoins. Pour leurs enfants qu'ils prennent avec eux sur le chantier dès l’âge de quatorze ans et même plus tôt encore, ils sont des moniteurs et des guides avertis. L’étude et la connaissance du plan sont un jeu pour la plupart d’entre eux. Une école est même installée qui fonctionne le soir et il est fort agréable de relever sur un contingent de sept cents ouvriers, une moyenne de 10% de conducteurs de travaux et de contremaîtres.
Les jeunes portent le bac de ciment ou de briques : ils sont les "domestiques" des maçons. Ceux-ci selon leur humeur, abattent un travail considérable ou … font la noce pendant deux ou trois jours; c'est en apprenant à rattraper le temps perdu qu'ils deviendront des champions de vitesse au cubage - journée. On paie le débutant six sous de l'heure, treize heures par jour officiellement; mais le plus souvent, le "petit" en fournit quatorze : pour "être bien" avec le chef d'équipe, il vaut mieux arriver à l'avance et rester plus tard pour nettoyer les outils. La pension coûte environ 40 sous par jour; la moitié du salaire y passe ….
Le manœuvre garde généralement sa condition durant deux années. Pendant ce temps il n'apprend rien, si ce n'est à monter et à descendre des échelles rudimentaires avec un bac sur l'épaule et ce … de 6 à 20 heures! Pour s'exercer à manier la truelle, le "jeune" se prive du repos de midi et fait des "extras" le soir.
Certains se spécialisent dans la construction des fours à récupérer le gaz, et l’on sait combien ce travail requiert d’une grande précision. D’autres se font bêtisseurs de hautes cheminées d’usines. Ainsi, la région de Paris, de la Lorraine et du Midi ; l’Allemagne et même la Russie, connaissent nos maçons qui implanteront, là où ils passeront, le slogan bien connu et qu’on est fier de reprendre « Taintignies, pays des maçons. »
Bien sûr, il y a les périodes d'intempéries, généralement depuis la Noël jusque fin février, début mars. En ces moments, les "gars" récupèrent, travaillent "au noir" ou encore, vont battre en grange pour … un franc par jour. "Congés payés? … connaît pas ! Lois sociales? … promesses !
On vise le rendement, on produit "aux pièces" : en quatorze heures, les bons maçons, avant 1914, parviennent à placer 2000 à 2500 briques, soit plus de 4 m³; à raison de 5 à 5,5 francs le mètre cube, la journée atteint facilement 25 francs. Mais comme ils doivent eux-mêmes payer leur manœuvre, ils s'arrangent entre copains. Trois maçons emploient ensemble deux "jeunes". Déduction faite de tous les frais, un "caïd" du bâtiment se fait l'équivalent, en valeur 1974, de presque 900 francs par jour!
Ceux qui parviennent à la maîtrise gagnent davantage. Pour accroître l'efficacité, tant productive que pécuniaire, ils forment des équipes familiales dirigées par un père, un frère, un beau-frère, voire un voisin. Esclaves volontaires, la "méthode" fait ses preuves : un groupe de cinq hommes édifie un pavillon de deux logements en une semaine … une semaine de six jours et demi, il est vrai !
Une petite ombre au tableau cependant.
L’on quitte le foyer familial pour plusieurs mois parfois. Les adolescents, livrés à eux-mêmes, ne réagissent pas toujours victorieusement contre l’emprise des mauvais penchants. Ils prennent facilement le chemin du cabaret et s’adonnent fatalement au plaisir de la boisson, histoire de tuer le temps.
A « Taintignies, pays des maçons » l’on peut dès lors ajouter : « et de bons buveurs » ! Et soit dit en passant, savez-vous qu’en 1914, il y avait encore chez nous deux cents cabarets ! Ah ! comme elle devait couler à flots la bonne bière du pays !
Le premier cataclysme mondial vient interrompre pour plusieurs années, cette ère d’abondance.
Mais avec la victoire, renaîtra, la prospérité qui se poursuivra jusqu’en 1930. Le Nord et l’Est de la France ont cruellement souffert et leurs régions dévastées ont besoin de bras expérimentés pour leur renaissance.
De 1929 à 1940, les ouvriers du bâtiment, selon qu'ils y trouvent leur avantage, travaillent tantôt en France, tantôt en Belgique. La crise des années 30, évoquée précédemment, diminue grandement l'emploi; et lorsqu'en 1933 Taintignies déclare 450 chômeurs, les responsables des allocations de chômage poussent de hauts cris et créent des difficultés pour le paiement des indemnités.
Après la seconde guerre, les entrepreneurs français, soucieux de s'accaparer une main d'œuvre dont ils apprécient la valeur, viennent chercher ces "irremplaçables" à domicile et multiplient les gentillesses : les firmes Bâtir, Rouzé, Caroni (qui fusionnera plus tard avec les entreprises Lecomte de Tournai), Savinel, Bruggeman et d'autres encore, se disputent les "gars" à grands renforts d'autobus, de camionnettes, et … de gros sous. Un bon maçon, avec des heures supplémentaires bien rémunérées, gagne plus que chez nous; la différence était de l'ordre de 30 à 40% quand le change était intéressant. Mais aujourd'hui ….
Les jeunes contestent; ils trouvent que "la vie de chien" ne doit pas être un lot héréditaire. Ils hésitent à choisir la même voie, la "vocation se perd". Des écoles professionnelles ont été créées mais pour les "anciens" qui en sont parfois devenus moniteurs, c'est "toujours au pied du mur qu'on juge le maçon". La hausse des salaires en Belgique contribue aussi à décourager les déplacements vers la France, où les avantages sociaux ont tendance à se stabiliser. Les facilités de transports vers les grands centres belges comme Bruxelles, Mons et Charleroi, la mécanisation poussée, les y attirent.
En 1963, sur les 270 "bâtisseurs" que comptait Taintignies, 120 étaient encore frontaliers. Aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une quarantaine à passer la frontière; les autres préfèrent une meilleure qualité de vie et … penser à leur pension en Belgique !
Pour clore l'histoire, les propos d'un "ancien" résument admirablement les durs moments :
"Maintenant je l'ai plus belle; j'aurais tort de me plaindre. On vient me chercher en voiture et on me ramène à la maison. Fini le temps où je partais pour quinze jours, deux mois parfois. Finies les routes à vélo sous la bourrasque, les trains du petit matin, la fatigue excessive. La belle époque, vous savez, c'est du folklore : c'était celle de la souffrance. Les gens heureux n'ont pas d'histoire … j'ai trop de souvenirs pour avoir été vraiment heureux …"
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ADMINISTRATION COMMUNALE : UTILITÉ ET FONCTIONNEMENT :
Origine des Communes :
Au Moyen Âge, du XIIe au XVe siècle, et ce dans les grandes agglomérations qui s'étaient formées suite à l'apparition du grand échange de produits en Europe Occidentale, les commerçants enrichis forment des groupements puissants qui prennent l'appellation de "gildes". Ces commerçants et ensuite les artisans constitués eux en "métiers" ou "corporations" réclament tout naturellement des privilèges économiques et des garanties de libre développement. Le moment est d'autant plus favorable que la puissance des seigneurs est fortement diminuée par les Croisades. Les villes, les unes après les autres, obtiennent non sans peines ces privilèges et deviennent des "Communes". En fait, celles-ci se transforment vite en états dans l'Etat sans toutefois parvenir à l'indépendance.
La période du XVIe au XVIII e siècle est marquée par les essais de centralisation du pouvoir des princes et les libertés communales subissent de rudes assauts. La révolution française de 1789 consacre les principes suivants :
1. élection directe des corps municipaux
2. deux missions du pouvoir local :
a. Mission d'intérêt local
b. Mission d'intérêt général (exercée par délégation)
3. une assez grande centralisation du pouvoir (les corps municipaux n'exercent leur action que dans un cercle fort limité).
La Belgique qui passa sous le régime français de 1794 à 1814, a conservé de ses voisins, les bases de son Droit actuel.
Le régime hollandais, de 1815 à 1830, accorde un peu plus d'autonomie aux Communes, mais y laisse cependant une moins forte empreinte.
La Révolution belge, par son décret du 8 octobre 1830, en définit l'aspect actuel. La Constitution élabore les principes essentiels relatifs au pouvoir communal c'est-à-dire :
- Élection directe (sauf le Bourgmestre)
- Attribution aux Conseils communaux de la gestion des intérêts exclusivement communaux. Autonomie communale limitée.
- Publicité des actes importants des Conseils Communaux
- Tutelle de l'autorité supérieure
- Sécularisation de l'État Civil.
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Questions et réponses
- Quelle est la composition d'une administration communale?
Il y a dans chaque commune, un corps communal formé du Bourgmestre, d'Échevins et de Conseillers.
- Quel est le travail :
Du Bourgmestre?
Le Bourgmestre est un magistrat; il est le chef de l'Administration communale et représente le gouvernement. Ses fonctions sont à la fois multiples et très importantes : il préside les réunions des conseils et du Collège échevinal (dénommé Collège communal depuis 2006). Il dirige la police et est chargé de l'exécution des lois et règlements. Il est nommé par le Roi, au sein du Conseil pour une durée de 6 ans; néanmoins, le Roi peut, suivant avis conforme de la Députation permanente, nommer le Bourgmestre hors Conseil et ce, parmi les électeurs âgés de 25 ans minimum.
Du Secrétaire?
Le Secrétaire communal est spécialement tenu de la rédaction du procès-verbal des séances du Conseil et du Collège, ainsi que de la transcription de toutes les délibérations. En outre, il s'occupe d'attributions nombreuses se rapportant aux objets indiqués dans la loi communale; il a la direction de tous les services administratifs et de ce fait, a droit au titre de premier fonctionnaire de la Commune. Il est nommé par le Conseil et son emploi est définitif.
Des Échevins?
Les Échevins sont des conseillers communaux auxquels a été conféré un mandat d'administrateur communal. Ils forment, avec le Bourgmestre, le pouvoir exécutif. Ils sont élus par le Conseil parmi ses membres, au scrutin secret et à la majorité absolue.
Des Conseillers?
Le Conseil règle tout ce qui est d'intérêt communal; il délibère sur tout autre objet qui lui est soumis par l'autorité supérieure . Il fait les règlements d'administration intérieure et les ordonnances de police communale. Le Conseil représente le pouvoir législatif de la Commune. La désignation des conseillers a lieu tous les 6 ans, par l'assemblée des électeurs et ce, en un seul tour de scrutin.
- Quel est le nombre d'Échevins et de Conseillers avant 1977?
Il y a 2 Échevins dans les Communes de moins de 5000 habitants, 3 dans celles de 5000 à 9999 habitants, etc.; limite maximum : 10 Échevins. Le Conseil communal, y compris le Bourgmestre et les Échevins, est composé de 7 membres dans les Commune de moins de 1000 habitants, de 9 dans celles de 1000 à 1999 habitants, de 11 dans celles de 2000 à 2999 habitants, de 13 dans celles de 3000 à 9999 habitants, etc.; maximum : 47 membres dans les villes de 300.000 personnes et plus.
- Quel est le rôle de l'Administration communale?
L'art.50 du Décret du 14 décembre 1789 relatif à la constitution des municipalités cite :
"Les fonctions propres au pouvoir municipal, sous la surveillance et l'inspection des assemblées administratives sont de régir les biens et revenus communs des villes, bourgs, paroisses et communautés; de régler et d'acquitter celles des dépenses locales qui doivent être payées des deniers communs; de diriger et de faire exécuter les travaux publics qui sont à la charge de la communauté; d'administrer les établissements qui appartiennent à la Commune, qui sont entretenus de ses deniers, ou qui sont particulièrement destinés à l'usage des citoyens dont elle est composée; de faire jouir les habitants des avantages d'une bonne police, notamment de la propreté, de la salubrité, de la sûreté, de la tranquillité dans les rues, lieux et édifices publics".
- Le pouvoir communal décide-t-il de tout se qui se passe sur son territoire ?
Le pouvoir doit respecter ce que l'on appelle les autorités de tutelle c'est-à-dire la Députation permanente et le Roi (représenté dans certains cas par le Gouverneur de la Province). L'art.75, dernier alinéa de la loi communale note :
"Les délibérations du Conseil ne doivent être approuvées par le Roi ou la Députation permanente du Conseil Provincial que dans les cas formellement prévus par la loi".
De plus, l'art.87 ajoute :
"Le Roi et, pour les Communes comptant moins de 10.000 habitants, le Gouverneur peuvent, par un arrêté motivé, annuler l'acte par lequel une autorité communale sort de ses attributions, viole la loi ou blesse l'intérêt général".
- Qu'est-ce que Fabrique d'église? Quels sont ses rapports avec l'Administration communale?
Dans chaque paroisse il y a une Fabrique d'église, composée d'un Conseil de fabrique et d'un bureau de marguilliers. On peut respectivement comparer ces assemblées au Conseil communal et au Collège des Bourgmestre et Échevins. Cette organisation date du décret impérial du 30 décembre 1809. La Fabrique d'église est chargée du temporel du culte : recettes, dépenses, gestion du patrimoine de l'Eglise. La Commune a le devoir de lui accorder une subvention annuelle pour suppléer à l'insuffisance de ses ressources.
- Qu'est-ce que le C.A.P. (dénomination d'avant 1977) qui porte actuellement le nom de C.P.A.S (Centre Public d'Aide Sociale) ? Quels sont ses rapports avec l'Administration communale?
La Commission d'Assistance Publique a pour mission de secourir les indigents et d'assurer le service hospitalier. Elle existe dans chaque Commune; ses membres sont élus par le Conseil communal, à chaque renouvellement de ce dernier. La C.A.P. est sous contrôle du Collège et, comme la Fabrique d'église, est subventionnée par la Commune.
- Quelle est la définition de fusion des Communes? Pourquoi cette décision?
Une fusion de Commune est la réunion de plusieurs agglomérations riveraines ou proches, décidée par un Arrêté royal qui doit être ratifié par une loi. Le but poursuivi est d'intégrer les petites Communes non viables en des noyaux plus grands, plus puissants et mieux équipés.
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Schéma de fonctionnement
Les électeurs communaux → élisent → Conseil communal → prend les décisions
↓ ↓
Elit en son sein ↓
↓ ↓
Les Échevins ↓
↓ ↓
Constituent → le Collège
↑ ↓
Le Roi →→→→→→→→→→→→nomme → le Bourgmestre les exécute
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TAINTIGNIES ……SON ÉCONOMIE , SES RESSOURCES
Agriculture
Importance des exploitations.
Janvier 1974 : Trente exploitations agricoles couvrent 675 des 932 hectares que compte le territoire communal.
Un relevé donne :
- exploitations de 0 à 5 ha : -
5 à 10 ha : 1
10 à 20 ha : 17
20 à 30 ha : 7
30 à 40 ha : 3
40 à 50 ha : 1
50 à 60 ha : -
60 à 70 ha : -
70 à 80 ha : 1
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Genre de cultures et spécialités
Les fermiers s’adonnent surtout à la culture des céréales et des betteraves sucrières. Le tableau ci-après, aussi de janvier 1974, signale :
243 ha de céréales
142 ha de betteraves sucrières
47 ha de pommes de terre mi-hâtives
25 ha de maïs à ensiler
8 ha de betteraves fourragères
4 ha de lin
202 ha de prés et prairies.
En spécialités, il faut indiquer la culture de la vigne et des primeurs sous serres et châssis.
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Cheptel
Toujours suivant une statistique de janvier 1974, l’importance du cheptel est représenté par l’effectif suivant :
Bovins : 1332 y compris 425 vaches laitières
Porcs : 185
Moutons : 40
Chevaux agricoles : néant.
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La technique agricole
Village gagné sur la forêt, Tintegnies est la terre d'élection des petites propriétés. Il est à remarquer en effet, que l'agronomie féodale a concilié la pratique de la petite culture avec le régime de la grande propriété. En général, chaque propriétaire ou locataire cherche avant tout à subvenir à ses propres besoins et dès lors peut se contenter des revenus modiques d'une culture extensive.
Le régime qui domine dans notre pays est l'assolement triennal (Brants - Histoire des Classes rurales, p.206). Ce système comportait nécessairement la division de la partie "ahanable" (labourable) de l'exploitation en trois parcelles, sur chacune desquelles se succédaient les trois termes de rotation, de façon que chaque domaine comprit constamment une partie de chaque espèce. Ces parties n'étaient pas rigoureusement égales; on tenait compte des avantages locaux, des qualités du sol, de son homogénéité; toutes règles élémentaires qu'on appliquait de très bonne heure. Rotation et assolement étaient obligatoires; il n'était pas permis au paysan de cultiver à son gré ou de changer le cours normal des cultures; il ne pouvait "ni desrouer, ni défroisser le sol". La jachère improductive resta très longtemps en usage dans nos provinces. Il est à remarquer que le régime de la culture extensive était en quelque sorte imposée par l'insuffisance des engrais. Le fumier de ferme devait être peu abondant et, comme le dit Brizon : "La paille était sacrée" (Histoire du Travail et des Travailleurs, p.258). Une grande partie en était réservée pour les pauvres; d'un autre côté, elle était affectée à des usages multiples : aux couvertures de la plupart des maisons, à la literie, aux jonchées d'hiver dans les églises et les salles des seigneuries. Parfois, une clause des contrats obligeait le paysan à fumer ou à amender une partie de terre, à époque strictement stipulée et fixée à un terme d'années multiple de trois, c'est-à-dire à une époque de jachère.
Les instruments aratoires restèrent pendant des siècles des engins tout primitifs, souvent façonnés en bois. Le "Viel rentier d'Audenarde" nous montre, entre autres choses, des bêches et une pioche avec une armature en fer; ce métal coûtait fort cher et était généralement réservé à la fabrication des armes. Aux XVe et XVIe siècles une charrue en bois valait trois francs; une charrue à essieu en fer, quarante six francs. Un tombereau sans ferrure coûtait septante francs; avec ferrure, deux cent dix francs. Le cartulaire des Rentes nous mentionne des charrues à quatre chevaux : selon toute vraisemblance, un instrument dont le service exigeait un pareil attelage devait être fort lourd et peu maniable.
Comme l'agriculture, l'élevage se pratiquait selon les méthodes les plus primitives. Le porc fournissait un des éléments essentiels de l'alimentation populaire (complétée par les pommes de terre et le pain bis); le mouton donnait la laine. Tout paysan avait donc quelques têtes de gros ou de petit bétail et une basse-cour assez fournie : chapons, poules, dindonneaux, sujets à impositions. Presque toutes les redevances périodiques comprenaient aussi des prestations en produits de basse-cour et tout ce qu'on appelle communément les profits de ferme : œufs, beurre, fromage.
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L’après-guerre 1940-1945 oublie les pertes subies et travaille à la renaissance de la prospérité d’antan. Les jeunes fermiers ne se contentent plus de suivre aveuglément la routine et les coutumes transmises de père en fils. Ils forment un club agricole où se discutent les idées nouvelles ; ils s’intéressent aux expositions, suivent des conférences régionales et adhèrent en masse au « Mouvement de Jeunesse Paysanne ». Toute action, toute initiative, devient une prise de conscience et c’est en toute honnêteté qu’ils l’acceptent ou la rejettent. Des questions se posent : le matériel moderne est-il rentable pour les petites exploitations ? Un remembrement est-il possible ? Quel sera le rôle du fermier de l’avenir ? C’est dire que nos jeunes s’inquiètent du lendemain.
Vingt ans plus tard, nous pouvons constater que l’évolution a changé bien des choses. Les petites exploitations se sont avérées non rentables et ont dû cesser toutes activités ; le matériel nouveau n’est possible que s’il est sujet à amortissement c’est-à-dire s’il fournit un travail régulier et constant. Des expériences concluantes de remembrement ont été pratiquées dans divers villages proches notamment à Ere et Saint-Maur. L’avenir de l’agriculture locale c’est justement de mettre fin au morcellement excessif de la propriété rurale par un système d’échanges obligatoires des parcelles. A Taintignies, de timides essais ont été tentés mais dans bien des cas, les responsables se heurtent à des difficultés mesquines qui en entravent l’aboutissement.
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Industrie
Fief agricole, le village n’a jamais connu la grosse industrie sur son territoire et c’est pourquoi ses ressources sont limitées.
Qu’avions-nous anciennement comme industries ?
- une petite fabrique de graisse pour chariots, assez prospère il y a cent ans. Primitivement installée derrière notre cimetière actuel, elle fut transférée à la Drève Saint-Martin, là où s’élève maintenant un lot de quatre maisons. Le Sieur Duvinage, dit Binette, y rassemblait toutes les bêtes crevées qu’il trouvait ou les bêtes malades qu’il abattait. Du clos d’équarrissage sortait la graisse si utile au matériel roulant des fermiers de l’époque.
- la tannerie Josson qui occupait les dépendances dudit château à Wailly et dont le propriétaire, ayant fait faillite, prit la fuite.
- Quelques briquetteries : il y en avait une à la rue Cavée, une derrière le cimetière, une autre à la rue des Bois et dont on remarque toujours le dénivellement de terrain « l’trou à pannes » ; il y en avait une à la rue Bonnet, à l’endroit occupé par un pâté de maisons et encore dénommé « la Pannerie ». C’était là, qu’avec l’argile extraite des « Champs pourris » on fabriquait principalement les carreaux rouges constituant les pavements que l’on retrouve encore dans nos anciennes demeures, entr’autres à la Vicairie, dans les vieux « fournils » et à l’école communale des filles.
- quelques brasseries dont les plus anciennes étaient celles de la ferme seigneuriale de Florent et celle de Monsieur Louis (couvent des Assomptionnistes). Toutes deux ont disparu antérieurement à 1890.

La brasserie Moyart, à la rue de l’Eglise, cessa toute activité en 1913. Ses bâtiments, transformés dans la suite en petite ferme, tombent en ruines et son vieux puits à poulie alimentait toujours en eau potable les habitants d’alentour.
Une autre lui succéda à l’ombre du clocher. Tout un temps prospère, la maison Bodécot périclita lors de sa reprise par un jeune étranger, incompétent autant que gaspilleur.
La brasserie Saint-Amand perdit sa destination primitive. Sa haute cheminée s’est effondrée et ses cuves de cuivre qui fleuraient bon le houblon et la levure, ont été livrées à la mitraille.

- la tuilerie des Frères Bonnet vivote tant bien que mal au hameau de la Déroderie Notre-Dame, suffisant tout au plus à nourrir une famille..
La plupart de ces bâtiments sont maintenant disparus : le reste est en ruines et attend la pioche du démolisseur.
Qu’avons-nous en 1974 ?
La tuilerie Bonnet a fermé ses portes voici près de quatre ans ; 
une jeune entreprise de textiles dirigée par notre concitoyen Romain Dubocage qui employait une douzaine d’ouvrières et installée à la rue de Florent, a fait de même il y a un an.
Par contre la bonneterie Carette-Cuvelier occupe, rue des Bois, une vingtaine de personnes ; l’imprimerie Dussart, rue Ecosse, huit ; l’imprimerie Chevalier-Moutury, rue des Bois, une quinzaine. Cette dernière est une entreprise familiale ; l’atelier fut construit en 1933. Spécialité : les formulaires administratifs.
Trois représentants sillonnent toute la Wallonie pour recueillir les commandes de fiches de population, d’état civil, de police … Bref, cinq mille formulaires différents sortent des machines de Taintignies. Les « plombs » les plus courants sont conservés ; les autres sont fondus et recommencés selon les besoins.
Autre entreprise originale, celle de Madame Colette Holyman, rue de Florent . Cette femme a continué avec quelques ouvrières sa spécialité artisanale : les tissus imprimés. Il fallait visiter cette petite usine, pour réaliser la délicatesse du travail effectué sur deux tables de 36 mètres de longueur et deux autres de 56 mètres, sur lesquelles les tissus vierges sont d’abord allongés ; ils subissent ensuite la pression de cadres tendant de gaze de polyester, servant de pochoir. Le système s’appelle « impression à la Lyonnaise ». Ce travail de précision exige un matériel impeccable, des colorants dissous à point et un personnel soigneux.
La maison Bauvez, rue de Florent, est une firme d’installation de chauffage, de plomberie-zinguerie et sanitaires. Ses 130 ouvriers sont disséminés dans les grands chantiers des régions de Tournai, Mons et Bruxelles.
Citons encore à Taintignies : deux entreprises générales du bâtiment, quatre de plafonnage, une de carrelage, trois de peinture, une de menuiserie, une de pompes funèbres, deux garages, une vannerie et une distillerie ; le personnel employé pour ces diverses activités peut être estimé à 80 personnes.
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Commerce
La commune ne possède pas de centre commercial bien déterminé. Les magasins sont disséminés mais l’habitant dispose en général, pour les denrées de première nécessité, d’un service quasi-journalier de livraison à domicile. Nous avons relevé en 1974:
Les magasins de détaillants : 2 boulangeries, 7 boucheries, 8 épiceries succursales de firmes comme l’Eléphant, Delhaize, U.C.T. Battard, Bien-Être, …
Les établissements de commerce : 11 cafés, 3 de matériel électrique, 3 dépôts de gaz-butane, 1 marchand de charbon, 3 stations d’essence, 2 horticulteurs-maraîchers, 2 fleuristes, 2 quincailleries, 1 magasin de chaussures, 1 élevage de poulets, 1 dépôt de teinturerie et 1 de bières, 1 salle de vente de meubles.
Dans les divers ajoutons : 1 pharmacie, 1 droguerie, 1 tailleur pour hommes, 1 photographe, 3 salons de coiffure et 1 cordonnier.
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Quelle place sera réservée à Taintignies lors de la fusion des Communes ?
Taintignies, futur noyau?
Les lieux de concentration des activités de service sont baptisés par les urbanistes « pôles de service ». Toutes les fonctions de service s’y trouvent évidemment concentrées : administration, enseignement, soins de santé, culture, délassement, commerce ; ceci afin d’éviter aux usagers le désagrément de multiples déplacements.
Les besoins courants, ceux qui font partie du cycle hebdomadaire de la vie familiale, devraient être couverts dans un rayon d’une dizaine de kilomètres de l’habitation par un pôle appelé niveau I, centre primaire ou secondaire selon son importance. Les responsables de l’aménagement du territoire ont classé parmi les centres secondaires de niveau I les communes de Pecq, Templeuve, Antoing et …. Taintignies.
Le souhait provincial est de regrouper autour de Taintignies (2610 habitants), les villages de La Glanerie (763 habitants), Guignies (771 habitants), Howardries (94 habitants) et Wez-Velvain (1068 habitants). Or, il semble y avoir peu d’affinités entre Guignies et Wez ; d’autre part La Glanerie voudrait bien que Rumes fasse également partie de la « fusion ».
Quoiqu’il en soit, la réunion des cinq premières localités permettrait de former une entité de plus de 5300 administrés. C’est le chiffre que Taintignies aurait dû atteindre seul … en doublant sa propre population depuis 1965, vœu formulé dans le programme de développement du Hainaut Occidental.
Dans le domaine des services culturels et sportifs, la Commune à pôle de niveau I aurait droit à sa maison de base, appelée à rencontrer les besoins de 3.000 à 15.000 personnes. Elle contiendrait au minimum une salle commune, un foyer féminin, des ateliers d’art, une salle de cours et de réunions équipée pour les projections de films et de diapositives, plus une bibliothèque. Les activités éducatives organisées par les agriculteurs pourraient aussi s’y dérouler.
L’équipement sportif devrait se composer d’une plaine de jeux permettant la pratique de trois sports et d’un hall d’environ 600 M² pour la gymnastique, les sports connexes (volley, basket, hand-ball, tennis) et le bassin de natation.
Le commerce, avec l’installation de magasins à rayons multiples, atteindrait sa destination de centre.
On en revient à la nécessité de construire, mais pour atteindre le rythme souhaité on ne peut uniquement compter sur l’initiative des particuliers.
Développement et aménagement des régions rurales.
L’attention des sphères dirigeantes du pays se concentre actuellement sur l’expansion régionale. On espère notamment pouvoir mettre certaines régions en mesure de résorber, sur la base d’un aménagement rationnel et d’un équipement adéquat, le retard économique et social qu’elles accusent par rapport à d’autres. C’est le cas du Tournaisis.
Le fait est que les réalisations futures doivent partir d’un programme soigneusement élaboré, embrassant une période assez longue. L’étude d’un pôle groupant ne fut-ce que 5.000 habitants, doit s’attendre à rencontrer maintes difficultés et d’importants problèmes, surtout en cas d’absence d’une structure administrative adéquate.
Ayant déterminé les besoins en nouveaux logements de la population envisagée, en partant bien entendu du patrimoine existant, les responsables examineront dans quelle mesure des terrains sont disponibles et peuvent être utilisés. A l’intérieur d’une région, les aires d’agglomérations et les zones de cultures constituent des éléments qu’il faut équilibrer pour aboutir à une solution naturelle ; ils constituent le fondement économique de la vie sociale et en assurent le rendement pour le plus grand bien des habitants et de leurs familles.
Car c’est par la terre que débute tout programme d’expansion des régions. Elle est la richesse naturelle de base ; il faut la bonifier sans cesse pour en tirer le maximum de produits, en quantité et en valeur ; il faut y appliquer tous les progrès de la science et de la technique.
Et si, comme nous le souhaitons, Taintignies doit être un jour ce « pôle de niveau I » l’aplanissement des difficultés doit d’abord commencer avec la bonne volonté de tous :
« A cœur vaillant, rien d’impossible ! ».
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TAINTIGNIES POLITIQUE
Depuis 1800, ont présidé aux destinées de la Commune :
Les Bourgmestres :
De 1800 à 1808 : Charles Joseph ALLARD, maire du « Village de Taintegnies »
De 1808 à 1832 : Philippe Marie Joseph LE CLÉMENT,
Bourgmestre de la «Commune de Taintegnies»
De 1832 à 1841 : Charles ALLARD
De 1841 à 1848 : Dominique LANDRIEU
De 1848 à 1851 : Henri DEVIENNE
De 1851 à 1858 : Baron Hubert LE CLÉMENT
De 1858 à 1879 : Alexandre LEFEBVRE MERLIN
De 1879 à 1885 : Léon VEYSSIÈRES
De 1885 à 1890 : Marcel DUTRIEUX
De 1890 à 1900 : Eugène DU CELLIER
De 1900 à 1921 : Henri CROMBEZ
De 1921 à 1926 : François MOUTURY
De 1926 à 1946 : Georges DERASSE
De 1946 à 1977 : Eloi MINET
Depuis la fusion des Commune, Taintignies est rattaché à Rumes et à La Glanerie. Ces trois villages forment l'Entité de RUMES.
De 1977 à 2000 : Roger CALIMÉ
De 2001 à 2006 : Jean WALECKX
Depuis 2006 : Michel CASTERMAN.
Les secrétaires communaux :
De 1825 à 1877 : Félicien DENEUBOURG
De 1877 à 1886 : Jean-Baptiste DEPOORTERE
De 1886 à 1911 : Louis DEROUSSEAUX
De 1911 à 1949 : Denis BELIN
De 1949 à 1982 : Joseph DUHAYON
De 1982 à 1995 : Marcel LEROY
Depuis 1995 : Francis CLAES.
Le pouvoir communal comportait jusqu’en 2006 une majorité socialiste. Depuis 2006, le Conseil communal est constitué en majorité du parti USDC et d’une minorité PS.
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TAINTIGNIES …SON ADMINISTRATION, … SES PROBLÈMES, …SES RÉALISATIONS, … SES ESPÉRANCES.
Vue d'ensemble
La Commune couvre 932 Ha répartis en 96 Ha de zone bâtie et 836 Ha de superficie non bâtie.
Les différents hameaux qui la morcèlent, ont pour nom : Florent, la Place, El'Bail, Petit-Rumes, la Digue, la Déroderie, Clairmaie, Haudion, l'Ecuelle, Wattimez et Wailly.
Outre les rues qui portent souvent l'appellation du hameau qu'elles traversent nous relevons les rues du Corbeau, de l'Eglise, du Cimetière, des Chasses, Cavée, des Bois, Crombez, Bonnet, Ecosse, des Dominicains, Chemin Saint-Martin, du Jeu de Balle, Drève des Marronniers, du Pélerin, de la Gloriette, du Temple, Résidence Eloi Minet, de la Croisette …
Démographie
Les statistiques des mouvements de la population trouvent véritablement leur origine en 1846. Dès cette date, les divers recensements effectués à Taintignies renseignent les variations ci-après :
| Années |
Hommes |
Femmes |
Total |
| 1846 |
945 |
1118 |
2063 |
| 1866 |
1202 |
1760 |
2962 |
| 1880 |
1511 |
1450 |
2961 |
| 1890 |
1522 |
1478 |
3000 |
| 1900 |
1570 |
1560 |
3130 |
| 1905 |
1652 |
1613 |
3265 |
| 1910 |
1599 |
1509 |
3108 |
| 1915 |
1631 |
1580 |
3211 |
| 1920 |
1533 |
1503 |
3036 |
| 1925 |
1541 |
1475 |
3016 |
| 1930 |
1570 |
1504 |
3074 |
| 1935 |
1539 |
1488 |
3027 |
| 1940 |
1466 |
1455 |
2921 |
| 1945 |
1411 |
1425 |
2836 |
| 1950 |
1408 |
1424 |
2832 |
| 1955 |
1420 |
1453 |
2873 |
| 1960 |
1419 |
1459 |
2878 |
| 1961 |
1359 |
1423 |
2782 |
| 1962 |
1346 |
1426 |
2772 |
| 1963 |
1348 |
1420 |
2768 |
| 1964 |
1339 |
1422 |
2761 |
| 1965 |
1310 |
1405 |
2715 |
| 1966 |
1318 |
1383 |
2701 |
| 1967 |
1317 |
1395 |
2712 |
| 1968 |
1311 |
1391 |
2702 |
| 1969 |
1294 |
1391 |
2685 |
| 1970 |
1268 |
1365 |
2633 |
| 1971 |
1270 |
1368 |
2638 |
| 1972 |
1261 |
1359 |
2620 |
| 1973 |
1257 |
1353 |
2610 |
L'étude des chiffres est toujours fastidieuse, voire décourageante. Les rapports statistiques sont cependant fort utiles : leurs données permettent souvent de résoudre des problèmes, à première vue, insurmontables. L'examen des colonnes ci-avant fait immédiatement apparaître que :
- depuis longtemps, et ce suivant un phénomène constaté en général dans le pays, le pourcentage du nombre de femmes est supérieur à celui des hommes.
- dès le premier recensement, la population connaît une progression croissante ayant son apogée en 1905; à ce moment, le mouvement s'inverse et régresse chaque année.
Le taux de baisse peut s'expliquer par plusieurs causes :
- l'émigration vers la France au début du siècle d'une grande partie de la main d'œuvre locale alléchée par un change favorable;
- la crise de 1930, et avec elle le chômage, incite près de 50% de jeunes ménages à quitter le village et se fixer dans les régions industrielles belges.
- les difficultés financières dues aux besoins de plus en plus grands de la vie quotidienne, abaissent sensiblement le pourcentage de natalité. Les totaux relevés sont éloquents :
| année |
naissances |
| 1880 |
83 |
| 1890 |
79 |
| 1900 |
77 |
| 1910 |
70 |
| 1920 |
56 |
| 1930 |
46 |
| 1940 |
24 |
| 1950 |
34 |
| 1960 |
30 |
| 1970 |
39 |
- la pénurie des logements : il faut considérer que de 1929 à 1945 on n'a plus bâti de logements ouvriers. Le manquement d'immeubles provoque un exode vers les centres urbains. Depuis 1946, l'octroi de primes gouvernementales à la construction a sensiblement atténué ce fait; sans cette heureuse initiative de l'Etat et de la Province, on ne pouvait espérer voir s'ériger les nouveaux quartiers qui jalonnent actuellement les rues de Florent, El'Bail et Bonnet.
Caractère de la population : La population est essentiellement ouvrière : elle comprend entre 450 et 500 ouvriers du bâtiment considérés comme la réserve d'ouvriers qualifiés par les grandes entreprises de Belgique et du Nord de la France.
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Patrimoine communal en 1974 :
La Commune
- Biens immobiliers :
En propriétés bâties réalisables : l'ancienne vicairie, transformée en divers appartements, procure un revenu annuel de +/- 4300 francs; d'une contenance de 4a 10ca. Elle est évaluée à 140.000 francs. Certaines propriétés, d'une superficie de 39a et estimées à 115.000 francs, donnent un revenu annuel de 300 francs.
En propriétés bâties non réalisables citons les 84a du cimetière et les 130a groupant la maison communale, les écoles, l'église et le presbytère.
- Biens mobiliers
Titre d'un revenu annuel de +/- 10.000 francs.
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La Commission d'Assistance Publique
La C.A.P. possède l'hospice Saint-François, érigé en 1880 suite à une décision de Monsieur François CROMBEZ, châtelain de l'époque. Situé à la rue Bonnet, il était autrefois réservé aux vieux conjoints indigents qui y recevaient gratuitement le gîte, le chauffage et le pain; chaque ménage jouissait en plus, d'un jardinet. Actuellement, l'immeuble est mis à la disposition de personnes vivant seules, moyennant un loyer modique. Revenu annuel : +/- 3.000 francs.
En propriétés non bâties, d'une contenance globale de 6Ha 47a et d'une valeur de 1.500.000 francs, la C.A.P. dispose aussi d'un revenu annuel de +/- 12.000 francs. D'autre part, les intérêts de Fonds Publics lui assurent une somme de près de 3.000 francs.
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Services d'utilité publique en 1974 :
Voirie et Hygiène
En 1974, quatre ouvriers, recrutés parmi les chômeurs, sont occupés en permanence pour exécuter les travaux d'entretien de la voirie : assurer le curage des fossés et le nettoyage des égouts, réfectionner les chemins de petite vicinalité, poser des dalles aux endroits des sentiers communaux.
Un fossoyeur, aux heures de prestation limitées, est chargé de la propreté du cimetière.
Le service d'enlèvement des immondices fonctionne deux fois par mois.
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Service d'électricité
La Commune est affiliée à l’association intercommunale d’électricité et des eaux du Tournaisis et elle a fait la concession de l’entretien du réseau électrique à la compagnie auxiliaire d’électricité d’Antoing.
Il y a une quinzaine d'années, vu l'état déplorable de l'installation et la consommation croissante d'énergie par la population, le réseau subit d'importantes améliorations, avec notamment la construction de nouvelles cabines et le renforcement ou le remplacement du matériel des anciennes. De l'éclairage public instauré en 1929, il ne reste rien; dès 1963 en effet, des armatures à éclairage par tubes remplacent les "veilleuses" d'antan et balisent judicieusement les routes. Deux cent quarante points lumineux sont ainsi répartis progressivement sur l'entièreté du territoire et ce, suivant un programme s'échelonnant de 1963 à 1972.
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Service des eaux
Douze communes, dont Taintignies, ont adhéré aux statuts de la société nationale des distributions d’eau. Chaque conseil communal a approuvé l’avant-projet rédigé par cette société en vue de l’alimentation en eau potable des communes et a prié le conseil d’administration de décider l’établissement et l’exploitation du service de distribution d’eau.
Grâce à cette adhésion, Taintignies a souscrit 63.095 parts sociales de 100 francs dans la série des parts que la Société Nationale a créée en vue de l'établissement du Service Régional du Sud de Tournai. Cette délibération a reçu l’approbation de la Députation permanente du Conseil provincial du Hainaut le 3 août 1951.
Les Communes riveraines ayant déjà leur propre distribution, les autorités communales ont compris la nécessité de doter le village d'une installation identique.
Par l'érection d'un château d'eau au point culminant de Florent, chaque logement connaît à présent le bien-être d'une réalisation vitale et longtemps souhaitée.
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Service de protection contre les incendies
L'administration a conclu une convention avec la Ville de Tournai, pour l'intervention de son Corps des Sapeurs Pompiers du centre du Groupement Régional moyennant une redevance annuelle de 3 francs par habitant. (situation de 1974).
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Service des Postes, Télégraphes, Téléphones.
Un gros bourg comme Taintignies n’était pas très bien loti au point de vue postal ; un seul facteur détaché du bureau de Tournai le desservait.
Avant de parvenir à Taintignies, ce « bon marcheur porteur de missives » visitait au passage d’autres localités, de sorte qu’il nous arrivait tantôt à 9 heures, tantôt à 11 heures du matin, pour repartir aussitôt. Négociants et fonctionnaires se trouvaient alors dans l’impossibilité de répondre par le même courrier et se voyaient contraints d’user des « express » pour combler le retard, complément onéreux pour leur budget.
A cette époque, nos ouvriers –et ils sont quelque 800 cents- exercent leur métier à Roubaix, Lille, Tourcoing et Valenciennes. Comme ils ne reviennent qu’au bout de plusieurs semaines, il s’en suit une correspondance assez intense entre Taintignies et ces localités (selon une pétition de l’époque).
Un bureau de poste, télégraphes et téléphone fut installé rue des Bois 
puis fut transféré sur la Place communale et est accessible au public tous les jours ouvrables. Le personnel occupé quotidiennement comprend un percepteur et quatre facteurs à temps plein. Le bureau est ouvert de 9h.00 à 12h.00 et de 1h.30 à 4h.00.
C'est vers 1910 que furent installés les premiers téléphones chez Messieurs CROMBEZ et DU CELLIER. Depuis, que de progrès enregistrés !
La centrale de Willemeau, desservant les villages voisins, a été supprimée depuis quelques années pour faire place à l'automatisme.
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Service des contributions
En 1865, la commune comptait déjà un bureau des contributions.
En 1974, il y siège un receveur de 2ème classe occupant deux employés percevant pour 11 communes.
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Service des douanes
En 1865, Taintignies possède une brigade des douanes composée d’un lieutenant, d’un brigadier et de six hommes.
En 1974, elle groupe un effectif de 10 à 14 hommes.
La Commune s'étendant à proximité de la frontière, le transport d'animaux et de certaines marchandises n'est autorisé que sur production d'un certificat d'origine détaillé, à délivrer par l'Administration communale; ce certificat est nécessaire pour l'obtention du passavant légal (20 à 30 par semaine) exigeant des prestations supplémentaires qui ne sont pas requises du secrétariat d'une commune située à plus de 10 km d'une frontière.
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Service de police.
Elle était fort bien organisée. La Commune possédait avant 1850, une Garde Civique dont le corps de garde était annexé à la maison communale. En 1853, Taintignies forme avec Wez-Velvain une compagnie commune dont le capitaine était Pierre Devienne, le lieutenant Casimir Morlighem et le sous-lieutenant Jean Baptiste Dubocage. Le cadre subalterne comportait dix sergents et caporaux. La Garde Civique subsista jusqu’au 24 août 1914, où, après avoir assumé la surveillance des routes au début des hostilités, elle fut dissoute par l’arrivée des Allemands au village.
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Service d'autobus
Un service d'autobus, exploité par la Société Nationale des Chemins de Fer Belges assure la liaison de Taintignies à Tournai et de Taintignies à la frontière française via Rumes et La Glanerie.
Sans l’énergique protestation de l’administration communale d’avril 1952, auprès des hautes sphères administratives et du Ministère des communications, le projet de réorganisation des services d’autobus nous aurait durement frappés. Tel qu’il nous était présenté par la Société Nationale des Chemins de Fer Vicinaux qui voulait substituer à ses lignes vicinales du groupe Tournai – Saint-Maur – Wez-Velvain – Guignies – Taintignies, ce projet ne tenant aucun compte de la situation géographique de la commune ni des besoins de sa population et allait susciter d’apres récriminations tant le préjudice causé était grave. D’ailleurs, cette même société avait rejeté en 1941, une demande de l’administration communale formulée en vue d’obtenir l’extension de la ligne ferrée Tournai – Wez-Velvain jusque la frontière française.
Les nombreux auteurs des réclamations fondées, s’opposèrent au détournement du service par Guignies – Wez – Saint-Maur, qui provoquerait inutilement par suite de l’allongement du parcours, une augmentation du prix du transport et une perte de temps.
Admettre cet itinéraire aurait supprimé définitivement toute communication avec Rumes, La Glanerie et la frontière.
Par son état impraticable les mois d’hiver, par l’étroitesse de la voie pavée, le tronçon de la route reliant Taintignies à Guignies, dénommé « Rampe de Wailly » dépourvu d’accotements et bordant des terrains en contrebas ; aurait été un endroit où les pires accidents étaient à redouter.
Heureusement, les démarches nous valurent le maintien du statu quo ; la commune continue à être desservie par la SNCFB, ce service tel qu’il est instauré répondant de judicieuse façon aux besoins de notre population.
En 1952, soucieuse de son devoir d’assurer le bien-être de ses administrés, l’autorité locale sollicita l’extension du service jusqu’à l’extrémité du village, plaçant le terminus « Caby » au bas de la Déroderie Notre-Dame. Si pareille demande n’avait pas été introduite antérieurement, c’est parce que l’état de la voirie, traversant ces hameaux n’aurait pu apporter une solution heureuse, mais aurait rencontré la vive opposition des pouvoirs supérieurs qui, pour la même raison, supprimèrent toute communication entre Taintignies et Rumes.
A ce jour (1974), la Déroderie longue de 1.200 m. apparaissant comme l’artère la plus luxueuse de la commune, suite à la réfection extraordinaire, notamment un élargissement et un revêtement en tarmac avec empierrement préalable, tout espoir nous était permis quant à l’agréation de notre demande. Hélas ! … une fois de plus ceux qui furent chargés de donner leur approbation virent la chose de la Capitale … où les trams se suivent de près ! …. Et s’opposèrent pour de vains motifs.
Des renseignements obtenus à la station de Tournai, au chef régulateur du service d’autobus, il résulte que le nombre d’abonnements ouvriers à la semaine est de 250 à 260 de février à juillet 1952 sauf pendant la semaine du 20 au 27 juillet (période annuelle des vacances des ouvriers du bâtiment) où le nombre est tombé à 42.
Les abonnements au mois (employés et autres) sont de 30 à 35. En ce qui concerne les voyageurs ordinaires, nous enregistrons :
| Février |
960 |
Mai |
1215 |
| Mars |
925 |
Juin |
1245 |
| Avril |
1135 |
Juillet |
1370 |
En dehors du service régulier des chemins de fer assuré par la gare de Tournai, on peut considérer en 1974 une moyenne de 20 à 25 colis dans chaque sens journellement. La gare desservant Taintignies est située sur le territoire de Willemeau ; au point de vue des marchandises, c’est Taintignies qui constitue sa grande clientèle.
Pendant la saison betteravière, on peut compter 15 à 20 wagons journellement. Le même trafic se répète pendant la période du lin.
Nombre d’expéditions : 12 départs de Taintignies vers Tournai avec services doublés le matin et le soir.
Recette : Abonnements à la semaine : 32 francs
Abonnements au mois : 165 francs
Voyageurs ordinaires (aller, retour) : 20 francs
Communes desservies : Taintignies (5 arrêts), Willemeau, Froidmont, Ere, Saint-Maure.
Signalons que des abris vitrés jalonnent l'itinéraire local sur la presque totalité des arrêts.
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Institutions sociales diverses
Hospice pour vieillards, un docteur en médecine, un dentiste, un kinésithérapeute, un pharmacien, quatre infirmières, deux médecins vétérinaires, un notaire ont leur résidence à Taintignies; on y trouve aussi une agence bancaire.
Des séances de consultations pour nourrissons et de vaccinations ont lieu régulièrement à la Maison Communale; il faut noter en outre, le service social et les permanences hebdomadaires des diverses mutuelles catholique, socialiste et neutre "l'Unité"(situation de 1974).
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VOIRIE
Un peu d'histoire
A l'origine peu de routes sillonnent la commune. Les plus anciens chemins vicinaux figurés sur le plan terrier de Saint-Martin établi au XVIIIe siècle sont : le chemin de Florent, les rues de l'Eglise et de Wailly se prolongeant vers Guignies et Antoing, la rue Wattimez continuant par l'Ecuelle vers Haudion, la rue El'Bail, la rue des Bois et quelques autres tracés de moindre importance.
L'administration communale a vite le souci de sa voirie et de son aménagement. En 1845 déjà, elle possède 2340 mètres de chemins pavés et plusieurs tronçons empierrés, érigés dans le but de favoriser le charroi et encourager l'agriculture. Désireuse de pourvoir à l’entretien permanent de ses routes, les autorités instituent la même année, un droit de péage à percevoir en des endroits déterminés appelés « barrières ». On relève un bureau aux « barrières » des rues de Florent, des Bois et de l’Eglise.
Vers 1850, Monsieur de Bettignies, propriétaire du domaine de Flines, et ce pour la facilité de transport de ses bois à son usine de Tournai, fait construire à ses frais 1500 mètres de pavés au chemin dit Déroderie Notre-Dame. En reconnaissance de ce service, l’exemption du droit de « barrières » lui est accordée sur l’entièreté du territoire.
Comme bien l’on pense, l’évolution et l’amélioration des chaussées vont faciliter les contacts avec l’extérieur et ne tarderont pas à changer la physionomie de la vie rurale.
Nous sommes en 1866, date où notre configuration géographique va changer par l’annexion à notre commune du hameau du Petit-Rumes.
Ce ne sera pas sans mal et c’est toute une histoire que ce rattachement. Le Petit-Rumes, profondément enclavé dans Taintignies, était depuis 1807 de notre circonscription ecclésiastique mais ressortissait de la juridiction civile de Rumes. Il n’est distant que de 7 à 800 mètres du clocher, alors que plus de 3 kms de mauvais chemins le séparent de Rumes.
Ce hameau jouit chez nous de grands avantages au grand préjudice de nos habitants qui naturellement lui en font grief. Ses morts sont inhumés en notre cimetière, ce qui nécessita très tôt son agrandissement et par suite son transfert en dehors de l’agglomération. Ses habitants profitent de nos chaussées et chemins vicinaux, qu’ils détruisent et abîment, sans qu’ils puissent être atteints par des impositions personnelles.
Une première requête, en 1845, attire l’attention des pouvoirs supérieurs sur cette anomalie, mais elle végète et moisit dans les cartons administratifs. Une nouvelle demande de séparation d’avec Rumes est introduite avec plus d’insistance par 79 chefs de famille de ce hameau le 20 mai 1863. Ils invoquent l’oubli de leurs pauvres, la non viabilité de leurs chemins, l’absence de police dans les cabarets et l’impossibilité où ils se trouvent de jouir des bienfaits de l’instruction primaire, du fait que leurs enfants ne peuvent être à la fois à l’école à Rumes et assister au catéchisme à Taintignies où ils doivent obligatoirement faire leur première communion.
Leur voix, cette fois, finira par trouver écho auprès des sphères ministérielles et le 7 mai 1866, Rumes est amputé.
Taintignies s’agrandit de 260 hectares de terre et de quelques 900 âmes. L’arrêté royal réglant définitivement cette réunion paraîtra au Moniteur du 7 mai 1867. L’annexion du Petit-Rumes à Taintignies fut pour La Glanerie une occasion de réjouissance et il y eut des feux de joie en ce hameau frontière qui ne devait pas tarder à réclamer aussi le divorce avec Rumes.
La légende veut que, fâchés de cette déchirure dans leur carte territoriale, les Rumois en endossent la responsabilité à leurs dirigeants. Et comme la transmission des nouveaux pouvoirs a dû se faire au cours d’un souper, l’on répète encore aujourd’hui avec ironie ce qu’on disait alors avec amertume et sévérité aux édiles communaux de Rumes :
« Vous êtes enn binde de gueulards,
Vos avé vindu l’Petit-Remme pou in soupé ! »
Jusqu’en 1934, notre réseau routier avait toujours répondu aux exigences du trafic ; à dater de cette époque, il exigea de sérieuses réfections. Profitant des subventions de l’O.R.E.C., l’Administration communale d’alors entreprit l’amélioration extraordinaire des deux grandes artères : le chemin de grande communication n°6 de Rumes à l’Escaut et le chemin d’intérêt ordinaire n°9, dit de l’Ecuelle.
La guerre de 40-45 annihila efforts et projets constructifs. Le système routier, de plus en plus défectueux, attira la sollicitude des pouvoirs publics.
La rue Bonnet menaçait depuis longtemps de retourner à un état préhistorique. Pour les familiers du quartier qui en connaisse les coins et les recoins, passe encore. Mais pour les autres usagers, quelle pitié ! Un casse-cou, surtout lorsqu’on s’y aventurait le soir ! Quant aux conducteurs de véhicules, s’ils étaient amateurs de fortes secousses, ils étaient servis à souhait. La rue Bonnet, artère desservant un gros quartier du village : l’Ecuelle, et reliant le dit hameau au village voisin, ne méritait-elle pas qu’on s’en occupât ? L’on remédia donc tant bien que mal à son lamentable état. Les bosses furent nivelées, les fosses comblées, les fils d’eau remis à neuf et les fossés curés. C’était évidemment déjà beaucoup.
Mais depuis, quatre ans ont passé … et les vieux grés restent des vieux grés. A nouveau la rue Bonnet est bien malade. Devant les doléances réitérées de ses riverains, le Conseil Communal lui a réservé la priorité et a prévu les moyens financiers pour faire face à la dépense de sa réfection. Seule tient encore la promesse ferme de l’octroi de subsides par l’Etat … ; ce dernier est si prodigue ! Toutefois, l’espoir fait vivre !
En juillet 1949, la rue Haudion, chemin mitoyen entre Taintignies et Guignies, subit un revêtement en tarmac. Coût : 31.216 francs.
Au cours du même exercice, le chemin de Rumes à l’Escaut (tronçon de la Digue) ainsi que la chaussée de Florent nécessitèrent de nouveaux travaux d’entretien d’un montant de 144.695,69 francs.
En 1950, l’ancienne carrière du Dieu de Giblot, conduisant au champ de repos et que nous appelons aujourd’hui la rue du Cimetière, présentait elle aussi un aspect bien déplorable ; aussi l’accès du cimetière était-il un véritable bourbier en période pluvieuse. Elle s’est muée en 1950 en une rue toute neuve. L’assiette de 3 mètres existante, élargie de chaque côté par une bande empierrée de 0,75 mètre avec bordure saillantea été recouverte de tarmac. Le décompte des travaux, dressé lors de la réception définitive accusait une dépense de 390.305, 01 francs, émargeant dans sa totalité au budget communal.
Mais il y a mieux et tout frais ! Il y a plus grand ! Depuis longtemps aussi la Déroderie Notre-Dame était bien mal lotie et son pavé « moyenâgeux » qui s’en venait rejoindre le « moderne » du Petit-Rumes et de la rue des Bois, faisait bien piètre et triste figure. Les récriminations justifiées trouvèrent écho ; des projets furent mûris et établis et les difficultés de financement surmontées, on passa à l’action.
En 1952, les camions de gravier, le rouleau compresseur passèrent couvrant d’une solide épaisseur de « tarmac » une chaussée de 1200 mètres sur 5,50 mètres et qui, constituant l’artère la plus luxueuse du village, fait les délices de tous les usagers de la route et honneur à ceux qui l’ont édifiée.
Ici encore, ce ne doit être un secret pour personne, la route ne présentant qu’un intérêt ordinaire, les deniers communaux ont dû supporter seuls, une dépense de 920.295, 21 francs, à laquelle vint s’ajouter celle résultant d’un premier enduisage d’entretien de 74.047,87 francs.
Certes, il reste encore beaucoup à faire.
Les rues Bonnet, de Wattimez, de Florent, la rampe de Wailly attendent aussi leur tour de rénovation.
Le chemin de Taintignies à Blandain, dit de Florent, subira un élargissement avec voie cyclable à sens unique et engloutira quelque 3.200.000 francs dont 60% d’intervention de l’Etat, laissant à la Commune une charge de 1.350.000 francs.
La rampe de Wailly, seul tronçon du chemin de grande communication de Rumes à l’Escaut, n’ayant pas encore été amélioré, trouve également sa place dans la liste annuelle des travaux ce qui nécessiterait une nouvelle dépense de 1.800.000 francs dont une part de 720.000 francs serait supportée par la caisse communale.
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Il faut souligner que Taintignies ne possède pas de routes de l’Etat et de la Province. L’administration communale, ne pouvant compter sur aucune grosse industrie, ne peut se servir que de rentrées restreintes. Les chemins principaux totalisent 5439 mètres ; ceux de petite vicinalité s’étendent sur une longueur de 11.151 mètres … C’est beaucoup ! Et pourtant beaucoup a été fait …
En ce qui concerne les chemins communaux, il faut distinguer les chemins pourvus d’un revêtement dur (157.215 M²), les chemins pourvus d’un empierrement ordinaire d’une longueur de 1.550 m sur 6 m. de largeur, les chemins non améliorés en terrain naturel.
La rue de Florent qui conduit au cœur du village, n’a pas toujours eu sa parure de béton. Elle fut longtemps une route infâme, aux pavés déchaussés, spécialisée dans les nids de poules. Cet axe important était dans un tel état que la S.N.C.B. faillit y interdire le passage de ses autobus en 1961 !
Le 24 février 1962, tous les habitants étaient sur pied de guerre pour rappeler à Monsieur Merlot, alors ministre des Travaux Publics, que la commune n’avait plus touché le moindre subside pour sa voirie depuis … 1935 ! Pauvre Monsieur Merlot : on ne l’a pas ménagé ! Chacun s’était donné le mot pour le dégoûter à jamais des chaussées romaines : ici, un fermier avait arrêté un attelage pour forcer le pilote de la voiture ministérielle à éprouver les amortisseurs dans une ornière ; là, un tracteur et des camions obligeaient le véhicule à traverser des aires de boue. Monsieur Minet, Bourgmestre, avait même mobilisé deux autocars pour corser le gymkhana. Ballotté et secoué sur son siège pourtant confortable, le ministre ne fut pas dupe de la mise en scène et gardant le sourire, il devait déclarer à la maison communale : « Vos routes sont vraiment mauvaises, je dois le reconnaître … ».
L’octroi des subsides réclamés, après trente lettres de promesses conservées aux archives, devait déclencher la grande offensive « routes nouvelles ». Le béton coula à la rue de Florent, puis aux rues Wailly et Bonnet ; l’asphalte suivit rues Wattimez et El’Bail.
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BATIMENTS D’UTILITÉ PUBLIQUE
LA MAISON COMMUNALE

Est-il admissible qu’une commune de près de 3000 habitants ne dispose que d’une seule pièce de 20 M² pour ses divers services : célébration des mariages, réunions de Conseil, secrétariat, archives, police et recettes communales ?
Considérant que cette installation de fortune était préjudiciable à la bonne marche du travail administratif, nuisait au prestige des autorités et entraînait une regrettable détérioration des archives, le conseil communal, en séance du 8 août 1949, sollicitait l’autorisation d’acquérir pour cause d’utilité publique un terrain de 3a 67ca pour la somme de 33.500 francs. La délibération fut admise à sortir ses effets le 23 septembre, après approbation de la Députation Permanente. L’architecte local, Monsieur Fernand Lefebvre, chargé de l’exécution des plans estima le coût des travaux à +/- 1.800.000 francs dont 30% à charge de l’Etat.
Le temps passa et devant l’impossibilité d’obtenir les subsides, l’administration communale sortit une formule consistant à établir les travaux de gros œuvre en collaboration avec le Fonds Nationale de Placement et du Chômage, organisme pouvant mettre à la disposition de la commune, une main d’œuvre en provenance de ses centres d’éducation pour chômeurs c’est-à-dire des maçons, plafonneurs, menuisiers, … Cette forme de travail permettait à la fois de réaliser des économies aux pouvoirs subsidiants tout en constituant une initiative humanitaire et une aide précieuse en matière de résorption du chômage.
« Monsieur le Gouverneur de la
Province de Hainaut,
A MONS
G.5.386-I.
Monsieur le Gouverneur,
TAINTIGNIES – Construction d’une maison communale – PROJET.
J’ai l’honneur de vous transmettre la délibération prise par le Conseil Communal de Taintignies, en séance du 27 février 1952, au sujet de l’exécution en régie du gros œuvre des travaux susvisés, et ce avec la
collaboration de l’O.N.P.C..
Eu égard à l’importance des travaux en cause, j’estime qu’ils doivent faire l’objet d’une adjudication publique. Celle-ci ne pourra toutefois avoir lieu qu’après que le projet de ces travaux aura fait l’objet d’une promesse de principe de subsides de la part de mon Département.
AU NOM DU MINISTRE :
Le Directeur Général,
V. BURE "
Il faut croire que les autorités supérieures n’envisageaient pas la question sous cet angle car ce n’est que plusieurs années plus tard, vers 1957, que les entreprises Moreau de Le Bizet commencèrent les travaux.
L’auteur de projet a doté l’immeuble d’un cachet propre à sa fonction. Les briques rouges s’harmonisent très heureusement avec les grandes baies flanquées d’un encadrement en pierre. L’intérieur, très bien éclairé et agencé groupe tous les services administratifs habituels : secrétariat, bureau du Bourgmestre, police, recettes, archives, salle de conseil, etc.

Amis de Taintignies, la maison communale représente le bien qui unit la population à ses élus. C’est en ce lieu que sont discutés et solutionnés les difficiles problèmes de gérance ; c’est là aussi que sont prises les décisions, vous concernant ; c’est là enfin qu’un travail administratif conséquent est effectué à votre intention.
Qu’elles soient neuves ou vétustes, coquettes ou décrépies, ces constructions figurent le symbole de la vie communale et comme tel, méritent le respect de tous … songez-y.
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LES ÉCOLES
Un peu d’histoire
La consultation des registres paroissiaux datant de la fin du XVIIIe siècle fait apparaître une constatation éloquente : la plupart des déclarations de décès, mariages, naissances se terminent par cette phrase : « … ont déclaré ne savoir écrire ni signer et ont apposé leur marque ». A côté de celle d’un pasteur, d’un notaire ou d’un clerc, on distingue parfois une rare, timide et malhabile signature de paysan. Ainsi, à une époque encore relativement proche de la nôtre, le niveau intellectuel se révèle très médiocre.
Quelques trente ans auparavant, l’Impératrice Marie Thérèse d’Autriche s’était beaucoup intéressée à l’instruction publique de notre pays. Mais si les villes lui firent écho, les campagnes, en général, restèrent sourdes à son désir.
Taintignies, à l’exemple de nombreux villages ruraux, ne possédait pas d’école organisée. Notons toutefois que vers 1760, le Baron Philippe-Alexandre Le Clément de Saint Marc avait installé dans un pavillon du château, un « magister » auprès de qui, les enfants du bourg pouvaient venir glaner quelques bribes d’un savoir rudimentaire. Bien peu en profitèrent : la classe paysanne, devant le souci perpétuel de la lutte pour la vie, ne songeait guère alors aux bienfaits et conséquences de l’instruction; aussi végétait-elle dans l’ignorance la plus complète.
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Les écoles communales
L’école des garçons
En 1825, à l’emplacement actuel de la Place du Jeu de Balle, les pouvoirs locaux décident d’ériger la première école primaire des garçons. C’est un vaste bloc sans étage groupant deux grandes classes séparées par un corridor et dont les plafonds étaient en dôme.
Les registres sont muets quant à son titulaire dès sa fondation. Nous y trouvons comme instituteur libre en 1833, Monsieur Félicien Deneubourg qui cumulait déjà les fonctions de secrétaire communal, de géomètre et de marguillier. Il fut officiellement nommé en séance du 21 mai 1843 avec un traitement annuel de 200 francs et une population scolaire de 76 garçons.
Le bâtiment scolaire était cependant loin de répondre à sa destination. L’instituteur était obligé de se loger dans une habitation assez éloignée. Les enfants prenaient leurs récréations sur la rue, près de leur maison et souvent à une demi lieue de là ! Il n’y a ni cour, ni lieu commun, ni latrines ce qui causait évidemment une grande infection dans les environs de l’école.
Cette situation amènera quinze ans plus tard, les transformations de l’édifice telles que nous les avons connues jusqu’à sa démolition complète aux environs de 1962.
En 1864, l’effectif compte 111 élèves, ce qui nécessite l’occupation de la seconde classe. Il devenait donc impossible à l’instituteur de donner sérieusement son enseignement. Son fils, Philippe qui venait de terminer ses études normales, lui est adjoint et se voit octroyer un traitement de 550 francs. Ce jeune instituteur est révoqué trois ans plus tard et remplacé dans ses fonctions par le sieur Henri Debaisieux, alors instituteur à Rumes-La Glanerie.
Le 13 mai 1873, ce dernier démissionne et en sa séance du 31 août, le conseil communal procède à la nomination de Monsieur Amé Bodécot ; il y avait alors 152 garçons.
En décembre 1973, les inspecteurs de l’enseignement établissent un rapport sur les abords de l’école qui sont on ne peut plus boueux, et dont la façade n’est séparée de la voie publique que par un fossé fangeux le plus souvent rempli d’eau et presque sans écoulement.
Cet état, dit le rapport, persiste pendant les ¾ de l’année et la boue que ramènent continuellement les enfants ne lasse pas de rendre la salle de classe humide et malsaine, au détriment des maîtres et élèves. Au surplus, soit dans leurs jeux, soit au sortir des classes, les enfants courent le risque d’aller se jeter sous les roues des voitures, d’où résulte qu’à tout moment des accidents sont à redouter.
Le contingent d’élèves s’élevait cette année à 177 unités.
Sur invitation du gouverneur de la province, en vue de parer à cet état de choses, l’administration communale entreprend la construction d’un muret surmonté d’une grille, ce qui améliore beaucoup les alentours de l’école et son aspect esthétique.
Monsieur Deneubourg prend sa retraite le 4 novembre 1877 après s’être consacré durant quarante-quatre ans au service de la jeune génération.
Monsieur Bodécot prend la direction et un nouveau sous-instituteur entre en fonctions au début de l’année suivante. C’est Monsieur François Tondreau, instituteur à Mont-Saint-Aubert qui entre en fonction. Sa démission ayant été acceptée en 1881, il est remplacé par Monsieur Fridolin Caulier de Péruwelz, lequel part à son tour en 1883. Son successeur sera Monsieur Léon Michel.
Entretemps, à la rue des Bois s’était élevée nouvelle école que l’autorité supérieure et l’administration communale destinèrent aux garçons. Ceux-ci en prennent possession ainsi que d’un nouveau mobilier le 19 mars 1884.

La nouvelle école compte trois classes et comme à cette époque, il est déjà question de distributions des prix en fin d’année scolaire, une cloison mobile est substituée à l’un des murs de séparation.. Le chiffre était monté en 1893 à 210 élèves et les lois de l’hygiène et de la pédagogie ne permettant plus l’encombrement qui existait dans la classe inférieure, une troisième classe est ouverte dans la salle jusqu’à présent sans affectation.
Le 15 juillet 1893, Monsieur Jean-Baptiste Duhem est nommé au traitement annuel de 1000 francs. Au décès de Monsieur Bodécot survenu en 1894 alors qu’il était en conférence pédagogique à Ere, le conseil communal nomme Monsieur Léon Michel au poste de directeur et fait appel à Monsieur César Houtemane comme second sous-instituteur.
En 1895, la population scolaire subit une régression très marquée : en 2 ans, elle tombe à 169 enfants. C’est au cours de cette année que l’abbé Lecomte, curé de la paroisse, en accord avec le personnel, organise l’enseignement de la religion et de la morale.
L’année 1907 voit naître deux nouvelles classes ; Monsieur Henri Crombez en paie la quote-part communale de ses propres deniers.
Il y avait en 1935 à l’école des garçons environ 220 élèves répartis en six classes.
Monsieur Jean-Baptiste Duhem, décédé le 4 novembre de la même année, en était le directeur sans classe. Il ne fut pas remplacé à ce poste et Monsieur Julien Duhayon déjà titulaire du 4ème degré, devient chef d’école..
La seconde guerre mondiale et la dénatalité diminuent sensiblement l’importance de l’effectif.
La population scolaire saignée à blanc, dégringole à 109 unités pour l’année 1952-1953 avec cinq instituteurs.
Mais de nouveaux espoirs se font jour.
Les élèves et maîtres de l’école des garçons ont de tout temps fait honneur à Taintignies.
Aux concours cantonaux des 3ème et 4ème degrés, que l’on souhaite voir rétablir, nos enfants se taillèrent bien souvent et avec fierté les premières places.
Quant à ceux qui poursuivent des études supérieures, les beaux palmarès et la réussite sur l’échiquier de la vie, parlent clairement de la valeur de notre enseignement local.
Mais les facilités de transports incitent beaucoup les parents à envoyer leurs enfants dans les établissements de la ville proche. L’année scolaire 1969-1970 connaît le taux le plus bas : 57 garçons fréquentent encore l’école communale. Depuis, un changement profond a été opéré ; nous verrons plus avant comment Taintignies s’est dépensé pour obtenir un enseignement en rapport avec sa situation de grande commune.
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Les enseignants de l’école communale des garçons.
Depuis 1903, relevons les noms de Mesdames et Messieurs :
- Denis BELIN du 17 mai 1903 au 27 août 1911, devenu à cette date secrétaire communal et ayant repris en mains le commerce de liqueurs Derousseaux-Duhayon
– Herman MORLIGHEM de 1911 à 1927, appelé aux fonctions d’inspecteur cantonal
– Auguste DEMEY de 1907 à 1918
– René BASTIEN de 1912 à 1917
– Henri PADOUX de 1917 à 1923
– Julien DUHAYON 1920, actuellement instituteur en chef
– Claire DUMORTIER 24 octobre 1920 à janvier 1955
– Julien d’HAENE de 1923 à 1946
– Jacques DEWEWEIRE 1923
– Irma HOUZÉ 1923
– Alphonse ANTOINE, nommé le 12 janvier 1930 par suite du départ de Monsieur MORLIGHEM qui fit qu’une classe supprimée en 1923 fut rétablie en 1930.
En 1974 :
- VANDENABEELE née Olga LEJEUNE,
- Robert VANSTEENKISTE et
- Guy DUMASY.
Voici quelques photos prises à l'époque de Madame Vandenabeele (directrice).
première et deuxième primaire

cinquième et sixième primaire
4ème degré : septième et huitième primaire

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L’école des filles :

C’est le 19 mars 1884 que naquit l'école communale des filles et dont le bâtiment existant avait servi jusqu’à cette date à l’éducation des garçons.
Sa première institutrice fut Mademoiselle Cécile DEKER.
Depuis lors, y sont passées :
- Mademoiselle Julia BRUNIN de 1886 à 1890
- Mademoiselle Henriette PLAISANT de 1890 à 1897
- Madame LACQUEMANE de 1897 à 1927
- Madame LEFEBVRE de 1910 à 1943
- Mademoiselle Elvire CARETTE de 1920 à 1951
- Madame MORLIGHEM à partir de 1930 et directrice de l’école.
En 1895, donnant suite au désir de l’instituteur principal, Monsieur VAN BLAEREN, le conseil communal décide d’étendre une classe gardienne à l’école primaire des filles. Ouverte le 13 décembre 1896, les autorités confient l’éducation des « tout-petits » à Madame Marie-Louise DUHAYON épouse Frédéric DE BACKER. Au départ de celle-ci en 1911, Mademoiselle SOMERS devient titulaire jusqu’en 1930, année où nommée en primaire, elle est remplacée par Mademoiselle DELHAYE, aujourd’hui Madame ROYO.
L’enseignement de l’école communale des filles obtient vite de remarquables résultats. Certaines institutrices telles Mesdames LACQUEMANE et LEFEBVRE, Mademoiselle CARETTE, sont des pédagogues averties et considérées.
Quant à l’effectif, il est à peu près en parallèle avec celui des garçons ; il subit les variations identiques aux mêmes périodes pour atteindre 46 unités durant l’année scolaire 1969 – 1970.
En 1959, le Conseil communal estime que le bâtiment ne répond plus aux prescriptions indispensables de salubrité et d’hygiène ; de plus, il accuse un degré de vétusté très prononcé, non améliorable. Démolir et reconstruire au même emplacement n’est pas possible car un trafic de plus en plus important nécessite le prolongement de la place communale en une aire de parking. Force donc est de bâtir ailleurs ou d’acheter une vaste construction à aménager.
La dernière solution l’emporte quand au début de 1960, le château de l’ancien propriétaire, Madame De Bosque née Andrée Crombez, est mis en vente. La commune acquiert ainsi le 24 juin 1960, à Monsieur Louis Gravez, négociant en bois à Deux-Acren, une magnifique habitation de style bâtie sur 5 ares 40 centiares avec 86 ares de terrain et ce, pour la somme de 498.000 francs. Après les améliorations intérieures indispensables, le transfert des élèves est réalisé. L’école primitive, constituant un danger public, est alors démolie ; à présent, un revêtement hydrocarboné a effacé toutes traces de ce qui fut l’origine d’un enseignement intellectuel ardu, parfois décevant et ingrat mais combien utile.
Considérées en haut lieu comme un noyau important par rapport aux villages voisins, les écoles primaires communales ont été reprises par l’Etat le 1er juillet 1970. De ce fait, un ramassage d’élèves, par autocars, a été organisé ; il ratisse les communes de Wez, Guignies, Willemeau, La Glanerie et Rumes.
Les filles occupent le château communal mis à la disposition de l’Etat ; les garçons restent en attente dans leur ancienne école de la rue des Bois. Plus pour longtemps d’ailleurs car la construction de nouveaux locaux est pour bientôt, l’adjudication des travaux ayant eu lieu en août 1973. Les travaux se feront en trois tranches : la première verra l’édification de classes sur le terrain resté libre situé derrière les locaux de la rue des Bois ; la deuxième comprendra la démolition des bâtiments existants et leur reconstruction de conception fonctionnelle et moderne ; la dernière enfin verra l’érection d’un restaurant et d’une cuisine.
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Les enseignants de l’école communale des filles.
Depuis l’occupation de l’établissement citons successivement : Mesdemoiselles Cécile DEKER, Julia BRUNIN et Henriette PLAISANT ; Mesdames LACQUEMANE et LEFEBVRE, Mademoiselle Elvire CARETTE, Mesdames MORLIGHEM et ROYO.

Voici une photo de la classe de Madame ROYO prise en 1961 sur le perron du château. A cette époque, cette institutrice enseignait aux 1ère, 2e et 3e années primaires filles.
Madame DELRUE née Solange VELGHE, institutrice primaire et directrice de l'école fut secondée par Mesdames DUROISIN, WILLOQUET, DUHAYON et BRASSEUR, institutrices.

Voici une photo de la classe de Madame DELRUE prise pendant l'année scolaire 1965 - 1966 sur le perron du château.
Madame Delrue enseignait aux élèves de 4e, 5e et 6e primaires.
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L'école libre du Couvent (Sainte-Union)
Lors de la construction de l’école primaire des garçons en 1825, personne ne songe aux filles, leur formation intellectuelle ayant, semble-t-il moins d’importance dans la vie. Nul ne s’en émeut donc, et les « petites » continuent de profiter de vacances permanentes !
L’abbé Campeneer, alors curé de la paroisse essaie de combler cette lacune ; il fonde une école et sollicite de l’abbé Debrabant, fondateur de la Sainte Union des Sacrés-Cœurs, l’autorisation de la confier à des religieuses de cet Ordre.
Le 20 octobre 1834, la nouvelle école installée rue de l’Eglise, connaît de suite un succès inespéré. Deux religieuses dont l’une était Madame Rosa, y furent préposées. Elles se répartissaient 43 élèves en 1842.
L’administration communale en reconnaît l’importance et nous ne pouvons mieux le prouver qu’en citant sa délibération du 28 juillet 1844 :
« … considérant que l’école primaire existante est exclusivement destinée à l’éducation des garçons et qu’il est urgent d’étendre cette instruction jusqu’aux filles en procédant à la reconnaissance et à l’adoption d’une école privée pour cette fin ; considérant que les Dames de la Sainte -Union possèdent les qualités requises pour former l’esprit et le cœur du jeune sexe ; vu la convention de ces Dames par laquelle elles s’engagent à admettre chez elles toutes les filles pauvres à l’instruction gratuite aux termes de l’article 5 de la loi, le Conseil arrête : l’école privée des Dames de la Sainte -Union existant en cette commune est reconnue et adoptée en conformité des articles 3 et 4 de la loi du 23 septembre 1842, en ce qui concerne l’instruction des enfants pauvres … ».
En 1857, Monsieur Lejeune, riche propriétaire du Château de Flines, fait construire deux nouvelles classes dans le jardin de l’école. Y enseignaient alors : Mesdames Rosa, Gabrielle-Josèphe, Alexina, Adélaïde, Ange-Emilie et Lucia.
Le 18 septembre 1889, à la demande de l’abbé Declercq, le Conseil adopte une nouvelle classe gardienne que dirige Marie Spel, en religion Dame Alexina, et lui accorde une rétribution globale de 450 francs. Cette adoption sera retirée en 1897 lors de la naissance d’une école gardienne communale mais l’établissement restera subsidié par l’Etat.
En 1906, l’ensemble des locaux devient trop exigu. Une nouvelle école gardienne, comprenant deux classes, est érigée dans les jardins ; la section primaire s’enrichit elle aussi, d’une classe supplémentaire. La même année un cours d’économie domestique est annexé au programme ; il doit sa fondation à la comtesse de San Rocco. Madame Adelaïde devient Supérieure du Couvent.
Le 27 septembre 1916, s’ouvre un 4e degré ; en 1927, la Supérieure démissionne de son poste et est remplacée à la direction par Madame Ange-Emilie.
1930 : Le nombre d’élèves augmente fortement. L’abbé Couvreur achète à Monsieur Dupont, un bâtiment proche en vue d’y aménager de nouvelles classes : c’est l’actuelle école gardienne.
L’enseignement spécial, qui occupa pendant six années les locaux du Cercle (construit en 1959), a été abandonné en septembre 1967 vu le nombre restreint d’enfants ; de plus, l’année scolaire 1972-1973 a connu la suppression du 4e degré. Malgré cela, l’effectif global de l’établissement reste équilibré. Le relevé années donne :
1960-1961 : 203 élèves
1961-1962 : 201 élèves
1962-1963 : 208 élèves
1963-1964 : 204 élèves
1964-1965 : 194 élèves
1965-1966 : 204 élèves
1966-1967 : 191 élèves
1967-1968 : 180 élèves
1968-1969 : 182 élèves
1969-1970 : 182 élèves
1970-1971 : 189 élèves
1971-1972 : 187 élèves
1972-1973 : 168 élèves
1973-1974 : 171 élèves
Nous y trouvons les enseignants :
Section filles et gardienne.
Au 4e degré : Madame BEAUJEAN
Au 3e degré : Madame COLBRANT et en religion Madame Marie-Rosa
Au 2e degré : Mademoiselle BUSINE
Au 1er degré : Madame D’HAENE
A l’école gardienne : Mesdemoiselles DESMYTER et PIPERS.
Puis plus tard :
Mademoiselle Nelly LANNOO, directrice ; Mesdames CANTRAINE, MASQUELIER, STEWAERT et Mademoiselle DESMYTTER, institutrices.
Section garçons :
Madame CHEVALIER, directrice ; Monsieur COUPLEUR, instituteur.
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Anciennes écoles privées
Ecole Vermeille.
En 1830, une maison où l’on donnait des cours rudimentaires existait rue de l’Ecuelle. Cette école avait été ouverte par Monsieur Jean-Baptiste Mariage, géomètre, dit « Vermeille ». Aucune trace de l’effectif n’a été retrouvée.
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Ecole Bernard.
Vers 1840, une certaine Marie-Rose BERNARD fondait une classe mixte à la rue de l’Eglise. Cette demoiselle se dévoua durant de longues années au service d’enfants, dont le nombre variait entre 35 et 40 unités. Près de 25 appartenaient à la classe indigente et c’est avec peine si l’enseignante pouvait en obtenir 40 centimes par tête et par mois.
Tenant compte de la longue expérience de cette dame laïque et considérant son dévouement et sa ténacité exemplaire, les autorités communales n’hésitèrent pas à lui allouer un subside annuel de 50 francs pour le maintien de son école ; ce secours fut porté à 95 francs en 1888. Mademoiselle Bernard cessa son activité en 1892.
C'était l’ancienne maison occupée jadis jusqu’en 1916 par Léon Bernard dit « Missaire » et en 1974 propriété de Madame Deroo.
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Ecole Bagnon
Une autre école moins importante, existait également rue Ecosse. Elle était tenue en 1844, par Mademoiselle Clémentine Dussart dite « Bagnon ». La construction a été démolie en 1912 ; c’était la maison « Tourate ».
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Ecole Mouleux
Vers 1846 un déserteur français, le sieur Louis d’Hernoncourt dit « Mouleux » s’installait au hameau du Petit-Rumes. C’était un cultivateur ; à Taintignies il exerçait le métier de « chasse meunier » au moulin de Clermaie. Ce personnage instruit ouvrait rapidement une école, rétribuée par la Commune de Rumes. Le dit hameau à l’époque, faisait en effet partie de cette commune ; après son rattachement à Taintignies, les autorités communales conscientes des services rendus à la petite enfance par l’enseignant, lui rendirent hommage ainsi qu’en témoigne une délibération en date du 19 octobre 1866 :
« …considérant que le sieur Louis d’Hernoncourt, instituteur privé au hameau du Petit-Rumes, exerce ses fonctions depuis 20 ans ; considérant que cette école a le caractère d’une école gardienne et qu’elle peut avantageusement recevoir les enfants en dessous de l’âge de sept ans, de ce hameau et de ceux de la Déroderie, de la Digue et de Clermaie, que l’administration communale leur reconnaîtrait le droit de fréquenter gratuitement aux termes de l’article 5 de la loi du 25 septembre 1842 ; considérant que ce sera un avantage pour les enfants des dits hameaux d’être préparés à entrer à l’école primaire de Taintignies lorsqu’ils auront atteint leur septième année ; attendu qu’il est du devoir d’une administration d’étendre la sollicitude pour cette classe se intéressante d’enfants et par conséquent, d’encourager et de rémunérer l’instituteur qui se voue à leur bien-être, le Conseil décide d’allouer au budget de 1867, une somme de 120 francs pour l’instruction des enfants pauvres de moins de sept ans, qui seront reconnus avoir le droit de fréquenter gratuitement l’école gardienne du dit Louis d’Hernoncourt ».
Enregistrés vers 1950, les souvenirs enfantins de la vénérable centenaire du village décédée depuis, sont extrêmement réalistes et empreints d’une certaine saveur :
« Je devais avoir 5 ans quand je pris le chemin de l’école. A ce moment, au Petit-Rumes, c’était un cultivateur qui faisant la classe … la maison était ensuite la propriété de Jean Dumasy … Bien souvent, pour pouvoir travailler aux champs, Monsieur Louis se faisait remplacer par ses deux filles, Virginie et Marie-Rose. Il n’y avait pas de bancs et aucun tableau. On n’apprenait pas grand’chose. A longueur de journée, petites filles et petits garçons ânonnaient dans leur « croisette » des a.b.c.bi.be.ba… et c’était déjà pas mal pour des « ptits tcho comme nous ». Seul Monsieur Louis avait une table pour pupitre et une chaise ; nous étions assis sur des petits « passets » et nous allions lire chacun notre tour sur les genoux du maître … Je passais ensuite à l’école du Couvent où je terminais à 11 ans car il fallait besogner dur pour gagner sa croûte… »
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Ecole Favier
Une des filles de Louis d’Hernoncourt épousa Monsieur Jean-Baptiste Favier et ce dernier continua l’enseignement de son beau-père, de 1885 à 1893. L’école fut transférée dans les communs de la propriété du boucher Lucien Tiston.
L’effectif comptait 85 élèves en 1888 ; l’instituteur parvenait à fournir gratuitement le local, les fournitures classiques et le chauffage. Devant cette situation, le Conseil communal décida de placer cette école dans les mêmes conditions que celles des communes voisines et alloua à Monsieur Favier, un traitement annuel de 450 francs plus une rétribution de 510 francs pour l’instruction des enfants pauvres soit 6 francs par tête.
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Ecole d’adultes
L’année 1905 voyait la création d’un cours pour personnes adultes qui, ayant suivi le cycle complet du stade primaire, désiraient parachever et perfectionner leur savoir, mais surtout à l’intention de ceux qui l’avaient mal ou incomplètement suivi. Les leçons étaient uniquement données l’hiver et le cours s’appelait « l’école du soir ». Il avait lieu dans une classe de l’école des garçons sous l’autorité de Monsieur Duhem, instituteur.
Signalons encore que la même année et ce, sous l’impulsion de Monsieur Crombez, s’ouvrirent des conférences sur l’agriculture et l’arboriculture fruitière ; les séances se faisaient le dimanche avec comme orateur, Monsieur Roland. La tourmente de 1914-1918 sonna la fin de ces initiatives.
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Ecole ménagère et de coupe
Les cours prirent naissance en 1911, à l’école communale des filles. Ils étaient enseignés par Mademoiselle MEURISSE, originaire de Ere.
Mais en 1927, l’école libre de la Sainte-Union le rétablit en même temps qu’elle instaure une classe ménagère.
Ces cours sont à l’époque très suivis. La théorie en est confiée à Mademoiselle Lydie FOURMY et la Supérieure Dame Adélaïde en assure la partie pratique.
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L’EGLISE CATHOLIQUE
Première église
Comment parler du village sans dire un mot de la modeste église qui fait partie intégrante de son paysage ?
Pour le croyant, le clocher n’est-il pas le point de ralliement de la piété, le signe qui dessine dans le ciel celui de la prière, le geste du temple vers le Seigneur et l’appel de la terre à l’Infini ?
Et la maison qu’il abrite et protège, où voisinent autels, statues et images sacrées parmi l’encens et les chants des offices, c’est la Maison de Dieu où l’âme paysanne s’affermit dans les solides vertus de sa race.
Mais le clocher, nous dira aussi Richard DUPIERREUX, « c’est encore tout autre chose » !
C’est là que vit l’âme de la bourgade toute entière. Lorsqu’on entend la voix des cloches, c'est la vie quotidienne qui s’exprime dans ses joies et dans ses souffrances.
Il a sa manière à lui de parler quand il veut dire qu’un enfant est né, que l’amour a uni pour la vie la femme et l’homme ou que quelqu’un vient de voir s’ouvrir devant lui les portes noires de la mort … »
Tous, croyants et incroyants, nous avons cet amour du clocher ; il est vraiment notre village et quand bat son gros cœur de bronze, c’est encore notre cœur à tous qui bat …
Rien jusqu’à présent ne nous a mis sur la trace de l’origine et des bâtisseurs de notre première église, mais nous savons déjà qu’à la fin du XIe siècle, l’Abbaye de Saint-Amand possède à Taintignies fermes et biens lui apportés par le chevalier tournaisien Radulphe d’OSMONT et que l’Abbaye de Saint-Martin y avait également dès 1092 une grande métairie. Nous savons aussi que Simon de VERMANDOIS, prince de sang royal des Capétiens, évêque de Tournai et de Noyon, donne l’autel de Taintignies à l’Abbaye de Saint-Amand en 1133. L’on voit par là que notre paroisse est très ancienne.
Elle appartenait avant le Concordat de 1801 au diocèse, à l’archidiaconé et au décanat de Tournai.
Les archidiaconés qui groupaient jusqu’alors un certain nombre de paroisses avaient été créés au IXe siècle ; l’archidiaconat n’est plus aujourd’hui qu’un titre honorifique. Quant aux doyennés tels que nous les connaissons, ils datent du temps de la domination française. Taintignies fait, depuis, partie du doyenné d’Antoing.
Jusqu’à la révolution française de 1789, l’Abbé de Saint-Amand était collateur de la cure de Taintignies et l’Abbé de Saint-Martin en était le principal décimateur. En dehors des services religieux, les habitants payaient la dîme qui s’élevait en général à un dixième de la récolte.
De cette redevance, le curé du dit lieu ne touchait qu’un sixième ; mais à ce faible revenu venait s’ajouter celui des biens appartenant à l’église consistant en une maison avec neuf cens de terre et jardins. Il jouissait en outre d’un beau et grand presbytère comprenant jardin et trois bonniers et demi de terre. Comme on le voit, cela constituait un revenu appréciable.
Les paroissiens étaient tenus d’avertir le pasteur du jour qu’ils cueilleraient leurs grains et leurs fruits. Ils devaient laisser la récolte sur les champs et sous les arbres jusqu’à la visite du curé et des décimateurs.
Bien mieux, avant de pouvoir enlever les gerbes de leurs champs les manants devaient attendre qu’une cloche, la « cloche décimale » sonne à toute volée. C’était pour eux le signal que le « dîmeur » avait prélevé la part revenant aux décimateurs. Ce dîmeur aussi appelé « tourneur de dîmes » jouait un peu le rôle de notre receveur de contributions. Aussi devine-t-on qu’il n’avait pas la quote d’amour !
Les jardins ensemencés en blé, seigle ou orge, cultivés en fraude du droit du curé, étaient taxés.
La dîme paroissiale fut abolie par décret du 16 thermidor de l’an V (3 août 1797), rétablie fin 1799 pour disparaître définitivement sous le Concordat en 1801.
Au curé de Taintignies appartenait la tenue des registres de l’Etat Civil, mission qui était impartie au clergé selon l’Edit perpétuel de 1611. Ces registres furent rédigés en latin jusqu’en octobre 1766 et dès lors en français. Malgré l’interdiction de Joseph II, ils étaient encore fin 1794 parmi les attributions du curé Barthélémy VERMER.
L’église paroissiale de Taintignies est dédiée à Saint-Amand dont elle porte le nom. Sa dédicace se célèbre le 6 février.
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De quand date le sanctuaire qui précéda l’actuel ?
Nos investigations se sont arrêtées à un document tout récemment découvert dans les greniers de la cure. C’est l’épitaphe de l’abbé Frisoy, curé de Taintignies de 1607 à 1641 et qui fut enterré dans le chœur. C’était alors la coutume d’inhumer sous les dalles du sanctuaire les grands bienfaiteurs de l’église et les Seigneurs.
De la vieille église, que la pierre tombale susdite, permet de situer déjà au début du XVIIe siècle, il reste quelques pans de murs bas et branlants qui constituaient autrefois l’enceinte de son cimetière.
De cette époque nous est connu le rapport d’une visite décanale d’où il ressort « qu’à Taintignies le chœur n’est pas bien couvert » et que les anciennes ordonnances qui défendaient de loger dans le Tabernacle, les boîtes aux Saintes Huiles, n’étaient pas respectées ; ces dernières voisinaient avec le Ciboire et le Saint-Sacrement.
Fin 1664, un écrit de l’Abbé Syraux, curé de Taintignies, qui « se plainct que le clercq est fort négligent nettoyer l’église ». Dans ce vénérable et antique sanctuaire que la sécurité publique commanda d’abattre en 1889, nos grands-pères ont reçu le baptême ; ils y sont venus s’agenouiller et prier dans leur enfance et leur jeunesse ; beaucoup s’y sont mariés.
C’était un édifice semi-classique, construit en briques et dont les angles et tours de fenêtres s’agrémentaient de pierres. Le clocher assez trapu dépassait la nef de quelque cinq mètres, flèche non comprise et le toit en pente très inclinée était recouvert d’ardoises.
Il s’étendait parallèlement à la rue de l’Eglise, son entrée faisait face à la cure.
Près de celle-ci la grange aux dîmes qui deviendra vicairie en 1875 et qui est actuellement logis collectif communal.
Tout autour de l’église le champ de repos où les tombes alignaient leurs tertres identiques marqués d’une croix de bois et quelques rares monuments. La tour commandait à la cité des vivants comme à la cité des morts, car l’une et l’autre s’associaient à son ombre en un fraternel voisinage ; la tombe alors restait toujours attachée à l’aire du clocher.
Notre centenaire Rosalie, à la si lumineuse mémoire, s’est mariée dans la vieille église en 1881, le samedi de la Pentecôte. Elle se plaisait souvent à évoquer le souvenir du « bon curé » d’alors : l’Abbé Declercq.
« Figurez-vous qu’il ne voulait plus marier ce jour-là ! Pensez bien, il était interdit de manger de la viande ! Un mariage sans viande, ça n’aurait pas d’allure, pas vrai ? Aussi, nous avons tellement insisté qu’il nous a tout de même accordé la permission et la dispense, mais nous avons été les derniers à profiter de cette faveur. C’était un bien bon curé, allez ! »
Jusqu’en 1861, le clerc paroissial sonnait midi et recevait, pour ce faire, une rétribution de chaque famille. L’usage tomba la même année, mais le conseil communal jugeant que cette sonnerie des cloches était fort utile à tous les habitants, la rétablit et vota pour l’année suivante un subside de 60 francs à titre de traitement au clerc.
Dans le chœur de l’église fut enterré l’abbé Thimothée Carpentier dont acte :
« Die tri gesime prima mensis jannarij 1766 mortuus est dominus Ludovicus thimoteus Josephus Carpentier pastor hujus parochioe per trigenta septum annos, et sepultus primà fabruarij in ecclésia presentibus Reverendis dominis Nicolas francisco Josepho Faijmont pastore in Froidmont et Eustachio francisco Landrieu sexaginta sexto annorum et fuit sacrapento munitus.
(s) N.F.S. Faijmont past in
froidmont E.F. Landrieu, pastor in
Esplechin J.B. Bellaij pastor in Ere.
Dans le choeur encore se trouvaient les tombeaux des Barons Le Clément de Saint-Marcq.
Sur la muraille, à gauche en entrant, se détachait une inscription dorée sur fond noir : l’épitaphe des Le Clément et des d’Ostrel, surmontée de leurs armoiries accolées sous une couronne de baron et supportées par deux lions regardants.
En 1807, par décret de Monseigneur Hirne, le hameau du Petit-Rumes fait partie de la circonscription ecclésiastique de Taintignies, tout en restant sous juridiction civile de Rumes.
Cette situation ne manque pas de provoquer l’agrandissement du cimetière déjà en 1844, les gens du Petit-Rumes comme ceux de la Seigneurie de Florent y venant inhumer leurs morts. Elle entraîne même en 1853, une proposition de déplacement à laquelle le conseil communal répond par la négative. Mais le 27 août 1861, un arrêté royal décrète sa suppression et son transfert hors de l’enceinte de la localité pour cause d’insalubrité publique étant donné qu’il est situé au milieu d’un nombre considérable d’habitations. La commune ne peut que s’incliner et s’exécuter et, en 1864, le nouveau cimetière est ouvert. On procède aux premières translations des plus anciens monuments.
Désaffecté, abandonné des morts et des vivants le vieux champ de repos à l’ombre du clocher subira peu à peu l’envahissement des herbes folles …
En 1873, le presbytère insalubre et vétuste est dans un tel état de délabrement qu’il devient impossible de le restaurer. Une nouvelle maison curiale est construite, tandis que la grange aux dîmes, restaurée et aménagée deviendra vicairie. L’Eglise aussi, présente depuis de nombreuses années des signes de détresse et de lassitude dans les lézardes que lui a infligées la morsure du temps. Déjà en 1867, elle avait fait l’objet de la construction d’une nouvelle tant les réparations qu’elle demandait s’avéraient fort dispendieuses.
« Ce vieux monument, nous dit un rapport de 1876, est d’une exiguïté telle que les habitants s’y trouvent chaque dimanche massés, d’où il résulte une insalubrité compromettante pour la santé des personnes.
Considérant que cette église tombant en désuétude ne présente aucun caractère architectural et que si l’on voulait la restaurer, il est certain que l’on n’obtiendrait pas un avis favorable ni de la commission médicale ni de la commission royale des bâtiments ; considérant que les dépenses seraient faites en pure perte sans qu’il soit remédié à son agrandissement, le terrain étant trop exigu et sans même faire disparaître son insalubrité, le conseil décide de procéder aux réparations les plus urgentes pour mettre ladite église dans un état convenable d’entretien, en attendant la construction d’une nouvelle ».
Ici, se place une petite anecdote de 1877 :
L’Abbé Declercq rencontre en chemin son paroissien Alphonse Catoire dit Marie Claire :
Le curé : Alors Alphonse, il me semble qu’on ne fait guère d’effort pour assister à la messe !
Alphonse : Ben, monsî l’curé, ch’n’est pu l’pène !
Le curé : Ah ! et pourquoi ? Le Bon Dieu n’est-il pas toujours le même que celui de votre enfance et de votre jeunesse ?
Alphonse : Ch’est pon cha, maî l’curé ; jèn’au pon la queonte mais j’va vo dire qu’in n’est pu bin in sûrté d’din vo n’égliche, il y pléeut tout l’tim. In vou l’jour à travers. Alors les prières i passent tout out ! Autant les dire
à s’maiseon !
Le brave curé en rit, mais s’en revint un peu plus peiné en songeant à sa pauvre et misérable petite église. Une fois de plus, au prône du dimanche, il afficha la détresse du lieu saint, appelant l’attention et la sollicitude des sphères supérieures.
Cette situation lamentable durait encore en 1889, quand survint un accident qui précipita les décisions.
« C’était, raconte Madame Delrue – la doyenne actuelle du village – le jeudi saint pendant l’office du soir. Il pouvait être huit heures, le Père prêchait, quand tout à coup, dans un fracas épouvantable le jubé s’effondra, semant comme bien l’on pense, une grande panique parmi les fidèles. Il n’y eut heureusement et par
miracle, aucun mort à déplorer. »
Emue devant cet accident matériel qui eût pu être des plus graves du point de vue humain, prévoyant que Monseigneur l’évêque de Tournai va incessamment jeter l’interdit sur l’église et qu’il y a urgence de pourvoir aux nécessités du culte, l’administration communale ordonne la fermeture du sanctuaire et la construction d’une église provisoire.
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Nous eûmes alors « l’Eglise de bois ». Madame Brébart offrit généreusement un terrain servant de prairie pour qu’on procédât immédiatement à la construction.
Pendant un peu plus de deux ans, les paroissiens de Taintignies suivront les offices religieux dans « l’église de bois » sise rue du Cimetière, attenante à la ferme Dumortier.
Entretemps, les démolisseurs s’étaient mis à la tâche. Brique par brique, pierre par pierre, la vieille église disparut et la nouvelle sortit de terre. On en conserva que quelques objets précieux que l’on peut voir dans l’église actuelle et dont ci-dessous la liste :
N° 148 – Ciboire en argent de 1771, forme et décor d’un type particulier et intéressant. La coupe et le couvercle de conformation irrégulière et mouvementée sans ornementation. Tige et pied à quatre lobes séparés par des filets en creux. Quatre poinçons de Tournai – T couronné. Tour couronnée, date 71. Orfèvre : les lettre G.S. (Ghislain Gaspard Sally) avec la croix de passion. Les mêmes poinçons se répètent en format plus petit. Hauteur : 44 cm.
N° 149 – Ostensoir à soleil en argent, de 1767. Le pied comporte deux têtes d’anges, à la naissance des rayons. Tige et pied ovale avec ornements repoussés et ciselés. Il porte une longue inscription : « Monstrance de la paroisse Saint-Amand à Taintignies faite en 1767 par l’échange de la vieille et la libéralité de Madame de Saint Marcq, dame du lieu et de son frère, chanoine de Tournai et la communauté, pour lors pasteur Mr Dupont.
N° 150 – Calice en argent doré du XVIIe siècle. La fausse coupe est ornée de médaillons ronds, avec des anges portant les instruments de la passion, tige hexagonale, nœud à tête d’ange, pied à six lobes ornés de sujets en bas relief : la cène, Jésus au jardin des Oliviers, la flagellation, le portement de la croix, le crucifiement, l’Ascension. Sur le bord, double bordure, l’une à oves, l’autre à palmettes. Sous la coupe il est gravé : D.P.n. (divo patri nostro) Benedicto Danericus Boville (dedit) DD.
Au-dessus de cette inscription, un blason en or émaillé a été soudé ; il porte pour armoiries : de … à l’aigle de … au chef de … portant … ? Pas de poinçons. Hauteur : 26 cm. Orfèvre tournaisien, sous doute de Surmont.
N° 151 – Croix d’autel sur socle – Crucifix en argent, XVIIe siècle.
N° 152 – Couronnes de vierge en argent et ex-voto en or (3 pend. A col en forme de croix).
N° 153 – Statue de la Ste Vierge, en bois, XVIIe siècle, hauteur 90 cm.
N° 154 – Autre statue de la Vierge sur socle, XVIIIe siècle – hauteur 45 cm.
N° 155 – Confessionnal du XVIIe siècle, en mauvais état, provenant de l’abbaye de Saint-Amand.
N° 156 – Tableau : Saint Jean l’évangéliste, d’après Rubens – copie moderne.
N° 157 – Statue de Saint-Joseph – auteur Aimable Dutrieux originaire de Taintignies – date de 1875.
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Le nouvel édifice coûta 100.000 francs. La situation financière de la Fabrique d’église et de la commune était, à l’époque, très précaire. Aussi acceptèrent-elles avec reconnaissance la généreuse donation de Madame Gabrielle Lejeune, comtesse di San Rocco, soit 50.000 francs. A ce don vint s’ajouter un autre de 10.000 francs de Madame François Crombez - Verheyden. L’ensemble fut couvert par la part du gouvernement soit un sixième, les souscriptions particulières et 15.000 francs que paya la commune pour solde de compte. La première pierre fut posée en février 1890.
L’abbé Declercq avait tant désiré cette église ; pour elle, il avait tant travaillé sans ménager ses peines. Ce pasteur si aimable, généreux et prudent eut la joie et le bonheur de la voir achevée, inaugurée et bénite le premier dimanche de septembre 1891, double jour de fête pour ses ouailles, car c’était la « ducasse ».
Il n’en jouit malheureusement pas longtemps ; quelques mois plus tard la mort le ravissait à l’affection de ses paroissiens.

L’édifice est situé à la croisée des rues de l’Eglise et du Cimetière, à environ deux cents mètres de la Place communale.
Entièrement bâtie en pierre de Tournai et conçue dans un style ogival, d’après les plans de l’architecte lillois Cordonnier, l’église offre un aspect grandiose et monumental. Elle occupe un emplacement de 43 mètres de longueur et de 18 mètres de largeur.
Un lourd portail de chêne orné de ferrures, que domine un souriant Saint-Amand, nous invite à y pénétrer.

Deux rangées de six puissantes colonnes monolithes séparent les trois nefs. Et de suite, les yeux sont accrochés par les grands vitraux dont les vives et chatoyantes couleurs, percées par les rayons de soleil, éclaboussent les dalles du sanctuaire de mille feux de diamants. Placées en 1905 par Messieurs Capronnier et De Keghel, dessinateur et peintre -verrier bruxellois, ces œuvres présentent avec délicatesse, les traits de la Vierge et de différents Saints : Sacré-Cœur et la Sainte- Vierge, Saint-Joseph et Saint- Eugène, Saint-Louis et Saint-Amand (patron de la paroisse), Saint- Jean-Baptiste et Saint- Gérard, Sainte-Thérèse et Saint-Antoine.
Le chœur, tout éclatant de fraîche blancheur, met en relief un remarquable maître – autel en pierre d’Italie, exécuté par le sculpteur tournaisien Legrain ; son retable, en marbre encadré de pierre de France, date de 1920 ; le tabernacle, travail de l’orfèvre Durieu de Kain, est surmonté d’une couronne royale et présente une porte artistement ouvragée en cuivre doré. C’est un don de Mme Joachim Dutrieux-Boursier.
Enfin, un bel ostensoir gothique en cuivre doré, offert par Mr Jean Axensalva le 24 juillet 1937 et un fort beau lutrin, cadeau de la paroisse à son jubilaire l’Abbé Couvreur en 1946.
Latéralement et faisant une haie d’honneur au maître – autel, de magnifiques fresques murales inspirées des Anges musiciens de Fra-Angelico, attirent l’attention ; elles sont dues au pinceau du peintre Mahaux. Citons aussi, en hommage aux morts de 1914-1918, deux tableaux souvenir mis en place en 1920. Toujours dans le chœur et face à la sacristie, une chapelle privée rappelle les généreuses interventions financières de la comtesse San Rocco en faveur de l’érection de l’édifice.
Tournant le dos au banc de communion en fer forgé, nous sommes frappés par l’œuvre la plus précieuse du lieu saint : une grande verrière, illustrant le Couronnement de la Vierge, déverse, sur le jubé un flot coloré de teintes multiples ; ce merveilleux vitrail provient des ateliers de Maître Camille Wybo, peintre – verrier tournaisien. On le doit encore à la pieuse générosité de Madame la Comtesse.
Arrêtons-nous à présent aux Stalles et confessionnaux. Ils ont été posés en 1898 et sortent des écoles Saint-Luc de Tournai. Comme le maître-autel, le vitrail du Jubé et le banc de communion sont dus à la Comtesse.
La chaire de vérité est en chêne sculpté et ses faces découvrent le profil des quatre Evangélistes ; elle est originaire de la Chapelle des Frères des écoles chrétiennes d’Annapes (Nord France). Exposée pour vente à l’école Saint-Luc à Tournai, elle fut acquise par la paroisse de Taintignies pour la somme de 800 francs à l’époque ; Monsieur Allard, Curé de Grosage, originaire du village et Mademoiselle Thérèse sa sœur, prirent les frais de placement à leur charge.
Dans le fond de l’église, et surplombant les bénitiers, deux plaques de marbre sont scellées : l’une, en reconnaissance à l’abbé Declercq, bâtisseur de l’édifice ; l’autre est une reproduction de l’épitaphe de la famille Le Clément de Saint-Marcq, inhumée dans le chœur. L’emplacement des Fonds Baptismaux s’agrémente d’une dalle en pierre bleue, à lettres gothiques or, dédiée à la grande bienfaitrice, comtesse San Rocco et de quelques peintures sur toile de l’abbé Marcel Dutrieux, enfant de Taintignies. Ces tableaux, de très bonne et solide facture, représentent la rencontre de l’Ermite Paul et de Saint- Antoine, Saint- Jean et l’Aigle et la rencontre du Christ avec Saint- Pierre.
Les petites nefs possèdent chacune un autel en chêne sculpté. Dédiés à la Sainte Vierge et à Saint-Joseph, ils sont l’œuvre de Maître Discail ; les plaques de cuivre ornant leur retable ont été ciselées par l’orfèvre Durieu rappellent Saint Dominique et Saint Simon Stock à l’autel de la Sainte Vierge ; Sainte Marguerite-Marie et Sainte Julienne à l’autel du Sacré-Cœur. Le chemin de Croix avait été donné par Mr Amé Minet, le 5 janvier 1893. Il a été remplacé par un autre peint sur toile, en 1927, œuvre de Mr Trenteseaux et est un don des paroissiens dont les noms figurent sous chaque station.
L’ancien avait été remisé dans les combles et notre ancien vicaire, Mr Victor Vandeweghe, fut bien heureux de pouvoir le « dépoussiérer » et le remettre en valeur à Péronnes dont l’église fut entièrement démolie en 1940.
Les tableaux muraux qui les surplombent ont pour auteur le peintre tournaisien Facon ; l’un figure Saint-Amand Evangéliste tandis que l’autre représente une copie italienne de la Vierge et l’Enfant. Notons-y aussi les confessionnaux, également en chêne, sortis des ateliers de l’école Saint-Luc de Tournai en 1898.
Notons enfin que deux jolies statues modernes en chêne, ornent chacune une colonne à l’entrée du chœur. Ce sont la Sainte- Vierge et Saint- Amand, œuvres de notre concitoyen et artiste Charles Montois.
Ce petit tour d’inspection n’est qu’un inventaire assez sommaire de la richesse paroissiale.
A l’étranger qui passe, nous pouvons fièrement dire :
« Entre et sois le bienvenu dans la paix de ce sanctuaire, tu n’en sortiras pas déçu ».
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Petit fait historique et son épilogue.
Vers 1950, la paroisse de Wez-Velvain décide de procéder à des travaux de réparations à son église. Probablement au hasard d’une fouille dans les archives, les autorités responsables découvrent que le hameau du Petit-Rumes à Taintignies fait partie de la circonscription légale de la dite paroisse Saint -Piat. Il n’en faut pas plus pour inciter ces autorités à réclamer chez nous, une intervention dans leurs frais.
Or le Petit-Rumes, anciennement sous juridiction de Rumes, était passé administrativement à Taintignies en l’an 1866, alors qu’il y était déjà rattaché spirituellement depuis 1807 !
On s’étonne ainsi qu’il fait, à la fois, partie de deux succursales ; grâce à Monsieur l’abbé Pasture, les démarches entreprises pour la régularisation de cet état de fait ne tardent pas à porter leur fruit en faveur de Taintignies. Rien de mieux que la copie de la correspondance ci-après pour nous éclairer :
Le 6 décembre 1949.
L’Evêché de Tournai au Ministre de la Justice.
Monsieur le Ministre,
Suite à votre dépêche du 2 courant, j’ai l’honneur de solliciter de votre part une décision, remettant en concordance la circonscription civile des succursales de Saint – Piat à Wez-Velvain et de Saint – Amand à Taintignies avec les limites canoniques de ces deux paroisses.
Dans ce but, il y aurait lieu de détacher le hameau du Petit-Rumes de la succursale de Saint – Piat à Wez-Velvain, pour l’annexer à la succursale de Saint – Amand à Taintignies ; les limites du hameau en cause étant celles fixées par la loi du 7 juillet 1866 transférant ce hameau de la commune de Rumes à la commune de Taintignies.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.
(s) Jules Lecouvet
Vicaire Général.
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Le Commissaire
d’Arrondissement au Bourgmestre de
Taintegnies
23/12/1949.
Monsieur le Bourgmestre,
Par lettre ci-jointe, en copie, en date du 6 décembre 1949, Monseigneur l’Evêque de Tournai demande que le hameau de Petit-Rumes à Taintegnies, soit détaché de la circonscription légale de la paroisse – succursale Saint- Piat à Wez-Velvain – Guignies – Taintegnies, pour être annexé à la paroisse – succursale Saint- Amand à Taintignies.
A la demande de Monsieur le Ministre de la Justice, je vous prie de soumettre cette demande à l’avis de votre conseil de fabrique et de votre conseil communal. Les délibérations à intervenir me seront transmises en cinq exemplaires.
Veuillez noter, Monsieur le Bourgmestre, que les limites du hameau en cause étant celles fixées par la loi du 7 mai 1866, transférant ce hameau de la commune de Rumes à la commune de Taintignies, la production d’un plan territorial et d’une notice descriptive des dites limites est superflue en l’espèce.
Le commissaire d’arrondissement
(s) Lelubre
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Le conseil de la Fabrique d’église au Bourgmestre,
19/1/50
Monsieur le Bourgmestre,
Comme suite à la dépêche que vous nous avez communiquée concernant la demande introduite par son Excellence Monseigneur l’Evêque de Tournai auprès de Monsieur le Ministre de la Justice, en vue de détacher le hameau dit « Petit- Rumes » à Taintignies de la circonscription légale de la paroisse succursale Saint- Piat à Wez (Velvain) Guignies – Taintignies, pour être annexé à la paroisse succursale Saint-Amand à Taintignies, nous avons l’honneur de vous faire savoir que le conseil de Fabrique d’église de Taintignies a décidé à l’unanimité de ses membres, au cours de sa séance du 8 janvier 1950, de donner son accord à la proposition de Monseigneur l’Evêque de Tournai visant à mettre en concordance la circonscription civile des succursales Saint-Piat à Wez (Velvain) Guignies et Taintegnies avec les limites canoniques de ces deux paroisses et cela en détachant le hameau dit « Petit-Rumes » de la succursale de Saint-Amand, à Taintignies, les limites du hameau en cause étant celles fixées par la loi du 7 mai 1866, transférant ledit hameau de la commune de Rumes à la commune de Taintegnies.
Veuillez agréer, Monsieur le Bourgmestre, l’assurance de notre considération
distinguée.
Le Président. Le Secrétaire.
F. Jacmin J.Marquegnies.
Les membres :
Em. Dutrieux – Jules Dutrieux – G. Dutrieux – L. Dutrieux.
Epilogue :
Du Ministère de la Justice, administration des Cultes : Charles, Prince de Belgique, Régent du Royaume :
Vu la requête par laquelle Monseigneur l’Evêque sollicite l’annexion de la paroisse – succursale Saint- Amand à Taintignies, du hameau du Petit-Rumes en cette commune, ressortissant à la paroisse Saint- Piat à Wez-Velvain, Guignies et Taintignies.
Vu les avis des Conseils de Fabrique, des Conseils communaux et de la Députation Permanente du Conseil Provincial ;
Vu l’article 61 de la Loi du 18 germinal an X ; sur la proposition du ministre de la Justice ;
Nous avons arrêté et arrêtons :
Art. Ier – le hameau du Petit-Rumes à Taintignies est annexé à la paroisse succursale St- Amand en cette commune.
Art. 2e - Le Ministre de la Justice est chargé de l’exécution du présent arrêté.
Donné à Bruxelles, le 25 mai 1950
(s) Charles.
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Liste des prêtres.
En 1340, était curé de Taintignies, Gilles le Kanonne, dont la sœur Maroie le Kanonne épousa en secondes noces, Jehan de Clermès, bourgeois de Tournai. Nous trouvons la liste des prêtres qui ont administré la paroisse, en une suite continue dès 1597.
Mathieu VAN HEN ou VANNES, curé de Taintignies donna sa démission en 1597 et fut remplacé par Jehan COCQUIERE ou ESCROQUART, lequel se retira aux Anciens Prêtres où il mourut en 1601.
Arnold FRISOY curé de Taintignies de 1607 à 1641. Fut enterré dans le chœur de l’ancienne église.
Noël SYRAUX le remplaça le 19 juillet 1641 jusqu’en 1667.
Antoine COULON 1667-1689
Eleuthère COULON de 1690 à 1722 ; il avait comme vicaire dès 1721 François Joseph CADRAN.
Joseph TERNOIS succéda au curé Eleuthère Coulon. Il permuta le 5 juillet 1723, son bénéfice curial avec Marc-Albert TERNOIS curé de St-Jacques à Tournai. Ce dernier ne résida guère à Taintignies.
N. HOVERLANT, successeur de Marc Ternois mourut à Tournai le 2 septembre 1728 et fut inhumé dans la paroisse de Sainte- Marie- Madeleine.
Louis-Thimothée CARPENTIER était curé en 1739. Il décéda en 1766 et fut enterré dans le chœur de l’église.
Nicolas-Joseph HAROU de février à octobre 1766.
Jacob-François-Joseph DU PONT, curé de 1766 à 1785, et dont voici l’acte de décès :
« L’an dix-sept cent quatre-vingt-cinq, le deux de septembre vers les quatre heures après midi, est décédé en cette paroisse de Taintignies maître Jacques-François- Joseph Eloi du Pont, pasteur de cette paroisse pendant dix-neuf ans, fils des feus Monsieur Théobalde, Docteur en médecine et Demoiselle Marie Catherine
Desmoulin et a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le jour suivant. »
(s) Landrieu, curé d’ Esplechin.
Barthélémy VERMER curé de 1786 à 1803. Il devint curé de Willemeau en 1804. Son vicaire était en 1794, Ghislain, Louis, Joseph DUMORTIER qui mourut, curé de la Madeleine à Tournai le 5 janvier 1797. Nous retrouvons Nicolas-Joseph Harou curé de Taintignies, durant l’état de 1803. Il mourut peu après.
Théodore Benoit GOSSE nommé curé en 1803 partit à Willemeau en 1806.
Barthélémy Joseph ROUSSEAU ordonné prêtre vers 1771, fut successivement coutre à St-Jacques à Tournai, sa ville natale, chapelain à l’hôpital de Seclin, vicaire à Pont-à-Vendin, vicaire puis desservant à Mouscron. Il obtint la cure de Hertain en 1791 où il est maintenu par Monseigneur Hirn, lors de l’organisation du diocèse de Tournai. Promu à la cure de Taintignies en 1808, il y décéda le 17 janvier 1824. Par testament du 23 juin 1823, approuvé par A.R. du 24 août 1824, il légua à la Fabrique d’église plusieurs objets et ornements d’église, ainsi qu’une pièce de terre d’un revenu annuel de 14 florins 17 centimes à charge de faire célébrer annuellement et à perpétuité un obit et des saluts pour le repos de son âme.
Jean-Baptiste TASSART, curé de Taintignies en 1824, fut transféré à Wasmes (Borinage) en 1831.
Son successeur Amand Joseph CAMPENER fut transféré à Hollain en 1839. C’est sous son pastorat que les Dames de la Sainte- Union furent établies à Taintignies en 1834, lors de la création de l’école libre des filles.
Hubert – Joseph MENART nommé à Taintignies en 1839, partit à Wasmes–Briffoeil en 1844.
Emmanuel – Joseph JAUNIAU obtint la cure de Taintignies en 1844, venant comme vicaire de Roucourt et Dour. Il mourut en la paroisse le 4 juin 1852.
Sa mémoire est restée en très grande vénération parmi les habitants de Taintignies.
A l’occasion d’une mission dans sa paroisse, ce zélé curé monta à l’autel, exposa le Très Saint Sacrement et d’une voix entrecoupée de sanglots il prononça ces paroles :
« Pardon mon Dieu, pardon pour mes propres péchés, pardon pour les péchés de mon peuple, et s’il faut une victime à votre justice irritée contre nous, frappez-moi, je suis prêt, à votre exemple, ô mon Dieu, à donner ma vie pour mes paroissiens ».
Il semble que le Seigneur ait accepté ce sacrifice. Quelques temps après, on trouva, un matin, Mr Jauniau mort dans son lit.
Simon – Etienne – Joseph DROUILLON fut curé d’octobre 1852 au 8 février 1853, puis vicaire à N.D. à Tournai et chapelain de la Cathédrale. Le vicaire de Taintignies était en 1853 Mr Alphonse DELFERIERE.
Dosithée COUSART, ordonné prêtre en 1840, vicaire à Gerpinnes, obtint la cure de Taintignies, le 1er juin 1853 où il décéda des suites d’une pleurésie en 1873. C’était un pasteur zélé. Il était la joie de ses collègues et de ses amis, dont il embellissait les réunions par son aménité et son humeur communicative.
Théophile – Auguste – Joseph BORREMANS du 15 février 1873 au 6 juin 1877, mort à Wasmes en 1888.
Augustin – Adolphe DECLERCQ naquit à Rebaix le 11 mars 1841. Ordonné prêtre le 26 mai 1866 ; après avoir été vicaire à Quiévrain, il obtint la cure de Taintignies le 7 juin 1877 où il mourut le 3 novembre 1891. C’est sous son impulsion et grâce à sa persévérance jamais lassée que fut érigée l’église actuelle.
Un autre prêtre fort distingué et non moins apôtre lui succéda. C’est Jean-Baptiste LECOMTE né à Evregnies le 9 février 1856, ordonné prêtre le 6 janvier 1879 et qui fut vicaire à Notre Dame à Tournai puis curé de Saint-Lazare, toujours à Tournai. C’était un saint homme, un cœur humble et généreux, une nature très charitable. Retraité vers 1926, il mourut à Ellezelles où il s’était retiré avant 1940. Il eut comme vicaire après la guerre l’Abbé BAR, prêtre français, nommé curé dans la suite à Willaupuis et qui devait décéder tragiquement d’un accident d’automobile en 1928.
Nestor COUVREUR ancien curé de Lesdain, nommé à Taintignies en 1926. Il prit sa retraite en 1947 et mourut à Tournai en 1950. Il eut successivement comme vicaires les abbés : DUMASY, retraité à Froyennes ; DRAPIER aujourd’hui curé à Ville-Pommeroeul ; VANDEWEGHE nommé curé à Péronnes en 1944 et y décédé en 1950 ; DESABLENS, curé de Guignies et le Père E. WATRIN de 1946 à 1947.
Jules MARQUEGNIES né à Deux-Acren le 25 avril 1896, fut ordonné prêtre le 7 août 1921. Il fut maître d’études au Collège de Kain, préfet de discipline à l’Ecole Normale de Braine-le-Comte, vicaire à Maurage, curé à Huissignies et en 1848, curé à Taintignies. Il y décéda le 16 novembre 1952 après une cruelle maladie, qu’il supporta avec un courage et une résignation exemplaires, forçant l’admiration de ses ouailles. Curé très actif, très dynamique, travailleur infatigable et aux idées très larges, il avait su conquérir la sympathie de tous ses administrés par sa simplicité, sa bonté et la franche bonhomie qui se lisait sur ses traits. Sa paroisse le pleure et conserve
pieusement son souvenir.
Monsieur le vicaire Philippe LIESSENS assura les fonctions pastorales depuis la mort de Monsieur Marquegnies jusqu’en mai 1953 où Monseigneur l’Evêque nomma comme desservant le sympathique R.P. Eugène WATRIN qui revient des environs de Virton où il avait été nommé Curé.
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Nos cloches
Les cloches sont l’âme et les voix du clocher. Elles aussi, ont une histoire et leur odyssée …
Elles étaient deux sœurs qui s’aimaient bien tendrement, battant à l’unisson et ne se quittant jamais… La plus grande à la voix profonde fut hissée en 1775. Son parrain fut Dom Robert Delezenne, abbé de Saint – Martin et sa marraine Noble Dame d’Ostrel, douairière de Saint-Marc. Mais … écoutons-le nous dire en ses lettres saillant sur sa cuirasse sonore :
« L’an 1775, j’ai été bénite et suis nommée Marie – Robertine, par Dom Robert Delezenne, abbé de Saint – Martin à Tournai et par Dame Madame Marie-Thérèse Josèphe d’Ostrel, douairière de Messire Philippe Alexandre Joseph Le Clément de Saint-Marcq, Taintignies, Guignies et autres lieux et appartiens aux communautés de Taintignies et Florent. »
Pour lors, Messire Dupont, curé de ce lieu.
Marie - Robertine fut fêlée en 1880. Les paroissiens se cotisèrent pour la remplacer et leurs souscriptions, ajoutées à un don de 1.000 francs du curé permirent de la faire refondre.
En faisant peau neuve, elle changea de nom. Ainsi naquit Rosalie – Marcelline, passablement lourde de 833 kgs et au tour de taille de 3,60 mètres. On la baptisa le lundi de Pâques 1885.
« Suspendue à l’entrée du chœur, nous dit une note laissée par l’Abbé Declercq, elle fut richement parée et de ce fait elle attestait les pieuses sollicitudes de son parrain Marcel Dutrieux, bourgmestre et de sa marraine Rosalie Lefèbvre, veuve Brébart. Après une messe solennelle et une belle instruction du R.P. François de Sales, passionniste, la foule suivit avec le plus vif intérêt les rites sacrés accomplis par Mr le Vicaire Général Bouvry, délégué de son Excellence Monseigneur l’Evêque de Tournai. »
L’inscription nouvelle portait :
« J’ai été bénite par Augustin Doge, curé doyen d’Antoing. Je me nomme Rosalie Marcelline. J’ai eu pour parrain Marcel Dutrieux et pour marraine Rosalie Lefebvre, veuve Brébart.
1885 – Drouot »
Il était écrit que Rosalie – Marcelline souffrirait et mourrait en exil. Descendue en 1943, par des sbires à la solde d’Hitler, elle fut envoyée par eux en terre étrangère d’où elle ne revint plus.
Sa perte creusa un grand vide dont ne purent s’accoutumer les paroissiens. En souvenir de ses puissants accents d’autrefois, ils lui donnèrent une remplaçante au poids respectable de 900 Kgs. Elle fut consacrée le 15 août 1952. Monsieur le Chanoine Houzé, révérend doyen d’Antoing, présida la cérémonie et la bénit. Monsieur Haustraete, directeur des œuvres missionnaires du diocèse de Tournai, chanoine titulaire de la Cathédrale, fit le commentaire des différents rites et prononça l’allocution de circonstance ? Magnifique et touchante cérémonie rehaussée par l’exécution à deux voix de divers motets de la chorale paroissiale et du cantique « Les cloches » tiré du chef-d’œuvre de Colas : « La prière du soir ».
Et pour la troisième fois changeant de nom le bourdon se présente :
« L’an 1952, j’ai été bénite et suis nommée Julienne – Fernande par : Monsieur Fernand Jacmin, notaire et Madame Andrée de Bosque – Crombez, Châtelaine de Taintignies.
Je remplace Rosalie – Marcelline, enlevée le 15 juin 1943, par l’ennemi.
Pour lors, Mr J. Marquegnies, curé de ce lieu.
Sa sœur jumelle vit aussi le jour en 1775. Elle pesait 400 Kgs et avait un diamètre de 0,87 mètre. Que disait-elle de sa voix plus grêle ? Oyez donc :
« L’an 1775, j’ai été bénite et suis nommée Thérèse – Josèphe par Messire Philippe – Marie – Joseph Le Clément de Saint-Marcq, Taintignies, Guignies et autres lieux ; par très noble Demoiselle Marie-Thérèse Philippine Le Clément de St-Marcq, frère et sœur.
J’appartiens aux communautés de Taintignies et Florent »
Pour lors, Mre Dupont, curé de ce lieu.
Le départ de Rosalie – Marcelline en 1943 l’attrista beaucoup. Toute seule pour remplir son office, elle se fêla. Messieurs Emile Dutrieux, membre de la Fabrique d’église et Denis Belin, secrétaire communal se chargèrent de réunir les fonds nécessaires à sa refonte, par une quête dans la paroisse. La commune de Taintignies paya le solde de la somme qu’exigeait le fondeur Michiels.
La petite Thérèse revint toute fraîche et bien retapée, reprendre sa place sous la croix du clocher, après bénédiction et consécration le 15 décembre 1948.
Sous l’ancienne inscription s’ajouta :
« Je fus refondue en 1948 par les soins de l’Administration communale et de l’abbé Marquegnies, Curé de cette paroisse.
Me refondit Michiels Fr. Tornaci. »
Bourdon et petite cloche, comme jadis dans la petite église en briques, sont à nouveau réunis et se complètent. Pour les vivants et pour les morts, intimement mêlées à nos joies et à nos deuils, nos cloches égrènent en chœur leurs notes argentines dans le ciel de Taintignies.
Tintez gaîment, cloches de mon village,
Sonnez, sonnez, un bambin nous est né.
Portez là-haut, par le divin sillage,
La foi et le serment du baptisé.
Tintez gaîment, cloches de mon village,
Chantez l’espoir des jeunes épousés ;
Mêlez aux chants de l’heureux mariage,
Vos vœux d’airain pour leur félicité.
Sonnez le glas, cloches de mon village,
Lugubrement, égrenez vos accords.
Portez au loin, à tout le voisinage,
Qu’un être humain a sombré dans la mort.
Dans les années 1970, il fallut procéder à un gros travail de restauration de notre clocher qui, depuis plusieurs années, donnait des signes de profonde vétusté.
Sous l’âpre morsure de l’aquilon, sa cuirasse d’ardoises bleues s’était effritée et, de ci de là, bien des écailles s’en étaient envolées. Tout là-haut sur sa grande croix qui s’était mise dangereusement à pencher, le coq wallon, rouillé, battait de l’aile et, refusant de tourner, fixait désespérément le même point de l’horizon.
Sensible à cette détresse, l’Administration communale résolut de retaper le grand malade. Un trio de jeunes et agiles couvreurs, dont notre concitoyen Georges Watteau, s’attela à la rude besogne. De solides échafaudages ceinturèrent la tour ; s’aggripant à ses flancs unis, ils grimpèrent à l’assaut de la croix et dépassèrent le vieux coq de cuivre bronzé tout ahuri de tant d’audace et qui croyait l’unique maître à bord. Les vieilles ardoises valsèrent dans le vide, découvrant une non moins vieille carcasse qui allait bien vite subir le sort réservé au vieux bois … Et pour la « ducasse de mai, le coq redoré lançait à tous les vents son joyeux « cocorico » bien décidé à présider longtemps encore aux destinées des paroissiens. Avec Emile Jouret, quel plaisir de fredonner en admirant la silhouette flambant neuve :
« Nous avons un joli clocher
Et de tout mon cœur je l’aime
Oui, de loin à le contempler
J’éprouve un bonheur extrême » …
Cet important travail a été subsidié par l’Etat, à concurrence de 100%, à titre de dommages causés par faits de guerre. Coût : 328.000 francs.
Quant aux grosses réparations des toitures et corniches du Sanctuaire et de son presbytère, elles furent entièrement à charge de la caisse communale…. C’était en mai 1948.
L’année suivante vit la création, dans le cimetière communal, d’une morgue avec caveau d’attente et citerne.
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Coutumes de la vie religieuse
Fête patronale : Dans beaucoup de paroisses, on célèbre encore la fête du patron ou de la patronne de l’église et du village. A Taintignies, la Saint-Amand se fête le 6 février.
Ce jour-là, la Statue du Saint revêt ses habits de grandes pompes et il y a grande solennité rehaussée par les chants appropriés de la chorale Saint-Amand. La cérémonie religieuse prend fin sur l’exécution à deux voix du cantique qu’a composé en l’honneur du Saint-Patron, Monsieur Michel Vantighem, directeur de la chorale.
A SAINT – AMAND
Paroles et musique de M. VANTIGHEM
I.
Grand Saint du Ciel du foyer de ton zèle,
Daigne sur nous épancher les ardeurs,
Ah ! Fais du moins que puisse une étincelle,
En rejaillir jusqu’au fond de nos cœurs.
Refrain.
Grand Saint-Amand ardent humble et fidèle,
Fais que pour Dieu nous luttions comme toi ,
Instruis nos cœurs à souffrir avec zèle,
Tout pour Jésus, pour l’Eglise et la Foi (bis)
II
Ton coeur cherchait la gloire, ombre frivole,
Mais Dieu parla. Ta grande âme comprit.
Et tu voulus répondre à sa parole,
En conquérant le monde à Jésus-Christ.
III
Le feu divin brûlait dans ta poitrine,
La Croix en mains tu brisas tous les fers,
Et répandant la céleste doctrine,
Au joug du Christ, tu soumis l’Univers !
Toussaint : Fête des Trépassés : On célébrait, dans le temps à Taintignies, les deux fêtes séparément. Aujourd’hui, Toussaint et Jour des Morts sont associés ; le 1er novembre, après les vêpres des Morts, on entreprend la mélancolique promenade et la visite aux tombes des disparus. Et le soir, au foyer, tandis que dans l’air lourd et morne de novembre les cloches martèlent le glas, chacun songe à ceux qui ne sont plus.
L’Adoration Perpétuelle : Jadis à Taintignies, l’Adoration Perpétuelle avait lieu le 2 mars. C’est depuis 1859 qu’elle se célèbre le 29 décembre ainsi qu’en fait foi cette note laissée par l’Abbé Cousaert :
« Par lettre du 12 juillet 1859, Monseigneur l’Evêque a bien voulu changer le jour qui avait été assigné à la paroisse de Taintignies au 2 mars pour l’Adoration Perpétuelle du Très Saint Sacrement et consentir à ce que cette pieuse cérémonie ait lieu le 29 décembre. »
Taintignies, le 15 juillet 1859.
(s) D. Cousaert, curé.
Le TE DEUM : Chaque année, le dimanche le plus près de la Fête du Roi, est chanté un Te Deum d’actions de grâces.
La Veillée Pascale : Cette cérémonie fut très suivie et fort appréciée.
La Tournée des enfants de chœur : Durant la semaine sainte, alors que les cloches se sont envolées vers Rome, les enfants de choeur revêtus de leur collerette rouge s’en vont vers chaque demeure où ils chantent quelques bribes du Véni Creator suivi du petit refrain :
« Donnez, donnez aux enfants de chœur
Donnez, donnez des œufs de bon cœur
Le Bon Dieu vous le rendra ! Alleluia ! »
Leurs paniers et leur bourse se remplissent d’œufs et de pièces. C’est ensuite le joyeux partage.
Processions : Comme partout en Belgique et à la même date, nous avons les Rogations. Mais il est d’autres processions organisées par la paroisse à diverses époques de l’année.
La « petite procession » coïncide avec la Fête-Dieu et la « grande » sort le 15 août.
Elles défilent dans nos rues, dans un brillant déploiement d’atours religieux, sur des chemins jonchés d’herbes et de fleurs, entre une haie de branches et d’arbustes, dénommée « maies ». Des reposoirs sont érigés à plusieurs endroits de l’itinéraire et à chaque arrêt c’est la rituelle manifestation de foi et de piété des fidèles.
Le Jeu de la Nativité : Chaque année, la veille de Noël, dans une église bondée de monde est réalisé le jeu scénique de la Nativité. Dans le chœur est dressé décor brillamment illuminé, alors que tout le reste est dans l’obscurité ; le « mystère » qui rappelle au monde qu’un enfant dieu est né, se déroule. Ce jeu folklorique fait place à la traditionnelle Messe de Minuit.
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Christs et Vierges de nos chemins
De temps immémoriaux, l’homme a toujours porté ses regards vers un être suprême en qui il a placé sa confiance et ses plus grandes espérances.
Toujours son âme s’est grisée de merveilleux et de surnaturel. De là, les nombreuses croyances et dévotions populaires qui n’ont rien perdu de leur ferveur avec la marche des ans. Et les calvaires que nous rencontrons à la croisée des chemins évoquent encore pour nous cet « autrefois » où le paysan, délaissant les rites païens, mit sa campagne sous la garde et la protection du Dieu « qui créa le ciel et la terre. »
Au culte divin, il associa le culte marial.
De rustiques oratoires, minuscules sanctuaires où saigne un christ couronné d’épines, où trône une souriante madone, surgirent ça et là, le long des routes et sentiers.
Modestes croix des carrefours que les vieux entourent d’une affectueuse dévotion : …
« Les pauvres gens tu le sais bien
Benoîte amie et séculaire image
Te prient et ne te cachent rien
Puisque tu es de leur ménage » ….
Petites chapelles, humbles niches encastrées dans le pignon d’une demeure ou « épinglées » au tronc d’un arbuste ; reposoirs permanents des campagnes, n’êtes-vous pas les précieux vestiges d’un passé appartenant toujours au présent et que le respect de la mémoire des ancêtres commande de sauvegarder ?
Taintignies possédait jadis trois beaux calvaires et une vingtaine de chapelles. Le temps, ce froid et implacable destructeur a mené son œuvre d’effacement.
Disparu, l’antique oratoire du Dieu de Giblot qui annonçait alentour la sinistre potence seigneuriale ! …
Disparu, le calvaire de Florent , non pas sous l’injure de vieillesse, mais victime du sectarisme d’un des maîtres de l’heure …
Disparu aussi, avec la petite église de briques, le grand christ dont les bras étendaient leur geste de douleur et de pardon sur la cité des morts !
Seul, le cadet a résisté. Seul, le « Bon Dieu » de la rue Bonnet, flanqué de ses noueux peupliers d’Italie ceinturés de lierre, continue le même geste de miséricorde à la croisée de l’ancienne « voie d’messe » et du sentier de l’Ecuelle. 
Il est le pieux souvenir d’un ménage dont la foi se devine sous la naïve et banale inscription gravée à ses pieds :
Ce calvaire est bâti
Par Dutrieux Albéric
Dit Damien et sa femme
Rosalie Boursier, l’an 1870.
Albéric Dutrieux était un menuisier travaillant en France. Il rapporta un jour de Saint-Saulve ce vieux et lourd christ de métal qu’il dut trouver dans les ruines d’une église à l’époque.
L’idée de le remettre en valeur germa et il érigea ce calvaire en bordure de la nouvelle rue qui venait de couper son champ.
Ce Christ n’a rien de bien transcendant ; c’est le Christ conforme à l’iconographie habituelle, à la face douloureuse et pathétique, mais il devient beau à force d’être vieux, meurtri par la morsure de l’aquilon et le soufflet glacé de la pluie. Il est sympathique d’être resté l’unique en plein air à enseigner à chacun, même aux incroyants, l’inéluctable épreuve de la misère et de la souffrance humaines mais aussi la noblesse de la résignation.
A tous ceux qui passent journellement devant lui et qui machinalement se signent en murmurant une courte oraison, il semble dire :
« Oui, la croix en tous lieux est toujours préparée,
La Croix t’attend partout et partout suit tes pas. »
« Le Tournaisis, nous dit l’éminent et regretté folkloriste tournaisien Walter Havez, est une terre mariale : la Vierge y est vénérée comme la reine de tous les saints ; son image s’est parée des plus doux symboles sous leurs vocables les plus poétiques et les plus sensibles »…
Et dans ce Tournaisis, Taintignies parait un oasis privilégié si l’on en juge par le nombre important de petits oratoires égrenés dans ses quartiers et sa campagne.
Presque tous sont érigés à la croisée des vieilles « piedsentes » là où jadis, selon une très ancienne croyance, les sorcières se réunissaient en d’étranges sabbats.
Pour conjurer le mauvais sort, pour éloigner l’esprit malin rôdant aux alentours des passages isolés, la ferveur paysanne a planté là, la statuette de la Vierge.
Chapelles votives, comme celle de la Chasse d’Etréelles dite « chapelle de pierre » ; chapelles de souvenance, chapelles rappelant la foi collective d’une famille, telles celles de Florent et du Paradis ; chapelles de protection : toutes magnifient Notre-Dame et englobent dans la même et prodigieuse ferveur l’aide mariale aux gens, maisons, champs et bestiaux.
Si disséminées soient-elles, elles sont rarement seules, nos Madones. Toujours quelques fleurs champêtres viennent ajouter à leur accueillant sourire, un peu de fraîcheur et de lumière colorées. Et quand revient le mois de mai, chaque crépuscule y voit descendre un groupe de dévots sous la conduite du pasteur. Dans la paix du soir, fusent de ferventes invocations et les échos répètent ce vieux refrain populaire :
« C’est le mois de Marie,
C’est le mois le plus beau,
A la Vierge chérie,
Disons ce chant nouveau « …
Plusieurs de nos chapelles sont entrées dans l’ombre du passé et de l’oubli ; la sauvage ignorance de certains et la nécessité intransigeante de l’urbanisme ont décrété leur disparition. Et c’est bien regrettable, car avec elles furent déchirées quelques belles pages de notre folklore.
Quant à celles qui survivent, elles réclament impérieusement notre protection.
Elles doivent rester les visages aimés du village. Stations reposantes de notre vie mouvementée et parfois angoissée, elles sont les maillons d’une chaîne nous liant à plusieurs générations et qui revivent pour nous en de simples, naïves et parfois touchantes légendes.
Leurs auvents s’ébrèchent ; leurs niches s’effritent peu à peu et par les fissures s’infiltre la sournoise désagrégation.
Puissent des mains pieuses penser de temps à autres leurs plaies vives, mais daignent aussi les pouvoirs publics se pencher sur elles avec sollicitude.
Après avoir, par une inconcevable insouciance, laissé mourir nos moulins, qu’ils sauvent au moins nos chapelles.
Ainsi se maintiendra dans les Temps, le contact avec l’âme de nos aïeux.
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L’EGLISE EVANGELIQUE
Le temple est érigé au hameau de la Déroderie, à la jonction de la rue du même nom et du chemin des prés.
Dès la fin du XVIIIe siècle, le protestantisme français connaît un vaste mouvement religieux qui transforme radicalement beaucoup d’Eglises issues de la Réforme : le REVEIL.
En 1820, un certain Monsieur Pyt, disciple fervent du célèbre pasteur écossais Robert Haldane, vient se fixer dans un petit village français proche, Nomain. Son activité remarquable et féconde s’étend rapidement et ce village compte bientôt 140 adeptes. A Planard, petit bourg près de Nomain, Monsieur Ubald Wacquier et sa famille subissent vite l’influence du « Réveil du Nord » et font de leur maison un centre de propagande évangélique. Quelques personnes de Taintignies, entr’autres Virginie Dussart, s’y rendaient journellement. On leur faisait part de l’Evangile. Après bien des luttes et hésitations, la famille Dussart se rallia au nouveau culte et rompit avec l’église catholique. Un de ses fils se reconnaît la vocation de pasteur. De suite, des liens très étroits se créent entre les « frères » de France et ceux de Belgique. A Taintignies, le nombre des convertis grandit. Mais le prosélytisme amène souvent des situations dramatiques au sein des familles dont certains membres passent d’une confession à l’autre ; des discussions de doctrines provoquent des divisions voire des départs et la vie de la petite communauté connaît de fréquentes déceptions.
L’année 1837 débute et depuis six mois, la Belgique est conduite par une monarchie constitutionnelle. Un roi protestant, Léopold Ier, détient le pouvoir exécutif ; l’Etat Belge par sa Constitution garantit la liberté de conscience et reconnaît officiellement les Eglises protestantes qui, à l’époque, se comptaient facilement sur les doigts. En effet, au lendemain de la Révolution de 1830, elles étaient au nombre de sept dont celle de Dour et, plus près d’ici, celle de Tournai – Rongy. La première Eglise nommée était conduite par le pasteur Denvisme ; l’autre l’était par le pasteur De Faye.
A Taintignies donc, l’effectif croissant force les partisans de la religion à se constituer en Eglise ; les démarches auprès du pasteur De Faye aboutissent à la venue au village de l’évangéliste C. Dupont en 1840. Pendant quelques années, ce dernier assume avec courage la dure tâche d’être à la fois le visiteur de onze villages du Hainaut et de Flandre et le desservant de la communauté évangélique de Taintignies. Pour remplir sa mission, il élit domicile à Dottignies, puis à Tournai et enfin chez nous.
« Cela ne se fit pas dans peine, nous dit la chronique d’alors et pour débuter déjà, le propriétaire de la maison qu’il avait louée, effrayé de la menace d’excommunication que lui avait faite le curé, refusa l’entrée de la maison. Heureusement, Monsieur Bonnet, non converti mais sympathisant, eut le courage de lui offrir quelques pièces chez lui. »
Il paraît que
« le fanatisme des habitants du village ne se borna pas là. On refusa même au pasteur les denrées de première nécessité. Une femme qui lui avait avancé à boire brisa la jatte dès qu’elle sut qui il était, disant qu’elle ne voulait pas donner à boire à un hérétique. »
« Une famille d’Hargicourt (France) convertie au culte évangélique, avait recueilli une enfant perdue. Mais l’heure vint où il fallut remettre l’enfant à l’hospice. L’enfant s’en évada et revint chez ses parents adoptifs. Que faire ? Ladam, colporteur, n’ayant pas d’enfant, décida de prendre avec lui, la petite évadée. Seulement, il avait compté sans la loi et les gendarmes. Il fut poursuivi ; l’enfant fut reprise et Ladam, passant la frontière vint se réfugier à Taintignies. Parfois, le soir, poussé par la nostalgie de son foyer, il repassait la frontière et rentrait chez lui. « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise » et une nuit, les gendarmes cernèrent sa maison. Il réussit tout de même à s’échapper par la fenêtre du grenier. Le lendemain, il se rend chez le Procureur du Roi à Saint-Quentin. On le garde et on le jette en prison pour un petit terme de dix ans ! Les « Frères » se mirent à prier avec ardeur et persévérance pour sa délivrance. Un jour, le Procureur du Roi se présente à Ladam et lui dit : « Vous êtes libre, vous avez du bonheur ; votre délivrance est une énigme pour moi ». Libéré, Ladam vole à Hargicourt au temple où les «Frères» sont justement en prières. On s’embrasse, on verse des larmes et l’on se jette de nouveau à genoux pour remercier Dieu … ».
En 1845, le départ du pasteur Dupont dans la région de Charleroi provoque le nouveau problème de son remplacement. Un desservant intérimaire Monsieur Wacquier, tout en s’occupant de sa ferme, prend soin du groupe des fidèles.
En 1853, la visite du pasteur Anet, secrétaire de la Société Evangélique, fait prendre conscience de la situation locale. Dans un rapport qu’il adresse au siège de la dite Société, il exprime le souhait de voir cette communauté composée de 80 membres et sympathisants, être dirigée par un conducteur spirituel diplômé. Il fait aussi remarquer que « la petite chapelle », pièce extérieure attenante à l’habitation d’Auguste Guelton, présente une vétusté très accentuée et que, dangereuse, elle ne peut plus servir au culte et à l’école du dimanche. Suite à ce rapport, une construction de 11 mètres de longueur sur 6,5 mètres de largeur et de 5,50 mètres de hauteur est commencée. La main – d’œuvre étant gratuite, l’édifice revient à la somme de près de 3.000 francs ; il est inauguré le 17 janvier 1869. A cette époque, le pasteur est Monsieur Dumonceau ; ses contacts « religieux » ne sont pas toujours faciles … Dans un texte sur ses activités à Taintignies, le pasteur écrit :
« … Nos rapports avec les gens du « dehors » sont pour ainsi dire stériles. Le fanatisme, l’incrédulité et le matérialisme l’emportent sur tout besoin religieux réel … ».
Après le départ de Monsieur Dumonceau, l’Eglise jusqu’en 1912, est placée sous la responsabilité d’intérimaires qui se succèdent à intervalles relativement courts. Citons successivement MM. Les pasteurs : Peeregaux, Durand, Meyhoffer, Schilp, Hoyois, …
Malgré ses luttes, la petite église de Taintignies envoya quatre ouvriers dans l’œuvre du Seigneur : Louis Dussart, déjà nommé ; Devienne et Choquet, colporteurs bibliques et Alphonse Bonnet qui fut pasteur à Verviers. Silas Broux, neveu de Louis Dussart, mort à Genève à l’âge de 24 ans, se préparait dans cette ville au ministère pastoral. Plus tard un autre enfant de Taintignies, entendant l’appel du maître, se consacra à son divin service. Après avoir tenu une chaire à Stockholm, il revint à Dour où il sera pasteur. C’est notre concitoyen Amé Delcourt.
Quarante années ont passé depuis l’érection du temple ; déjà le bâtiment exige des réparations onéreuses et devient trop exigu en certaines circonstances. Les membres décident sa démolition et organisent une souscription pour la reconstruction. Le lieu saint est inauguré le 25 juillet 1909 devant trois cent personnes venues de plusieurs communautés évangéliques de Belgique et du Nord de la France. C’est l’édifice que nous le connaissons aujourd’hui.

Voici l'intérieur de ce bâtiment tel qu'il existait lors de sa construction.
Le 15 août 1912, le Comité (Conseil Synodal) de l’E.C.M.B. (Eglise chrétienne missionnaire belge) installe à Taintignies, l’évangéliste David Lemaire qui, au cours de la première guerre mondiale, se voit secondé par le pasteur Emile Espion et le colporteur biblique Edouard Hugé. Desservent ensuite la paroisse MM. les évangélistes Henri Boutet, Jean Sourdeau et Pierre Woiemberghe en fonction de 1959 à 1982 habitant au hameau de Florent.
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L’ETABLISSEMENT DE RETRAITE « NOTRE MAISON », ANCIEN COUVENT DES ASSOMPTIONNISTES
A l’entrée du village, en venant de la direction de Tournai, s’élève l’ancien « Couvent des Pères de Florent », qui prit ensuite le nom « Notre Maison » et qui porte actuellement le nom de "Domaine de Taintignies".

Mars 1890 : l’Alumnat français de Mauville tombe en ruines ; un religieux est chargé de rechercher, en vue d’une translation, un emplacement propice en Belgique. De passage à Taintignies, il découvre bientôt une propriété pourvue de constructions neuves mais inachevées et les pourparlers sont aussitôt engagés en vue de l’achat.

Mais des difficultés surgissent : les libéraux de l’endroit, Monsieur Henri Crombez en tête, essaient de faire échec aux tractations en cours, en publiant un opuscule « L’invasion noire ». Malgré cela, les autorisations et signatures nécessaires sont données le 21 novembre de la même année et le transfert de l’Alumnat Notre-Dame de Consolation de Mauville à Taintignies a lieu le 18 mars 1891 ; il prend alors le vocable de « Sacré – Cœur ».
La Congrégation s’organise, le décor se transforme et fait peau neuve. L’immeuble, très petit à l’origine, s’agrandit d’année en année vu les besoins croissants ; on y note la construction d’une vaste chapelle artistement décorée, surmontée d’un élégant clocheton. Depuis sa destination première, le « Couvent de Florent » devient successivement Alumnat (1891-1919), Scolasticat de philosophie (1919-1924) et Noviciat (1924-1966). Il abrite en moyenne 60 religieux et ce fait implique d’importants travaux d’aménagement. Mais avant d’être réservé aux seuls novices belges en 1939, la Maison servit de noviciat général pour toute la Congrégation puis aux novices de Belgique et de Hollande.
Les religieux s’établissent très modestement dans leur nouvelle propriété, laquelle il faut le souligner, n’est nullement adaptée à ce genre de fonction. Pratiquement c’est une brasserie, une « fabrique à l’bière » comme disent les gens du village qui par la suite, l’appelèrent un peu ironiquement sans doute « l’fabrique à curés » ! … Débuts pénibles en des temps héroïques !
Le noviciat de Florent a gardé, du fait de sa fondation, bien des souvenirs de l’Assomption en Belgique. De nombreuses personnalités de l’Ordre y ont séjourné. Aucune autre maison ne pouvait mieux convenir en Belgique et ses religieux en sont conscients. Leur ardeur en est de ce chef accrue.
Taintignies est également le siège du noviciat des Frères Convers qui, en plus de leur formation religieuse, y reçoivent aussi une formation professionnelle appropriée à leurs capacités et aux nécessités de la Congrégation.

Ainsi la « fabrique à curés » poursuit dans la tranquillité son œuvre de vie divine.
En juin 1966, les religieux quittent le couvent pour rejoindre leurs Ordres respectifs (à Bruxelles et Malines). Depuis, l’établissement a été converti en maison de retraite sous l’appellation de « Notre Maison ». Géré par des religieuses appartenant à l’Ordre des « Filles de Saint-Joseph » de Templeuve, il a subi, pour faire face à son nouveau rôle, de nombreuses modifications. Aujourd’hui, 46 pensionnaires logent dans une quarantaine d’appartements confortables. Outre 4 religieuses, le personnel occupé journellement se compose de 9 personnes.
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Voici terminée une humble étude dans laquelle nous avons mis tout notre cœur, toute notre âme de fils de paysans et ouvriers attachés à la terre.
Elle n’a nulle prétention orgueilleuse ; la seule et légitime ambition qu’elle nourrit est de servir la cause du terroir, en ravivant en la jeune génération, la flamme défaillante de l’amour du village natal.
Jeunes amis que le tourbillon fiévreux de la vie moderne emporte au gré de sa fantaisie ; jeunes gens nés villageois ; c’est à vous, spécialement, que d’adressent ces lignes. Ne rougissez jamais de ce titre de « paysan » qui constitue le plus beau fleuron de notre blason campagnard.
Quand vous levez les yeux vers la flèche élancée qui porte au firmament vos pensées, vos prières, vos désirs et vos vœux, songez qu’à l’ombre tutélaire de sa tour grise, des gens de Taintignies ont sué, peiné et souffert, créant le magnifique esprit de clocher qu’ils vous lèguent aujourd’hui. Ils vous passent le flambeau de l’Espoir en l’avenir. Il vous appartient de le garder jalousement et de le porter fièrement.
Communiant dans le souvenir de ces aïeux proches ou lointains, accordez-leur avec nous une pensée de gratitude et de reconnaissance. De Taintignies, ils ont fait la grandeur et la beauté ; ils nous ont laissé le plus beau et le
plus riche des patrimoines : la Terre qui ne ment pas, la Terre qui jamais ne s’oublie et qui jamais ne doit mourir !
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BIBLIOGRAPHIE
-
Essai chronologique de l'Histoire de Tournai : Hoverlant.
-
Etudes étymologiques et archéologiques sur les noms de villes, bourgs, villages de la Province de Hainaut.
-
Les paroisses du Diocèse de Tournai : Chanoine Vos.
-
Recherches sur le Hainaut ancien : Ch. Duvivier.
-
Les noms de personnes : A. Dauzat.
-
Le régime seigneurial dans le comté du Hainaut : Léo Verriest.
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Archives générales du Royaume de Bruxelles.
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Service Provincial de l'Urbanisme à Mons.
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Institut géographique Militaire, Abbaye de la Cambre à Bruxelles.
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Institut National des statistiques à Bruxelles.
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Monographie de Taintignies réalisée en 1953 par Joseph Duhayon, secrétaire communal et Alphonse Antoine, directeur de l'école communale des garçons.
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Archives communales.
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Extraits des journaux locaux : le Nord-Eclair, le Courrier de l'Escaut et l'Avenir du Tournaisis.
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Avec la collaboration de :
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Madame A. Antoine
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Madame H. Delrue, Directrice de l'Ecole de l'Etat.
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Madame V. Masquelier, institutrice.
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Mère Supérieure du home "Notre Maison".
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Soeur Maria Rosa, religieuse à l'école de la "Sainte-Union".
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Monsieur Lucien Debaisieux, garde-champêtre.
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Monsieur Jacques Desplanque, comptable, Jollain-Merlin.
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Monsieur Lucien Hailliez, ancien conseiller communal.
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Monsieur Edmond Leclercq, conseiller communal à Tournai.
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Monsieur Pierre Woiemberghe, pasteur évangéliste.
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